Publié le 08 mars 2018 à 09:43

Pour Steve Bannon, "le populisme est une évolution très positive"

L'ancien stratège de la Maison blanche Steve Bannon lors de son passage en Suisse (ici à Zurich).
Interview de Steve Bannon, ex-stratège de Donald Trump, lors de son passage en Suisse Tout un monde / 10 min. / le 08 mars 2018
L'ancien conseiller stratégique de Donald Trump à la Maison Blanche et homme de la droite alternative Steve Bannon compte faire fructifier l'influence acquise pendant son passage aux côtés du président américain.

Steve Bannon, l'ancien conseiller stratégique de Donald Trump à la Maison Blanche, en a été écarté par le président avec qui il s'est brouillé. Il a également été évincé de la tête du média ultra-conservateur Breitbart News. Mais il reste l'homme par qui "l'alt-right", la droite alternative, nationaliste se sera hissée jusqu'au sommet du pouvoir aux Etats-Unis.

L'ancien conseiller de Donald Trump était de passage en Suisse cette semaine. Il est venu à l'invitation de l'hebdomadaire alémanique Weltwoche à Zurich, puis a passé au Tessin, où la Radio télévision suisse italienne (RSI) l'a rencontré.

RSI: Qu'avez-vous fait depuis que vous avez quitté la Maison Blanche à la fin de l'année dernière?

Steve Bannon: depuis mon départ de la Maison Blanche, j'ai lancé une fondation qui va "militariser" les idées et réunir une armée de volontaires sur le terrain. J'ai aussi passé du temps en Asie pour y étudier les mouvements populistes et nationalistes qui grandissent là-bas… et je suis venu ici pour observer les élections italiennes que j'ai trouvées passionnantes.

- Le populisme, c'est quelque chose de positif pour vous? Ca n'est pas un danger pour la démocratie ni pour la paix?

- Je parlerais plutôt d'"anti-establishment". Le populisme est une évolution très positive. Les peuples reprennent le contrôle de leur destin et de leur sort. Vous voyez le rejet de l'establishment, en particulier de ces chamailleries politiques permanentes à Bruxelles ou à Rome.

Les élections italiennes sont un bon exemple d'une situation dans laquelle le peuple dit: 'Stop, nous voulons reprendre la main sur notre pays.' Je suis bien conscient que le populisme a été sali, dans l'Histoire. Mais le populisme d'aujourd'hui, ce sont simplement des citoyens lambda fatigués de la façon dont les élites conduisent les affaires. Ce qui se passe aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Italie est très positif.

- Vous êtes très connu en Europe. On dit que vous êtes un suprémaciste blanc et un populiste de droite. Votre réaction?

- Le nationalisme économique, par exemple, ne s'intéresse ni à votre race, ni à votre ethnie ou à votre religion, ni à votre genre ou à vos préférences sexuelles. La seule chose qui compte, c'est votre nationalité. La gauche et l'establishment, qui ont peur de ces idées, essaieront toujours de vous salir.

Je pense que les ethno-nationalistes, aux Etats-Unis, ne sont qu'une toute petite minorité qui n'a pas de véritable rôle dans le mouvement populiste Trump. Nous avons toujours dit que ces gens n'étaient pas les bienvenus.

Mais la gauche entretient la caricature, parce qu'elle a peur de débattre des ces idées de nationalisme économique. Elle a peur de réfléchir à ce que la valeur de la citoyenneté représente vraiment. Vous l'avez vu en Italie l'autre jour. Aussi bien le Mouvement 5 étoiles que la Ligue: ils ne sont pas racistes, ils ne sont pas xénophobes. Ce qu'ils veulent, c'est reprendre le contrôle de leur pays et prendre des décisions bonnes pour leurs citoyens.

- Il y a eu beaucoup de démissions et de départs de la Maison Blanche, y compris le vôtre… Certains parlent de chaos, comme Michael Wolf, l'auteur du livre "Fire and Fury". Qu'en pensez-vous?

- Le président Trump a son propre style de management. Il fonctionne bien dans un environnement parfois un peu chaotique. Je pense que ça se passera bien.

Vous avez vu les grandes décisions qu'il a annoncées sur les droits de douane. C'est son premier grand pas vers le nationalisme économique. Il retrouvera du monde pour la Maison Blanche et ça ira bien.

- Vous savez qu'en Europe, les gens n'aiment généralement pas beaucoup Donald Trump. Pourquoi, à votre avis?

- Ca dépend… les élites ne l'aiment pas, le parti d'opposition que sont les médias ne l'aiment pas. Les médias audiovisuels publics du Royaume-Uni, de Suisse et tout ça… il les provoque. Il provoque "l'homme de Davos"... et les médias comme vous sont des "hommes de Davos". Mais il a créé un lien très fort avec les classes ouvrières et les classes moyennes. Vous l'avez vu quand il est allé en Pologne...

- ...Et vous l'aimez toujours?

- Nous avons eu des désaccords et nous en aurons d'autres… mais c'est un bon type. Il a eu beaucoup de succès et ça va continuer.

Propos recueillis par Roberto Antonini

Adaptation web: Eric Butticaz

Publié le 08 mars 2018 à 09:43