Le quotidien des réfugiés rohingyas au Bangladesh

Alors qu'au moins 6700 Rohingyas ont été tués entre fin août et fin septembre en Birmanie, des milliers de personnes issues de cette minorité musulmane continuent d'émigrer vers le Bangladesh voisin. Reportage dans des camps de réfugiés dans le sud-est du Bangladesh.

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650'000 Rohingyas réfugiés au Bangladesh

Les réfugiés musulmans rohingyas continuent d'arriver au Bangladesh au rythme d'environ 10'000 par semaine. Actuellement, ils sont plus de 650'000 à vivre dans des camps surpeuplés.

Considérés comme des citoyens de seconde zone par le régime birman, les Rohingyas veulent des garanties de sécurité et devenir des citoyens à part entière. A leurs yeux, les accords de rapatriement signés sans leur consentement sont sans valeur.

Mais plus de trois mois après le début de la crise, la situation humanitaire dans les camps reste préoccupante, malgré l’accord signé en novembre entre le Bangladesh et la Birmanie. Selon l'ONU, les Rohingyas sont victimes d'un cas classique de nettoyage ethnique.

>> Nicolas Vultier revient sur les conditions de vie de ces réfugiés dans l'émission Forum:

Plus de 650'000 Rohingyas ont fui la Birmanie.
Nicolas Vultier - RTS
Forum - Publié le 13 décembre 2017

>> Le camp de Kutupalong au Bangladesh:

Lutte contre la malnutrition

Dans le camp de réfugiés de Kutupalong, monté dans l'urgence, l'ONG suisse Terre des hommes a installé un centre de détection nutritionnelle. Les enfants y sont auscultés, pesés et mesurés, pour définir s'ils sont victimes de malnutrition.

Le jour où la RTS s'est rendue sur place, les médecins ont fait 77 consultations et constaté 22 cas de malnutrition modérée, 18 cas de malnutrition sévère et 14 cas normaux, le reste des consultations étant du suivi, selon un médecin interrogé.

>> Ecouter le reportage de Nicolas Vultier:

Des enfants aux abords du centre de détection nutritionnelle de Terre des Hommes à Kutupalong.
Nicolas Vultier - RTS
La Matinale - Publié le 13 décembre 2017

Les mères, souvent très faibles, repartent de ces consultations avec de la nourriture et des compléments alimentaires.

Certains réfugiés travaillent aussi comme volontaires au centre, pour quelques francs par jour. Ils monitorent les différentes zones du camp, pour que le suivi médical des enfants soit assuré.

>> Les images du centre de détection nutritionnelle et du camp de Kutupalong:

Images d'un camp de réfugiés rohingya au Bangladesh
Info - Publié le 13 décembre 2017

Des camps surpeuplés

Près de 6000 personnes s'entassent par exemple dans le no man's land de Konor Para, entre la Birmanie et le Bangladesh. Ces villageois ont été les premiers à fuir les exactions de l’armée birmane.

Dans leur exil, nombreux sont atteints dans leur santé ou mal nourris. Le Bangladesh a par exemple lancé mardi une campagne de vaccination contre la diphtérie dans les camps rohingyas. Cette maladie est soupçonnée d'avoir tué neuf réfugiés et d'en avoir infecté 700 autres.

Des distributions de vivres et de médicaments sont également organisées dans les camps.

>> Le reportage de Nicolas Vultier lors d'une consultation médicale du CICR:

La file d'attente lors d'une distribution de médicaments dans le camp de Kutupalong.
Nicolas Vultier - RTS
La Matinale - Publié le 13 décembre 2017

L'assainissement des camps

Face à l'arrivée et massive de ces réfugiés au Bangladesh, les ONG ont dû répondre rapidement aux besoins d'urgences de ces personnes. "C'est une crise qui a commencé avec l'arrivée de quelques personnes en août et qui s'est vite transformée en un flot continu durant les six semaines qui ont suivi, en septembre et en octobre", explique David Blanc, qui a coordonné pendant deux mois l’opération de Terre des hommes sur place.

Après l'aide d'urgence, c'est désormais une approche plus qualitative qui est appliquée, avec la purification de l’eau et l'assainissement des camps, notamment des latrines: "C'est très important car le choléra est endémique au Bangladesh", rapporte Carlo Simonetti, ingénieur en science de l’environnement, également engagé pour Terre des hommes.

La crise a commencé avec l'arrivée de quelques personnes en août et s'est vite transformée en un flot continu durant les six semaines qui ont suivi

David Blanc, coordinateur chez Terre des hommes

Pour installer des latrines et des puits, Carlo Simonetti doit négocier des terrains avec des propriétaires pas toujours accommodants, sous surveillance militaire. Il doit aussi recruter des équipes de volontaires en ménageant les susceptibilité. "C'est très délicat parce que le Bangladesh essaie de protéger sa force de travail (...) On est souvent obligé d'avoir deux salaires différents: entre 3 et 5 dollars par jour pour les Rohingyas et entre 5 et 10 dollars pour les Bangladais", rapporte-t-il.

>> Les explications du personnel de Terre des Hommes sur place:

Plus de 650'000 Rohingyas ont fui la Birmanie.
Nicolas Vultier - RTS
Tout un monde - Publié le 14 décembre 2017

La protection des mineurs non accompagnés

La situation des mineurs Rohingyas non accompagnés vivant dans les camps de réfugiés au Bangladesh inquiètent les ONG.

Certaines organisations spécialisées tentent de les protéger contre les abus et autres violences.

Dans le camp de réfugiés de Tangkhali, Nicolas Vultier a rencontré Rahina, 16 ans, et son frère Sadiq Hussein, 10 ans. Leur mère est décédée il y a plusieurs années mais leur père a été tué par les soldats birmans.

>> Le reportage de Nicolas Vultier dans le camp de Tangkhali:

Deux enfants Rohingyas dans le camp de réfugiés de Tangkhali, au Bangladesh.
Nicolas Vultier - RTS
Le 12h30 - Publié le 15 décembre 2017

Le reportage en images

Cliquez sur la galerie ci-dessous pour voir les photos prises par l'envoyé spécial de RTSinfo Nicolas Vultier lors de son reportage:

Le calvaire des Rohingyas

Depuis 1982 et l'adoption d'une nouvelle loi sur la citoyenneté par la junte militaire, les Rohingyas ne font pas partie des 135 ethnies reconnues officiellement par l'Etat birman. A ce titre, ils sont privés de la nationalité birmane, ce qui les rend de facto apatrides.

Depuis le 25 août, une flambée de violence dans l'ouest de la Birmanie a poussé des dizaines de milliers de Rohingyas sur les chemins de l'exil. Selon plusieurs ONG, ce peuple est victime d'un "nettoyage ethnique".

>> L'éclairage sur la situation des Rohingyas: Le calvaire des musulmans Rohingyas, victimes de "nettoyage ethnique" en Birmanie

Les Rohingyas vivent majoritairement dans le nord de l'Etat birman d'Arakan (en rouge), frontalier du Bangladesh.
Les Rohingyas vivent majoritairement dans le nord de l'Etat birman d'Arakan (en rouge), frontalier du Bangladesh. [Google Maps]

Crédits

Reportages, interviews et photos: Nicolas Vultier

Adaptation web: Jessica Vial et Mathieu Henderson