Modifié le 08 août 2018

"Les Gay Games montrent une communauté qui ne se replie pas sur elle-même"

L'invité de la rédaction (vidéo) – Philippe Liotard, anthropologue du sport
L'invité de la rédaction (vidéo) – Philippe Liotard, anthropologue du sport L'invité de la rédaction / 10 min. / le 08 août 2018
Plus de 10'000 participants originaires de 90 pays, dont certains où l'homosexualité est illégale, participent cette semaine à la 10e édition des Gay Games à Paris. Ce rendez-vous sportif militant vise à lutter contre les discriminations envers les personnes LGBTQI+.

Les Gay Games ont été créés en 1982 à San Francisco, mais leur idée a germé après un événement aux JO de Mexico en 1968, précise dans La Matinale de la RTS Philippe Liotard, anthropologue du sport et chercheur au laboratoire sur les vulnérabilités et l'innovation dans le sport à l'Université de Lyon 1.

Le futur fondateur des Gay Games, Tom Waddell, faisait partie de l'équipe américaine de décathlon à Mexico. Et cette année-là, deux athlètes noirs du team USA montent sur le podium, baissent la tête et lèvent un poing ganté en signe de combat pour les droits civiques. Ils seront exclus des jeux et perdront leurs médailles.

"En tant que Blanc homosexuel, Tom Wadell est tout à fait sensible à ce qui se passe pour la défense des droits de personnes stigmatisées, soumises à des inégalités dans la société américaine. A ce moment il se dit qu'il ne pourra jamais revendiquer quelque chose du même ordre pour une communauté qui est aussi stigmatisée, soumise à des inégalités, voire des violences homophobes, aux Etats-Unis". L'événement le conduit ainsi à organiser les premiers Gay Games en 1982, explique Philippe Liotard.

Changement d'image

A cette époque, la manifestation a apporté plusieurs réponses, poursuit l'anthropologue. Elle a montré que les personnes homosexuelles "peuvent tout à fait pratiquer des sports et être complètement intégrées dans la société. Et qu'elles ne correspondent pas seulement à des prédateurs sexuels."

Vis-à-vis de la communauté LGBT, "le projet de Tom Wadell était aussi de montrer que cette communauté est diversifiée et plurielle", composée d'hommes, de femmes, de jeunes, de personnes âgées, de Noirs, de Blancs, de personnes malades... "Tout cela a contribué à changer l'image dans la société, mais aussi pour la communauté."

Une dimension festive et militante

A l'occasion des Gay Games de 2018 -qui s'achèveront le 11 août-  des compétitions dans 36 disciplines sportives (natation, athlétisme, sports collectifs...) se tiennent toute la semaine dans les 67 sites localisés dans la région de Paris, et au Havre pour des épreuves de voile. La plupart des sports olympiques sont représentés mais d'autres compétitions décalées ont aussi voix au chapitre, comme... le lancer de sac à main.

"Il y a une dimension festive et aussi militante, structurellement parce que ces jeux construisent une visibilité d'une communauté qui ne se replie pas sur elle-même", précise Philippe Liotard. Quant à l'aspect communautariste que certains pourraient y voir, la même question ne se pose pourtant pas quand on évoque des jeux de la jeunesse ou des rassemblements catholiques, répond-il.

C'est plutôt un rassemblement de personnes "qui à un moment de leur vie vont pouvoir être reconnus, ou même se reconnaître elles-mêmes, dans un aspect de leur personnalité qui est habituellement fortement masqué (...) Pour des personnes qui viennent d'Afrique, de Russie, d'Amérique du Sud ou d'Asie, c'est parfois la première fois qu'elles ont pu publiquement apparaître en s'affichant homosexuelles. C'est quelque chose de relativement important", conclut le chercheur.

Propos recueillis par Coralie Claude/jzim

Publié le 08 août 2018 - Modifié le 08 août 2018