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La Russie condamnée dans l'affaire de la journaliste Anna Politkovskaïa

Anna Politkovskaïa a été tuée de cinq balles dans son immeuble moscovite le 7 octobre 2006. [Miguel Villagran - Keystone]
Anna Politkovskaïa a été tuée de cinq balles dans son immeuble moscovite le 7 octobre 2006. [Miguel Villagran - Keystone]
La Cour européenne des droits de l'homme a condamné mardi la Russie qui n'a pas "mis en oeuvre les mesures d'enquête appropriées pour identifier les commanditaires du meurtre" de la journaliste russe Anna Politkovskaïa en 2006.

"L'État (russe) a manqué aux obligations relatives à l'effectivité et à la durée de l'enquête qui lui incombaient en vertu de la Convention" européenne des droits de l'homme de 1950, a souligné la CEDH.

Par 5 voix contre 2, celles des juges russe et slovaque, la CEDH a estimé qu'il y avait eu "violation de l'article 2 de la Convention" sur le "droit à la vie".

Non définitif, l'arrêt rendu mardi peut faire l'objet d'un appel dans un délai de trois mois.

D'autres hypothèses à étudier

Saisie par la famille de la victime, la Cour "souligne que l'enquête a abouti à des résultats tangibles puisque cinq hommes ont été reconnus directement coupables du meurtre", mais elle relève que "dans un homicide de ce type, on ne peut toutefois pas considérer que l'enquête a été appropriée si aucun effort n'a été fait pour identifier le commanditaire du meurtre."

"Les autorités ont élaboré une théorie quant à l'instigateur de l'homicide, orientant leur enquête sur un homme d'affaires russe qui résidait à Londres, désormais décédé, mais elles n'ont pas précisé les moyens mis en oeuvre pour suivre cette piste", poursuit la CEDH.

Selon la Cour, "elles auraient également dû étudier d'autres hypothèses, dont celles suggérées par les requérants, qui alléguaient que des agents du FSB, les services secrets russes, ou de l'administration de la République tchétchène étaient impliqués dans l'assassinat".

Violations des droits de l'homme en Tchétchénie

"Journaliste d'investigation connue, Anna Politkovskaïa avait notamment enquêté sur des allégations de violations des droits de l'homme commises en Tchétchénie pendant la deuxième campagne menée dans la région contre les rebelles, et elle avait à plusieurs reprises critiqué la politique du président Vladimir Poutine", rappelle la Cour.

En juin 2017, Lom-Ali Gaïtoukaïev, reconnu coupable d'avoir organisé en octobre 2006 l'assassinat de la journaliste, était décédé en prison, où il purgeait une peine de détention à perpétuité.

D'origine tchétchène, il était l'oncle de Roustam Makhmoudov, qui a été reconnu coupable d'avoir abattu la journaliste à l'entrée de son immeuble. Il avait été également condamné à la perpétuité et purge sa peine.

Le tribunal avait aussi condamné à 20 ans d'emprisonnement un policier moscovite, Sergueï Khadjikourbanov, pour avoir participé à la préparation du meurtre.

Plus de dix ans après cet assassinat qui avait ému le monde entier, les commanditaires n'ont toujours pas été identifiés par la justice russe.

afp/fme

>> Sujet traité dans le journal de 12h sur La Première

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"Multiples violations" à l'encontre des Pussy Riot

La Russie a commis de "multiples violations" en condamnant à des peines d'emprisonnement trois membres du groupe punk Pussy Riot, qui avait tenté d'interpréter des chansons anti-Poutine dans la cathédrale de Moscou en février 2012, a jugé mardi la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).

Les requérantes, Maria Alekhina, Nadejda Tolokonnikova, Iékaterina Samoutsevitch, ont subi des traitements dégradants durant leur procès, a jugé la CEDH, épinglant aussi Moscou pour violation de la liberté d'expression. Les trois membres avaient été condamnées en août 2012 à deux ans de camp, notamment pour "hooliganisme motivé par la haine religieuse".

Ekaterina Samoutsevitch avait été libérée en octobre 2012, tandis que Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina avaient purgé 22 mois de leur peine.