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Un produit toxique a contaminé et perturbé la production de matelas

Une contamination au dichlorobenzène a touché toute la chaîne de production des matelas vendus en Europe. [okinawakasawa - fotolia]
Matelas contaminés: quels matelas sont sûrs? / On en parle / 10 min. / le 24 novembre 2017
Une contamination au dichlorobenzène, produit irritant et potentiellement cancérigène, a touché cet été toute la chaîne de production des matelas vendus en Europe. L'émission On en parle a enquêté sur la situation en Suisse.

Le dichlorobenzène décelé sur les matelas est un composé organique liquide et incolore qui peut irriter la peau, les voies respiratoires et les yeux. Il est soupçonné de provoquer des cancers et est toxique à long terme pour les organismes aquatiques.

Le responsable de la contamination est le géant de la chimie BASF. La firme allemande explique que la contamination est due à un défaut technique survenu lors du processus de production du TDI, un plastique produit dans son usine de Ludwigshafen en Allemagne.

Ce matériau entre dans la composition de mousses de rembourrage. Ainsi, la contamination ne concerne pas uniquement les matelas, mais également de nombreux meubles à base de mousse (canapés, sièges de voiture, etc.).

Beaucoup de meubles concernés

Le TDI contaminé a été produit entre le 25 août et le 29 septembre 2017. Mais il a fallu du temps à BASF pour réagir, puisqu'il n’a informé ses clients directs que le 6 octobre.

En Suisse, l’usine Foampartner à Wohlfhausen (ZH) a été arrêtée temporairement. François Pugliese, directeur d’Elite SA, fabricant de matelas haut de gamme à Aubonne, estime que cette usine fournit quelque 20% de la production totale de matelas en Suisse.

En France, toutes les grandes marques de matelas sont concernées et ont mis leurs usines à l’arrêt en octobre, tout comme les fabricants en Belgique et en Allemagne.

"Opacité"

Réagissant à l'annonce de BASF, le fabricant Foampartner a analysé des échantillons de tous les lots concernés dans un laboratoire externe, puis a rappelé toutes les mousses de matelas ou des meubles avec des valeurs de dichlorobenzène supérieures à 1 partie par million (ppm) - le seuil normalement admis par BASF étant de 3 ppm. Dans le cadre de la contamination, certaines mousses en contenaient 8 fois plus.

"Le problème a été pris très au sérieux en Suisse par Foampartner, qui a opposé une réponse très stricte à ce problème", atteste François Pugliese.

"Mais la même chose n'a pas forcément été faite du côté des fabricants européens qui ont été livrés par d'autres fournisseurs que Foampartner", affirme-t-il, évoquant une "forte opacité" autour des conditions de fabrication d'une majorité de mousses, produites en Europe ou ailleurs.

Droit d'échange

Les défenseurs des consommateurs recommandent aux clients de demander des informations à leur vendeur de matelas.

Certaines marques proposent à leurs clients d’échanger leurs produits, à l'instar de Bico et Happy. Les teneurs en dichlorobenzène sont en effet trop élevées pour répondre aux exigences de certains labels (Oeko-Tex Standard 100, Certipur), qui assurent que les matériaux utilisés sont exempts de produits toxiques pour le corps et pour l'environnement.

Ikea Suisse, qui produit ses matelas à l'étranger mais ne compte pas BASF comme fournisseur, propose malgré tout à ses clients inquiets de retourner les matelas achetés entre le 26 août et le 29 septembre.

Frédérique Volery/Bastien von Wyss/kkub

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Matelas contaminés en vente dans les pays de l'UE

La situation est radicalement différente dans les pays qui entourent la Suisse. En France, l’Agence nationale de la sécurité alimentaire (ANSES) a donné un avis rassurant. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a donc autorisé la vente des mousses contaminées.

Une décision ahurissante, selon Elisabeth Chesnais, journaliste pour le magazine Que Choisir de l’Union française des consommateurs, puisque la même DGCCRF précise que ces mousses contaminées ne répondent plus aux exigences des labels Oeko-Tex et Certipur.

Que choisir recommande dès lors aux consommateurs qui achètent des matelas de reporter leur achat ou d’opter pour les labels Oeko-Tex et Certipur, seuls garants d’une teneur maximale de 1 ppm de dichlorobenzène.

Législation suisse peu contraignante

Du point de vue de la loi suisse, les matelas répondent à la législation sur les denrées alimentaires et les produits de base, une loi qui fait la part belle à l'autocontrôle.

C’est donc au fabricant ou à l’importateur de veiller à ce que les produits respectent toutes les exigences légales. Seuls les produits sûrs peuvent être mis sur le marché, selon l’Office fédéral de la sécurité alimentaire.

Reste une précision de taille: la législation sur les denrées alimentaires et les produits de base ne fixe pas de limites spécifiques pour la teneur en dichlorobenzène dans les meubles rembourrés. Et l’ordonnance sur la réduction des risques chimiques ne réglemente pas non plus cette application.