Modifié le 12 juin 2018

Les victimes d'abus sexuels dans l'Eglise veulent des annonces du pape

Des membres de l'ONG Ending Clergy Abuse, lors de la présentation de leur mouvement.
Des membres de l'ONG Ending Clergy Abuse, lors de la présentation de leur mouvement. [Martial Trezzini - Keystone]
Des victimes d'abus sexuels du clergé et leurs défenseurs, regroupés dans une nouvelle faîtière mondiale, veulent que le pape annonce un tribunal lors de sa visite du 21 juin à Genève.

Il y a quelques semaines, l'ensemble de la hiérarchie de l'Eglise catholique chilienne avait démissionné pour ne pas avoir pris les décisions adaptées face à des dénonciations d'abus. Une décision qui n'a pas été validée par le pape, ont notamment déploré les victimes et leurs défenseurs.

Les scandales de prêtres couverts par des évêques sont "un problème mondial", a dit jeudi devant la presse Peter Saunders, l'un des membres de l'association Ending Clergy Abuse ("Mettre un terme aux abus du clergé", ECA) formalisée cette semaine à Genève. Il est impossible d'établir un nombre de victimes, ni dans le monde ni en Suisse.

Rien qu'aux Etats-Unis, il dépasserait les 100'000, selon une estimation de 2012.

>> Lire aussi: Une trentaine d'évêques chiliens remettent leur démission au pape François

Tribunal conjoint demandé

"Nous demandons au pape lors de sa venue à Genève d'annoncer des mesures concrètes" contre les évêques "qui ont protégé les prêtres pédophiles", dit-il. Et le Saint-Père doit aussi exiger des évêques qu'ils informent la justice de mauvais traitements par leurs subordonnés.

Le droit canon ne permet pas de poursuivre le pape ou des évêques. ECA souhaite le lancement d'un tribunal qui ne serait pas constitué seulement d'ecclésiastiques pour pouvoir les mettre en cause. L'autre scénario serait de transférer la responsabilité à la justice civile, la "crédibilité" de l'Eglise catholique étant tellement entachée, ajoute Peter Sanchez.

ats/ebz

Publié le 07 juin 2018 - Modifié le 12 juin 2018

En Suisse, les travaux de la CECAR suspendus depuis mars

Décidée conjointement par les victimes et la Conférence des évêques suisses (CES), la Commission d'écoute, de conciliation, d'arbitrage et de réparation (CECAR) est inédite dans le monde. Active depuis 2016, elle est toutefois à l'arrêt depuis fin mars en raison d'une division avec ceux-ci. "Nous acceptons les requêtes mais elles sont en suspens" jusqu'à nouvel ordre, a expliqué sa présidente Sylvie Perrinjaquet.

Elle estime que l'indépendance de la CECAR, active seulement en Suisse romande et prévue au moins pour cinq ans, est remise en cause. Une victime peut s'annoncer soit à cette institution, soit à une commission diocésaine. Toutes deux doivent faire suivre leurs recommandations à une commission d'indemnisation de la CES.

Responsable du Fonds de réparation, celle-ci devait suivre l'avis de la CECAR sur les montants demandés mais elle les aligne plutôt sur les règles établies par les évêques. Soit jusqu'à 10'000 francs ou jusqu'à 20'000 pour les cas graves.

Jusqu'à fin 2017, une vingtaine de demandes avaient été soumises, dont quelques-unes ont déjà été honorées. Mais de nombreuses victimes ne se manifestent pas. Une différence importante des cas signalés est constatée entre Suisse romande et Suisse alémanique. Aucune association similaire à la CECAR n'existe côté alémanique.