Modifié le 10 septembre 2018 à 12:15

Un million de turcophones seraient détenus dans des camps en Chine

Les populations turcophones du Xinjiang subissent toujours plus de pressions de Pékin.
Les populations turcophones du Xinjiang subissent toujours plus de pressions de Pékin. [Mark Ralston - AFP]
Pékin détiendrait plus d’un million de personnes issues des minorités ethniques turcophones dans des camps de rééducation au Xinjiang. Le correspondant de RTSinfo a pu s'y rendre pour recueillir des témoignages.

Après les dénonciations aux Nations unies et les vives inquiétudes exprimées par de nombreux gouvernements, dont le Conseil fédéral, Human Rights Watch publie lundi un nouveau rapport à ce sujet (lire encadré).

Selon les dernières estimations de l’ONU et de Human Rights Watch, environ un million de turcophones pourraient être détenus dans ces camps. Le département d’Etat américain, de son côté, évoque des millions d’individus forcés de renoncer à leur culture, leur religion et leur langue.

Pékin nie l’existence de tels camps, mais ne cache pas ses efforts pour lutter contre le terrorisme et le séparatisme.

Le correspondant de RTSinfo en Chine Michael Peuker a pu se rendre en reportage il y a quelques jours dans la province du Xinjiang. Il y a trouvé une zone sous très haute surveillance où, dans les minorités turcophones, la peur est omniprésente.

>> Ecouter le reportage de Michael Peuker dans l'émission Tout un monde:

L’une des nombreuses patrouilles de police au centre-ville d’Urumqi.
Michael Peuker - RTS
Tout un monde - Publié le 10 septembre 2018

>> Ecouter l'interview de Sophie Richardson (Human Rights Watch) dans La Matinale:

Sophie Richardson.
Anthony Wallace - AFP
La Matinale - Publié le 10 septembre 2018

Michael Peuker a subi lui-même diverses entraves de la part des autorités chinoises dans le Xinjiang. Il explique avoir été "pisté" et "escorté" durant son voyage en compagnie d'un collègue de SRF. "On nous a contraints à effacer une partie des images. Le manager de l'hôtel dans lequel on logeait nous a délogés, jetés dans la rue, en suivant des ordres venus d'en haut", a-t-il raconté dimanche dans Forum.

Les forces de l’ordre exigent de voir le contenu des téléphones portables. Les photos et vidéos du dispositif en place sont systématiquement effacées. Les forces de l’ordre exigent de voir le contenu des téléphones portables. Les photos et vidéos du dispositif en place sont systématiquement effacées. [ - RTS]

> Lire: Un journaliste de la RTS subit des entraves des autorités chinoises

oang

Publié le 10 septembre 2018 à 10:34 - Modifié le 10 septembre 2018 à 12:15

Contraintes et abus

L'organisation Human Rights Watch a documenté des dizaines de nouveaux témoignages de maltraitances physiques et psychologiques dans les centres situés dans cette province frontalière avec l'Asie centrale.

"Des ex-détenus ont décrit une discipline militaire, des études forcées de mandarin, des cérémonies d’allégeance au parti sous la contrainte", raconte la directrice de recherche sur la Chine pour l'ONG interviewée par la RTS. "Mais ils décrivent aussi nombre d’abus physiques et certains ont même déclaré avoir trouvé cette épreuve tellement dégradante qu’ils ont considéré le suicide", poursuit Sophie Richardson.

Les autorités chinoises ne sont pas imperméables à la pression, et c'est pourquoi l'ONG de défense des droits humains compte sur l'engagement des pays soucieux de ces droits ainsi que de l'ONU afin d'obtenir la fermeture de ces camps.

Du jamais vu depuis des décennies

"On verra si les gouvernements qui prétendent attacher de l’importance à la question des droits humains en Chine font preuve d’unité et sont capables de faire preuve du courage nécessaire pour soutenir des individus victimes d’énormes violations des droits de l’homme", souligne Sophie Richardson. "On parle ici d’un phénomène d’une échelle incomparable en Chine depuis des décennies."