Modifié le 14 septembre 2017

"Il vaudrait peut être mieux qu'Aung San Suu Kyi parle et qu'elle parte"

Manon Schick, directrice de la section suisse d'Amnesty.
L'invité-e d'actualité La Matinale / 5 min. / le 14 septembre 2017
La dirigeante birmane Aung San Su Kyi est critiquée pour sa passivité face à la crise des Rohingyas, que l'ONU qualifie de "nettoyage ethnique". Pour Manon Schick, directrice d'Amnesty Suisse, ce silence est "explicable".

Aung San Suu Kyi "aurait dû condamner depuis longtemps ce qui se passe, appeler au calme, chercher la désescalade", estime Manon Schick, invitée jeudi de La Matinale de la RTS. "Elle ne joue pas le rôle que l'on peut attendre d'une cheffe de l'Etat".

Elle reconnaît toutefois que les exactions à l'encontre de la minorité rohingya sont commises par l'armée birmane, qui est indépendante du pouvoir civil. "Mais cela ne l'empêche pas de parler, de condamner!" souligne-t-elle à propos de la dirigeante birmane.

Mais Aung San Suu Kyi ne risque-t-elle pas de perdre le pouvoir si elle s'oppose à l'armée? "C'est possible. Mais dans cette situation, il vaudrait peut-être mieux qu'elle parle et qu'elle parte", tranche Manon Schick.

>> Un extrait de l'interview dans La Matinale:

 

"Pas responsable de cette politique"

La directrice de la section suisse d'Amnesty reconnaît qu'Aung San Suu Kyi n'est "pas responsable de cette politique, et d'une persécution qui date de plusieurs décennies, notamment lorsqu'elle se trouvait en prison". Mais Manon Schick lui reconnaît tout même une responsabilité dans cette crise: "Elle ne peut pas laisser un nettoyage ethnique se poursuivre dans son pays et ne rien dire!"

Manon Schick dit même se sentir "trahie" par la passivité de la lauréate du Prix Nobel de la paix 1991, dont la lutte pacifique contre la junte au pouvoir en Birmanie avait été soutenue par Amnesty International. "Je me suis battue pour la libération de celle que je considérais comme mon idole, et aujourd'hui je me dis... mais qu'est-ce qu'elle fait, bon sang?"

>> Lire notre éclairage: Le calvaire des musulmans Rohingyas, victimes de "nettoyage ethnique" en Birmanie

jvia

Publié le 14 septembre 2017 - Modifié le 14 septembre 2017