Modifié le 02 juin 2018 à 10:44

"François, un pape révolutionnaire qui renverse la table"

Vatican, puissance mondiale
Vatican, puissance mondiale Geopolitis / 15 min. / le 03 juin 2018
Révolutionnaire, le pape François? "Il va plus vite que tous les autres papes réunis", certifie le journaliste Arnaud Bédat, invité dans Géopolitis avant la venue du souverain pontife à Genève le 21 juin.

En cinq années de pontificat, le pape François ne s'est pas fait que des amis. Depuis son élection en 2013, l'ancien archevêque de Buenos Aires poursuit sa mission de réformateur de l'Église catholique. Sur le front des finances du Saint-Siège, de l'intégration des divorcés-remariés ou de la lutte contre les abus sexuels, il impose son style et son tempérament d'homme "pressé", explique Arnaud Bédat.

Vaticaniste passionné, le journaliste suisse a rencontré le pape François à six reprises. "Il est révolutionnaire dans sa méthode et sa manière de travailler", dit-il. "Il va plus vite que tous les autres papes réunis. Mais comme il nous fait quasiment un événement par semaine, on devient assez impatient, on aimerait que ça aille encore plus vite".

Le journaliste Arnaud Bédat face au pape François à qui il a consacré deux ouvrages. Le journaliste Arnaud Bédat face au pape François à qui il a consacré deux ouvrages. [A. Bédat]

Sa méthode se heurte notamment à son propre gouvernement, la Curie romaine, récalcitrante à certaines évolutions de l'Église catholique. "Avant, la Curie était très italienne, très implantée et elle avait pris du pouvoir lors de la maladie de Jean-Paul II. Benoît XVI était aussi un peu débordé du fait de son âge et de ses problèmes de santé. Lorsque le pape François a commencé à trancher dans le vif, à mettre de l’ordre, cela a été mal vu", poursuit Arnaud Bédat. Il estime qu'un quart seulement de la Curie romaine est totalement acquis à sa cause.

Pouvoir d'influence unique et mondialisé

Même si le contingent des hallebardiers suisses a été récemment renforcé à hauteur de 135 unités, ce ne sont évidemment pas les capacités guerrières du Vatican qui fondent sa puissance. Pas plus d'ailleurs que son territoire d'à peine 44 hectares. La puissance du Saint-Siège est pourtant bien réelle, mondiale. Sa diplomatie est présente dans plus de 180 pays. Son influence est relayée par plus de 5300 évêques, auxquels s'ajoutent une myriade de prêtres, nonces apostoliques et autres missionnaires jusque dans les régions les plus reculées du monde. Ce réseau constitue un formidable appareil de renseignement.

Discrète mais efficace, la diplomatie vaticane est fortement impliquée dans le dégel des relations entre Cuba et les Etats-Unis. L'accord de paix historique en Colombie avec les FARC, après 52 ans de guerre civile, est là encore le résultat d'une fine et patiente médiation des émissaires de l'Église. Partout, inlassablement, le pape réclame l'apaisement.

On n'est plus dans une Église qui condamne.

Arnaud Bédat, journaliste

"Il renverse la table complètement. Le pape François a été évidemment élu pour mettre de l’ordre dans la Curie, les comptes du Vatican, les dossiers de la pédophilie, mais il va bien au-delà. Il va toujours chercher en périphérie la brebis égarée, l’âme qui a besoin d’aide", explique Arnaud Bédat. "On n'est plus dans une Eglise qui condamne, on est dans une Eglise qui guérit, qui comprend."

Premier pape latino-américain, il est aussi "le premier pape de la mondialisation et le premier pape urbain, confronté avant à tous les problèmes de la société d'aujourd'hui".

Jusqu'à quand ?

"On peut supposer que 2020 serait l’année où il va renoncer", affirme Arnaud Bédat. Le pape François avait déjà laissé entendre que son règne serait assez bref.

Sa succession, son héritage sont déjà au coeur de son action, estime le journaliste. "Prudemment et habilement, il est en train de placer de nouveaux cardinaux pour favoriser un candidat bergolien à sa propre succession. C’est sans doute son calcul".

>> Lire aussi: La messe du pape François lors de sa visite à Genève affiche complet

Mélanie Ohayon, Marcel Mione

Publié le 02 juin 2018 à 10:17 - Modifié le 02 juin 2018 à 10:44