Modifié le 18 février 2018 à 22:30

Dans les pas des migrants qui passent la frontière entre l'Italie et la France

Les citoyens passeurs au secours des migrants
Les citoyens passeurs au secours des migrants Mise au Point / 14 min. / le 18 février 2018
Durant l'hiver, des dizaines de migrants traversent chaque nuit la montagne entre l'Italie et la France. L'émission Mise au Point s'est rendue à proximité de Briançon, dans les Hautes-Alpes, où un réseau de bénévoles les accueille.

Ce soir-là, six silhouettes sortent de la nuit après quatre heures de marche en baskets par moins 15 degrés. Ils ont entre 17 et 25 ans. Ils sont guinéens, maliens, ivoiriens et sénégalais.

Quand ils arrivent à proximité de la station de Montgenèvre, des bénévoles les recueillent et les emmènent au refuge solidaire de Briançon, situé à une vingtaine de minutes de voiture. On leur offre le gîte et le couvert. On leur prodigue les premiers soins aussi.

En 2017, près de 2000 migrants, pour la plupart originaires d'Afrique de l'Ouest, ont transité par le refuge. Actuellement, celui-ci en accueille environ quarante par jour mais ce nombre est destiné à croître dès l'arrivée du printemps.

Un engagement punissable

Dans la région de Briançon, une centaine d'habitants s'activent depuis bientôt deux ans pour venir en aide aux migrants. Parmi eux, Anne et Michel ont la sensation de se substituer à l'Etat français. "On n'a pas d'autre choix que d'agir. On essaie de garder un peu d'énergie et de ressources pour faire un travail de plaidoyer, pour dénoncer cette situation et mettre l'Etat devant ses responsabilités", expliquent-ils.

Cet engagement n'est cependant pas sans risque: certains bénévoles encourent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 35'000 francs d'amende pour aide à l'immigration illégale.

"Aider un étranger en situation irrégulière, c'est illégal"

Préfète des Hautes-Alpes, Cécile Bigot-Dekeyzer se veut inflexible: "Je considère que c'est de l'incitation. Aider un étranger en situation irrégulière à traverser une frontière, c'est illégal."

Selon elle, c'est l'existence même des réseaux solidaires qui constitue un appel d'air. "Je ne peux pas jeter la pierre à quelqu'un qui voit passer sous ses fenêtres un étranger en situation irrégulière, alors qu'il fait froid et nuit. Mais tout comportement de ce type-là, a fortiori si c'est un comportement réfléchi et structuré, créé une incitation", estime la représente de l'Etat dans le département des Hautes-Alpes.

>> Voir le reportage de Mise au Point ci-dessus

Romain Miranda/kg

Publié le 18 février 2018 à 21:35 - Modifié le 18 février 2018 à 22:30