Modifié le 12 septembre 2018

Asma Lamrabet: "Oui, le féminisme et l'islam sont compatibles"

L'invitée de Romain Clivaz (vidéo) - Asma Lamrabet, médecin et essayiste marocaine
L'invitée de Romain Clivaz (vidéo) - Asma Lamrabet, médecin et essayiste marocaine La Matinale / 10 min. / le 12 septembre 2018
Pour la médecin et essayiste musulmane Asma Lamrabet, une femme peut être féministe tout en portant le voile islamique. La RTS a rencontré l'intellectuelle marocaine lors de son passage à Fribourg mercredi.

"Les femmes dans le Coran, une lecture féministe des sources". C’est le titre de la conférence qu’Asma Lamrabet donne à l’Université de Fribourg, à l’invitation du Centre suisse islam et société.

L'essayiste se distance des opérations choc, menées notamment par le mouvement Femen, et plaide plutôt pour une émancipation des femmes dans leur contexte culturel.

Dès lors, "le féminisme et l'islam sont compatibles", affirme-t-elle. Pour la Marocaine, il existe un principe universel du féminisme sur lequel reposent des modèles spécifiques liés aux différentes cultures. "Aux Etats-Unis, on assiste par exemple au 'black feminism'."

"Le voile est une question secondaire"

Ce qui amène naturellement à la question du voile. "Cette logique totalitaire qui dit qu'il faut absolument enlever son voile pour être considérée comme féministe ou moderne est complètement dépassée. Il y a des femmes au Maroc qui sont ministres et qui le portent. Une femme a le doit de porter un short, une minijupe ou un voile. C'est ce qu'elle apporte à sa société qui compte."

Elle déplore toutefois une certaine radicalisation. "C'est vrai que, depuis les années 1970, il y a un retour d'un discours islamiste sur le corps des femmes. Cela doit être dénoncé et critiqué." Elle poursuit: "Les musulmans doivent comprendre que le voile est une question secondaire et qu'il n'est pas un pilier de l'islam, ni une obligation religieuse."

"Les musulmans doivent faire un effort"

L'intellectuelle appelle ainsi les musulmans occidentaux à se remettre en question. "En observant la situation des pays arabo-musulmans, où il existe un déficit de démocratie et de liberté d'expression, je considère que les musulmans en Europe et en Occident doivent faire un effort. Il est très facile de critiquer les autres sans faire une autocritique. Ces pays offrent une chance d'intégration et de moyens de s'épanouir sur le plan démocratique que les musulmans doivent saisir."

Elle tente de positiver: "La mise de la citoyenneté au-dessus de tous les communautarismes, de toutes les considérations et les appartenances religieuses est en marche. Au Maroc, par exemple, la Constitution stipule l'égalité hommes-femmes depuis 2011. Mais dans la réalité, dès que l'on touche à des questions juridiques et religieuses, on observe des inégalités. Il y a donc une vraie schizophrénie dans ces sociétés."

Le changement, dit-elle, passe surtout par l'éducation. "Il faut que cela passe par un changement dans les mentalités. On a changé les lois et c'est très bien, mais on a fait l'impasse sur l'éducation."

Propos recueillis par Romain Clivaz

Publié le 12 septembre 2018 - Modifié le 12 septembre 2018