Modifié le 21 novembre 2017 à 18:42

Les raisons de l'échec d'une coalition allemande et ses conséquences

Allemagne: explications sur l'échec d'Angela Merkel
Allemagne: explications sur l'échec d'Angela Merkel 19h30 / 1 min. / le 20 novembre 2017
L'échec des négociations de la première coalition multipartite allemande est un séisme pour la politique germanique, qui se retrouve sans majorité pour gouverner. Pourquoi un tel échec et quelles conséquences pour l'Europe?

Après un mois de négociations, les conservateurs emmenés par Angela Merkel (CDU-CSU), les libéraux (FDP) et les écologistes n'ont pas réussi à former de coalition gouvernementale - surnommée "Coalition Jamaïque" en raison des couleurs dominantes des formations, qui rappellent celles du drapeau jamaïcain.

>> Lire: Angela Merkel a échoué à former un nouveau gouvernement de coalition

Qui est responsable de l'échec des négociations? Selon le quotidien Die Zeit, le FDP rejette la faute sur la chancelière, mais l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) et les Verts l'ont, au contraire, remerciée pour la manière dont elle a mené les négociations.

Plusieurs raisons sont évoquées pour expliquer ce naufrage.

- Le différend sur la question migratoire

Principale pierre d'achoppement: la politique migratoire généreuse d'Angela Merkel. Si elle a donné une stature historique à la chancelière allemande, elle compromet aujourd'hui ses chances de rester au pouvoir.

Cette politique généreuse est à l'origine du score historiquement bas de son parti, la CDU, et de la percée des nationalistes de l'AfD en septembre.

La CSU bavaroise et les libéraux du FDP exigent pour leur part un plafonnement du nombre de demandeurs d'asile à 200'000 personnes par année et une limitation du regroupement familial pour certaines catégories de réfugiés. Ces exigences ont été repoussées par les Verts.

- Pas de consensus sur la fermeture des centrales à charbon

L'autre point de discorde est l'environnement. Les Verts prônent notamment l'abandon définitif du charbon avant 2030 avec la fermeture rapide d'un nombre important des centrales les plus polluantes.

Si les Allemands sont en grande majorité favorables à la disparition de cette énergie fossile, c'est le calendrier de sortie qui divise les partis. Les conservateurs de la CDU-CSU jugent ces revendications exorbitantes, arguant qu'une sortie trop rapide menacerait des milliers d'emplois.

Le charbon représente encore quelque 40% de la production d'électricité du pays.

- Les visées électorales du FDP

Alors qu'un compromis semblait encore possible entre les différentes parties sur ces deux thèmes, le président du FDP Christian Lindner a brutalement rompu les pourparlers.

Accusé par plusieurs médias de chasser sur les terres du parti d'extrême droite AfD en matière d'immigration, le FPD n'aurait "pas fait échouer la coalition par accident, mais intentionnellement", affirme notamment le quotidien allemand Tageszeitung. Christian Lindner espère ainsi améliorer le score de son parti lors de nouvelles élections qu'il aurait provoquées.

Le professeur d'études européennes à l'Université de Fribourg Gibert Casasus explique sur le plateau du 19h30 que sur certains points sensibles, "le FDP est allé plus à droite que la CDU-CSU durant les négociations". L'expert rappelle par ailleurs que le FDP était un parti de centre gauche dans les années 1970, avant de glisser toujours plus à droite.

- Le refus d'alliance du SPD

Les sociaux-démocrates du SPD, partenaires minoritaires de la coalition sortante qui a gouverné de 2013 à 2017, ont eux refusé de renouveler l'expérience.

De nombreux analystes politiques avaient prédit le revirement du SPD en cas d'échec des négociations, estimant que la chancelière allemande n'aurait pas d'autre choix que de se tourner vers eux.

Mais l'option a été balayée lundi après-midi par le SPD, qui a répété ne plus vouloir de la "grande coalition" actuelle avec les conservateurs et préférer l'opposition.

Autrefois réputée pour son talent du compromis, Angela Merkel admet donc son échec. La femme la plus puissante d'Europe en est réduite à gérer les affaires courantes, jusqu'à la sortie de la crise.

>> Lire aussi : Le président allemand fait pression sur les partis pour éviter des élections

- Quelles conséquences pour l'Europe?

Devenue la bête noire des nationaliste en Allemagne comme dans le reste de l'Europe, Angela Merkel paie cette facture aujourd'hui et menace la stabilité européenne. 

Si l'Allemagne devenait un peu plus eurosceptique, les conséquences seraient graves pour l'Europe, estime en effet Gibert Casasus, professeur à l'Université de Fribourg. "Le président français Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont mis d'accord ensemble pour relancer l'Europe. Or si le curseur bouge à droite en Allemagne, la difficulté va être très grande pour Macron, qui va se retrouver comme un roi nu."

Emmanuel Macron a d'ailleurs affirmé lundi que la France n'a pas "intérêt" à ce que la situation se crispe en Allemagne.

Mais Gilbert Casasus admet toutefois un point positif dans l'évolution des discussions allemandes: "Si les libéraux (du parti FDP) ne faisaient pas partie du gouvernement allemand, ce serait positif pour l'Europe, car ils sont certainement le parti le plus eurosceptique à la table des négociations."

>> Voir l'intégral de l'interview de Gibert Casasus lundi sur le plateau du 19h30:

Crise politique allemande: l'interview de Gilbert Casasus
19h30 - Publié le 20 novembre 2017

Malika Nedir et Feriel Mestiri

Publié le 20 novembre 2017 à 21:20 - Modifié le 21 novembre 2017 à 18:42