Modifié le 23 mai 2018 à 21:42

Les trois hommes forts du premier gouvernement "anti-système" italien

Portrait des nouveaux maîtres de l'Italie
Portrait des nouveaux maîtres de l'Italie 19h30 / 1 min. / le 23 mai 2018
Giuseppe Conte a été nommé mercredi à la tête du nouveau gouvernement italien. Novice en politique, l'avocat devra faire face aux figures du Mouvement 5 Etoiles et de la Ligue, Luigi di Maio et Matteo Salvini. Portraits.
  • Giuseppe Conte, de juriste discret à homme du compromis

Le suspense aura duré deux jours, mais le nom de Giuseppe Conte, le professeur de droit présenté lundi par le Mouvement 5 Etoiles (M5S) et la Ligue pour prendre la tête du gouvernement italien, a finalement été approuvé mercredi par le président Sergio Mattarella.

>> Lire: Le juriste Giuseppe Conte désigné chef du gouvernement en Italie

Quasi inconnu du grand public, celui qui se disait de gauche par le passé devient ainsi l'homme du compromis, celui qui devra mener une coalition anti-système hétéroclite, entre revenu universel et tour de vis sécuritaire. "La Ligue est certainement un parti populiste, elle a toujours considéré le Nord comme un peuple homogène, l'élément de base pour tous les populistes", expliquait dans Forum Piero Ignazi, professeur de sciences politiques à l'Université de Bologne.

"Mais le Mouvement 5 Etoiles n'est pas populiste au sens strict du terme. Il est plutôt un parti anti-establishment, c'est-à-dire un parti qui est contre la classe dirigeante, qu'il considère comme corrompue et incapable", précise-t-il.

>> L'interview du prof. Piero Ignazi dans Forum le 10 mai dernier:

Le leader de la Lega, Matteo Salvini, photographié après une réunion à Rome, le 10 mai 2018.
Giuseppe Lami - EPA/Keystone
Forum - Publié le 10 mai 2018

L'avocat originaire des Pouilles, proche du M5S, sera-t-il l'homme qui fera le pont dans cette "coalition des contraires"? Plutôt "un Premier ministre sans pouvoir", écrivait lundi La Repubblica dans son éditorial. Mais "peut-être le bon choix" pour Le Corriere della Sera, si Giuseppe Conte "démontre avoir (...) la crédibilité nécessaire pour compenser un éventuel manque de poids", notamment face aux chefs du M5S et de la Ligue, Luigi di Maio et Matteo Salvini.

Dans tous les cas, le quinquagénaire aura connu une première journée difficile sous le feu des projecteurs. Giuseppe Conte a été accusé dès mardi d'avoir embelli son CV. Le professeur disait avoir "approfondi ses études de droit" dans plusieurs universités étrangères, dont celle de New York. Son nom n'apparaît pourtant pas dans les registres des étudiants passés officiellement par l'établissement, a révélé le New York Times.

  • Luigi di Maio, ou celui qui a normalisé le M5S

Le gouvernement de Giuseppe Conte comptera des poids-lourds du M5S et de la Ligue en son sein, dont peut-être Luigi di Maio, pressenti pour le ministère du Travail. Plus jeune vice-président de la Chambre des députés, le trentenaire a été élu en 2017 chef de file du mouvement anti-système avec un ton plus modéré que son prédécesseur, l'humoriste Beppe Grillo.

Loin du "dégagisme" prôné par le cofondateur de M5S, le Napolitain a séduit avec une image lisse, rencontrant en costume-cravate patrons et diplomates étrangers, quitte à adoucir le fond de son discours sur l'Europe.

"Un jour, (Luigi di Maio) dit qu'il est contre l'euro, le lendemain il affirme que ce n'est pas vrai, il se contredit continuellement", analysait l'an dernier dans Tout un monde Nicola Biondo, anciennement en charge de la communication du M5S et auteur de "Supernova: comment le Mouvement 5 Etoiles a été tué". "Cela montre que le Mouvement 5 Etoiles est entré dans le club des vieux partis italiens." En arrivant au gouvernement, le trentenaire réussira-t-il à faire face au défi de la "normalizzazione"?

>> Le portrait de Luigi di Maio dans Tout un monde:

Beppe Grillo (à gauche) félicitant Luigi Di Maio pour son élection à la tête du Mouvement 5 Etoiles (M5S).
Filippo Pruccoli - Keystone
Tout un monde - Publié le 25 septembre 2017

  • Matteo Salvini, le nationaliste assumé

Alors que Luigi di Maio fait figure de gendre idéal en Italie, Matteo Salvini, à la tête de la Ligue depuis 2013, est connu pour son allure débraillée et son ton colérique. Originaire d'une famille bourgeoise de Milan, le quadragénaire a repris le parti d'extrême droite après un scandale de détournement de fonds publics et une lourde défaite électorale aux législatives.

Cinq ans plus tard, la Ligue - qui a abandonné son nom originel de "Ligue du Nord" - obtient avec son bloc de droite qui comprend Forza Italia 37% des voix aux élections du 4 mars. Suit le M5S, avec 32% des suffrages.

Le style Matteo Salvini a-t-il donc payé? Avec son slogan "Les Italiens d'abord", qui rappelle l'"America First" de Donald Trump, cet as des réseaux sociaux a orienté le discours de la Ligue contre l'Union européenne, plutôt que contre les "diktats" de Rome. Allié du Front national, admirateur de Vladimir Poutine, Matteo Salvini viserait désormais le ministère de l'Intérieur, au sein duquel il pourrait faire appliquer son programme anti-immigration.

Tamara Muncanovic

Publié le 23 mai 2018 à 21:32 - Modifié le 23 mai 2018 à 21:42