Modifié dimanche à 22:31

Vingt ans après l'attentat de Louxor, retour sur une enquête bâclée

Luxor…l’enquête bâclée
Louxor…l’enquête bâclée Mise au Point / 16 min. / dimanche à 20:11
Le 17 novembre 1997, 62 touristes, dont 36 Suisses, avaient perdu la vie lors d'une attaque terroriste dans un temple de Louxor, en Egypte. Vingt ans plus tard, Mise au Point revient sur une enquête bâclée et bouclée depuis plus de 15 ans.

La justice suisse a officiellement suspendu l'enquête sur l'attaque du temple de Hatshepsout trois ans après les faits (voir le rappel ci-dessous). Les six terroristes ayant trouvé la mort juste après l'attentat, personne n'a jamais été jugé et aucun commanditaire n'a été interrogé ou arrêté, même si un homme est fortement soupçonné d'avoir dirigé l'attaque.

>> Lire aussi: Vingt ans après l'attentat de Louxor, le commanditaire présumé a été retrouvé

Les familles des victimes n'ont elles obtenu aucune réponse jusqu'à ce jour. Stephan Kopp a été blessé par balles lors de l'attaque et a perdu son épouse. Il a confié dimanche à Mise au Point que ce besoin de savoir, ce besoin de justice, reste tenace et qu'il garde un goût amer du manque d'efforts des gouvernements suisse et égyptien pour faire la lumière sur cette affaire et pour arrêter les commanditaires.

Pas une personne ne sera punie pour cet attentat

Stephan Kopp, victime de l'attentat
 

"Pas une personne ne sera punie pour cet attentat", regrette Stephan Kopp. "Ce qui me trouble, explique-t-il, c'est que l'enquête a été fermée de manière presque nonchalante. Sans que la Suisse n'obtienne des explications. On n'a rien obtenu. Rien."

Un rapport d'enquête rempli d'erreurs

Mise au Point a eu accès au rapport d’enquête du cabinet du procureur général égyptien. Ce document clé, destiné à être confidentiel à la demande du Caire, contient toutes les informations transmises à la Suisse. Mais ce rapport en arabe de trois pages ne contient aucun détail, il est rempli d'erreurs et même le nombre de victimes est faux. Il a dû être envoyé à deux reprises par le Caire après correction.

Dans ces dossiers, on constate aussi que la priorité des Egyptiens était le retour des touristes et pas l'enquête. Pourtant, on ne trouve pas de trace de contestations de la Suisse. Des documents montrent l'incurie du gouvernent égyptien et le manque de persévérance du Conseil fédéral de l'époque dans sa quête des faits.

Blaise Godet, aujourd'hui retraité du DFAE, se souvient de cette époque: "Je ne suis pas sûr que les Egyptiens aient fait la lumière sur cette attaque, ni sur les complicités. Il y a encore flou et incertitude actuellement." Quelques mois après le massacre, "les rapports se sont raréfiés, car moins de tourisme signifie, moins d’hommes d’affaires".

La Suisse n'a pas insisté

Selon plusieurs anciens diplomates en poste en Egypte, la vérité n'a jamais été une priorité pour la Suisse, qui était plus préoccupée à réclamer des indemnités financières à l'Égypte qu'à faire la lumière sur l'attaque. Ceci a compliqué les rapports diplomatiques et entravé l'enquête. "On avait laissé entendre qu'il y aurait peut-être des indemnités, ajoute Blaise Godet, versées par les Egyptiens pour les victimes suisses. Les Egyptiens ne sont jamais entrés en matière."

Selon les documents d'archives consultés par la RTS, la Suisse cherchait peu, ou pas, la vérité ni les coupables, mais voulait surtout être dédommagée. Blaise Godet relate qu'il a fallu se contenter du rapport d'enquête, même s'il était très mince. Selon lui, la visite de Carla del Ponte en Egypte en 1999 était cosmétique et "elle n’a pas obtenu les réponses aux questions".

Et si la Suisse n'a au final obtenu aucune réponse, elle a fait semblant d'être satisfaite de l’enquête. Et quand celle-ci a été suspendue, elle n'a pas réagi.

>> Le résumé du sujet de Mise au Point qui sera diffusé vers 20h10 dimanche:

Le commanditaire présumé de l'attentat de Louxor retrouvé 20 ans après les faits
L'actu en vidéo - Publié le 10 novembre 2017
 

Sujet Mise au Point: François Ruchti et Dimitri Zufferey

Adaptation web: Frédéric Boillat

Publié dimanche à 09:30 - Modifié dimanche à 22:31

Trop tôt pour s'exprimer, selon le Ministère public de la Confédération

Suite aux révélations de Mise au Point vendredi sur la localisation en Egypte de Moustafa Hamza, présumé commanditaire de l’attaque, le Ministère public de la Confédération considère qu'il est trop tôt pour s’exprimer dans les détails et qu'il faudra analyser ces révélations.

Personne n’a suivi le dossier au niveau fédéral et le procureur de la Confédération va devoir réexaminer le dossier pour éventuellement le rouvrir.

Toutefois, il a existé un mandat d’arrêt international contre Moustafa Hamza pendant 10 ans. Ce mandat existe actuellement uniquement au niveau national fédéral. Il est toutefois difficile de comprendre pourquoi il n'a pas été maintenu. Mais rien n’empêche qu'il soit réactivé.

Le rappel des faits

Le 17 novembre 1997, six terroristes déguisés en agents de sécurité avaient attaqué froidement des touristes venus visiter le temple de Hatshepsout, à Deir el-Bahari, près de Louxor, en Egypte. Durant de longues minutes, ils ont poursuivi les visiteurs pris au piège dans le temple et les ont abattus avec des fusils d'assaut.

Un total de 62 personnes ont été tuées, dont 36 touristes suisses. Dix Japonais, six Britanniques, quatre Allemands, quatre Egyptiens, un Français et un Colombien ont aussi perdu la vie, piégés dans le temple.

Les terroristes ont ensuite trouvé la mort durant leur fuite dans des circonstances peu claires. Il demeure difficile à dire s'ils ont été tués par la police ou s'ils se sont suicidés.

Cette attaque est le premier attentat islamiste majeur contre des civils occidentaux, prémices de la vague Al-Qaïda et groupe Etat islamique.