Modifié le 19 février 2018 à 20:33

En Turquie, "vous ne savez pas qui sera la prochaine cible, ni pourquoi"

L'écrivain turque Asli Erdogan dénonce la dérive autoritaire d'Ankara
L'écrivain turque Asli Erdogan dénonce la dérive autoritaire d'Ankara L'actu en vidéo / 4 min. / le 19 février 2018
Elle porte le même nom que le président turc qui veut la mettre en prison mais n'a aucun lien familial avec Recep Tayyip Erdogan. L'écrivaine turque Asli Erdogan dénonce la dérive autoritaire du régime d'Ankara.

En Turquie, "vous ne savez pas qui sera la prochaine cible, ni pourquoi", témoigne lundi dans le 19h30 Asli Erdogan. L'écrivaine est de passage à Genève à l'occasion du Sommet des droits de l'homme et de la démocratie.

Asli Erdogan, c'est l'histoire d'une écrivaine turque, physicienne de formation, accusée par le pouvoir turc d'un étrange crime: consultante littéraire dans un journal pro-kurde légal; elle est condamnée à quatre mois de prison sans motif, avant d'être relâchée sans explication. Son procès doit reprendre en mars.

Appartement ravagé

"La police est entrée dans mon appartement avec une unité des forces spéciales, une cinquantaine d’hommes. J’étais en short et en T-shirt et ils ont ravagé mon appartement pendant sept heures", se rappelle Asli Erdogan.

J’ai été arrêtée, et je crois que je suis la première écrivaine au monde dans ce cas, pour destruction de l’unité de l’Etat

Asli Erdogan, écrivaine turque

C’était en août 2016. Elle poursuit: "Puis, ils m’ont détenue 48 heures au poste de police. Et nous n’avons pas été arrêtés pour propagande terroriste. J’ai été arrêtée, et je crois que je suis la première écrivaine au monde dans ce cas, pour destruction de l’unité de l’Etat."

"Entre 100'000 et 150'000" arrestations

Une accusation qui a valu la perpétuité au chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) Abdullah Öcalan. Exilée en Allemagne, Asli Erdogan craint de rentrer dans son pays. Depuis le coup d'Etat manqué d'août 2016, la Turquie est devenue une vaste prison pour journalistes, intellectuels et toute forme d'opposition.

"J’ai vécu la période de la junte militaire, raconte Asli Erdogan. Mais celle-ci est probablement bien pire. Avant, c’était de grosses opérations de répression, mais en mode militaire contre les intellectuels, les écrivains, les gauchistes." Maintenant, c’est "plus capricieux".

Pour Asli Erdogan, la Turquie est aujourd'hui dirigée "par les décrets d'un seul homme", Recep Tayyip Erdogan. Elle estime "entre 100'000 et 150'000" le nombre de personnes arrêtées par le gouvernement turc.

>> Le sujet du 19h30 lundi sur la traque des intellectuels en Turquie:

Turquie: la traque des intellectuels
19h30 - Publié le 19 février 2018

Michel Beuret

Publié le 19 février 2018 à 19:04 - Modifié le 19 février 2018 à 20:33