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Le groupe Etat islamique en déroute, mais à quel prix?

Quartier rebelle al-Qaterji détruit à Alep, en Syrie, le septembre 2016. [Abdalrhman Ismail - Reuters]
Terrorisme islamiste, quelle victoire ? / Géopolitis / 15 min. / le 22 octobre 2017
Le groupe Etat islamique vient d'être chassé de son bastion de Raqa en Syrie. Mais les victoires proclamées aujourd'hui contre le groupe terroriste risquent-elles de nourrir les djihads de demain?

Depuis le mardi 17 octobre, ce ne sont plus les drapeaux noirs du groupe Etat islamique qui flottent dans les rues de Raqa, mais les couleurs jaune et verte de la coalition arabo-kurde.

En Syrie et en Irak, les djihadistes de l'EI ont perdu près de 80% de leur territoire depuis la proclamation du califat en juin 2014. Au-delà de ces reconquêtes qui signent le repli d'un régime de terreur, une réflexion occupe l'islamologue François Burgat: "Il ne faut pas que, de la main droite, on fabrique les terroristes contre lesquels on lutte de la main gauche", assène l'invité de Géopolitis.

De la marginalisation aux solutions extrêmes

Dans ses recherches, François Burgat tente de comprendre les mécanismes qui mènent à une radicalisation islamiste. Il pointe la part de responsabilité des institutions "qui permettent à des populations de se sentir intégrées ou non dans un univers politique, aussi bien au Proche-Orient que dans nos sociétés".

La marginalisation des sunnites en est un parfait exemple, selon lui: "Au Proche-Orient, en Irak d'abord et en Syrie ensuite, c'est ce processus qui a fabriqué du désespoir dans une partie de la population qui en est arrivée à regarder les solutions les plus extrêmes comme un moindre mal".

Le piège de Daech

La ville de Raqa, aujourd'hui ville fantôme, vidée des djihadistes mais aussi de ses habitants, a été ravagée par d'intenses combats durant plusieurs mois. Selon l'Observatoire syrien des Droits de l'Homme (OSDH), 3250 personnes y ont trouvé la mort, dont 1130 civils. Parmi eux figurent 270 enfants. Dans un communiqué du 5 octobre, le CICR, s'alarmait d'un pic de violence jamais atteint depuis la bataille d'Alep il y a un an.

Ce n'est pas Daech qui nous a déclaré la guerre.

François Burgat, islamologue et politologue

"Lancer des bombes sur Raqqa ou sur Mossoul n'est pas une porte de sortie de crise", poursuit François Burgat. "En 2014, on tombe dans le piège de Daech", dit-il. "Il faut rappeler ce qu'aucun homme politique aime entendre: ce n'est pas Daech qui nous a déclaré la guerre. Certes il y a eu Mohamed Merah. (...) Mais c'est nous (la France, ndlr), qui avons choisi d'envoyer le Charles de Gaulle".

>> Les pertes territoriales du groupe Etat islamique (en gris) depuis l'été 2015:

Ces cartes sont mises à jour presque quotidiennement sur Wikipedia par des internautes qui examinent chaque avancée. Lire aussi cet article sur ces cartographes particuliers.

Mélanie Ohayon

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