Modifié le 09 janvier 2018

Après 30 ans à la BBC, elle claque la porte à cause des inégalités salariales

Portrait de Katja Schaer.
L'éclairage d'actualité (vidéo) - Une rédactrice en chef vedette de la BBC démissionne pour dénoncer une injustice salariale La Matinale / 4 min. / le 09 janvier 2018
L'une des plus éminentes journalistes de la BBC, la rédactrice en chef Carrie Gracie, a démissionné lundi de son poste quand elle a découvert qu'elle gagnait 50% de moins que ses collègues masculins.

La rédactrice en chef a découvert cet écart de rémunération quand la BBC s'est vue contrainte de publier les salaires de ses employés. Après les réclamations de Carrie Gracie, la BBC a offert à sa journaliste vedette une augmentation de plus de 30%. Pourtant, celle-ci a refusé l'offre et a confirmé sa démission, parce que son message doit être clair.

Elle l'a exprimé sur sa propre chaîne: "Comme vous le savez, mon salaire est de 135'000 livres. La BBC m'a offert une augmentation à 185'000 livres, mais je ne voulais pas plus d'argent, je voulais l'égalité et je ne cessais de répéter à mes chefs que je n'avais pas besoin de plus d'argent, mais je voulais être à égalité avec les hommes."

Une démission qui sert de dénonciation

Carrie Gracie a d'ailleurs interpellé le public britannique: "vous avez le droit de savoir, dit-elle, que la BBC enfreint la loi sur l'égalité et résiste aux pressions pour établir une structure de rémunération équitable et transparente". Carrie Gracie a choisi de dénoncer cette injustice du service public audiovisuel britannique en quittant son poste - pour revenir à une fonction moins en vue.

Sa démission a généré beaucoup de réactions de soutien, de personnalités médiatiques et politiques également. D'autres journalistes et présentatrices vedettes de la chaîne soutiennent ouvertement Carrie Gracie, en affirmant notamment que des centaines d'employées de la BBC sont en conflit avec leur employeur sur des questions salariales.

Une évolution lente liée à la complexité du problème

Cette démission est ainsi jugée courageuse par Eléonore Lepinard, directrice du Centre d'études genres de l'Université de Lausanne. Cette dernière salue l'action de Carrie Gracie, mais elle en tempère les effets. "En un sens, c'est anecdotique, parce que la population féminine au travail en général est discriminée. C'est un problème dont on a conscience depuis plus de 30 ans. La réduction des inégalités au travail se fait à un rythme extrêmement lent."

La question de l'égalité salariale est complexe et multifactorielle et touche les aspects sociaux, économiques et politiques. Pour Eléonore Lepinard, il s'agit de "l'aboutissement de processus sociaux très larges, qui se passent au niveau de l'éducation, des filières d'enseignement, de l'orientation scolaire". Et cela passe aussi, selon elle, par la façon dont les femmes peuvent être déchargées d'une part du travail domestique.

Raison pour laquelle on peut spéculer qu'il faudra plus d'une affaire Carrie Gracie - aussi exceptionnelle soit-elle - pour vraiment faire bouger les choses.

Katja Schaer/ebz

Publié le 09 janvier 2018 - Modifié le 09 janvier 2018