Modifié le 05 mars 2018 à 21:53

Ces dissidents chinois envoyés dans les prisons noires du pouvoir de Pékin

Le document: en Chine, la répression ne cesse de croître
Le document: en Chine, la répression ne cesse de croître 19h30 / 3 min. / le 05 mars 2018
La session plénière annuelle de l'Assemblée nationale populaire s'est ouverte lundi en Chine. Principal enjeu: la présidence à vie pour Xi Jinping dans ce pays où ceux qui se montrent trop critiques sont encore réprimés. Témoignages.

Yu Wensheng emmenait son fils à l'école dans la banlieue de Pékin lorsqu'un commando de police l'a intercepté et l'a arrêté. "Je refuse de coopérer! Utilisez la violence si vous voulez, mais moi je refuse de coopérer", a alors lancé cet avocat, l'un des plus véhéments du pays sur la question des droits de l'homme. L'arrestation a été filmée, puis diffusée par les autorités. Tel un avertissement.

Depuis ce matin de janvier, son épouse, Xu Yan, ne peut plus entrer en contact avec lui. Elle a appris par une lettre que son mari avait été placé en "résidence surveillée dans un lieu désigné". Depuis 2012, cette mesure permet à la police politique d'envoyer les dissidents dans les prisons noires du pouvoir chinois, où la torture est régulièrement pratiquée.

"Yu Wensheng est en 'résidence surveillée dans un lieu désigné' parce qu'on l'accuse de subversion du pouvoir de l'Etat", explique Xu Yan au 19h30 de la RTS. "Et selon la loi, cette détention peut durer six mois. Après ces six mois, ils peuvent faire traîner les choses et trouver d'autres moyens de le garder en détention."

Appel public aux réformes

Peu avant son arrestation, l'avocat avait publié une lettre ouverte dans laquelle il appelait publiquement à des réformes démocratiques dans le pays. Le quinquagénaire avait également demandé par le passé la démission de Xi Jinping, dénonçant "l'incompétence" du dirigeant.

"Yu Wensheng avait conscience de ce qui pouvait se passer, parce qu'il avait dit à ses amis que si quelque chose devait lui arriver, il aimerait que ses amis m'aident, qu'ils prennent soin de moi", confie Xu Yan.

"Moi je ne pensais à rien de particulier quand on était tous les deux", ajoute-t-elle. "Mais lui, il avait déjà conscience du danger."

"J'en fais des cauchemars"

Depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013, des centaines d'avocats et de défenseurs des droits de l'homme ont été interpellés et questionnés.

"J'imagine souvent que la police va venir m'arrêter", raconte l'écrivain Murong Xuecun, qui a déjà été convoqué par les forces de l'ordre. Célèbre pour son combat contre la censure, le romancier et essayiste critique régulièrement les autorités de Pékin. Ses ouvrages sont interdits dans le pays.

"J'en fais des cauchemars", avoue Murong Xuecun. "Quand je marche dans la rue, j'ai peur d'être suivi, je regarde souvent derrière moi. Et ce qui m'arrive est assez courant parmi mes connaissances."

A la fin de la semaine, les quelque 3000 députés chinois pourraient valider la réforme abolissant la limite de deux mandats pour Xi Jinping. Une présidence à vie qui resserrerait encore davantage l'étau sur la société civile? C'est désormais la crainte des défenseurs des droits de l'homme.

>> L'analyse de Michael Peuker depuis Pékin:

Répression en Chine: l'analyse de Michael Peuker
19h30 - Publié le 05 mars 2018

>> Lire aussi:  La grand-messe qui offrira à Xi Jinping un pouvoir à vie a débuté en Chine

Reportage TV: Antoine Védeilhé

Adaptation web: Tamara Muncanovic

Publié le 05 mars 2018 à 20:36 - Modifié le 05 mars 2018 à 21:53