Modifié le 29 août 2017

"Roundup, face à ses juges", le film qui fait le procès de Monsanto

Le glyphosate est présent dans une majorité des herbicides commercialisés.
Le glyphosate va-t-il être à nouveau homologué par l'Union européenne? Tout un monde / 8 min. / le 28 août 2017
L'UE renouvellera-t-elle l'homologation du glyphosate, un herbicide controversé, pour les dix ans à venir? Alors que la décision est attendue cet automne, la réalisatrice française Marie-Monique Robin revient à la charge.

"Face à un faisceau de preuves aussi important que celui qui concerne le glyphosate, le principe de précaution doit être appliqué", estime Marie-Monique Robin, interrogée dans l'émission Tout un monde, à l'occasion de la diffusion de son nouveau documentaire "Roundup, face à ses juges" lundi sur RTS Deux (à voir ci-dessous jusqu'au 27 septembre).

2017. Le Roundup face à ses juges
Le doc du lundi - Publié le 28 août 2017
 

Dix ans après "Le monde selon Monsanto", la journaliste militante ne cache pas les espoirs qu'elle place dans le nouveau gouvernement français pour mener la fronde contre l'herbicide le plus vendu au monde lors des prochaines réunions européennes début octobre.

Et Nicolas Hulot - qui a déjà promis d'être "ferme" sur la question - pourra s'appuyer sur l'avis consultatif émis par le Tribunal Monsanto, une initiative citoyenne qui est au coeur du nouveau film de Marie-Monique Robin et dont il fut l'un des ambassadeurs avant d'être nommé ministre de la Transition écologique d'Emmanuel Macron.

Un procès informel

A l'heure où les experts s'écharpent à coups d'études contradictoires sur la cancérogénéité du glyphosate, "Roundup face à ses juges" rappelle le combat d'individus (et de nombreux scientifiques) contre les multinationales qui commercialisent un produit qu'ils estiment nocifs. Témoin de leur lutte, le film offre un récit exhaustif du procès qui s'est tenu devant des juges de renommée internationale les 15 et 16 octobre 2016 à La Haye.

>> Lire aussi: Cancérogène ou pas, le glyphosate? Pourquoi les experts se contredisent

Sur le banc des accusés et non représenté: le groupe américain Monsanto qui a été le premier à breveter l'utilisation du glyphosate en tant qu'herbicide, sous le nom de Roundup, en 1974.

800'000 tonnes en 2016

Tombé dans le domaine public depuis l'an 2000, ce désherbant continue à être commercialisé par de nombreuses entreprises. Ainsi, en 2016, 800'000 tonnes de Roundup ou d'un de ses génériques ont été déversées dans le monde.

Ce pulvérisateur nous a apporté la mort alors qu'on voulait simplement gagner notre vie

Anura Premaraphue, agriculteur sri-lankais
 

Au-delà de la salle d'audience, le documentaire de Marie-Monique Robin emmène aussi le spectateur aux quatre coins du monde, au chevet d'innocents, à l'instar de ce riziculteur sri-lankais qui résume tristement: "Ce pulvérisateur nous a apporté la mort alors qu'on voulait simplement gagner notre vie". Aujourd'hui atteint d'une maladie des reins, il avait l'habitude de déverser 25 à 35 litres de Roundup sur ses cultures à chaque récolte.

L'écocide, un crime contre l'humanité?

Depuis, le Sri Lanka est devenu le premier Etat au monde à interdire le glyphosate sous toutes ses formes. L'UE pourrait-elle lui emboîter le pas d'ici la fin de l'année? "C'est en tout cas la première fois qu'un renouvellement d'homologation, qui se fait généralement automatiquement, ne passe pas", relève Marie-Monique Robin dans Tout un monde.

Le Tribunal Monsanto a lui déjà rendu son verdict le 18 avril 2017, jugeant la multinationale coupable d'écocide, un crime contre l'environnement que la justice internationale aimerait un jour pouvoir sanctionner.

Juliette Galeazzi, avec Eric Guevara-Frey

Publié le 28 août 2017 - Modifié le 29 août 2017

Le glyphosate toujours autorisé en Suisse

Le Conseil national a rejeté le 16 mars 2017 un postulat de Louis Schelbert (Verts/LU) qui demandait au moins une réévaluation de la dangerosité et des autorisations accordées à cet herbicide, estimant ainsi que le glyphosate ne doit pas être interdit en Suisse.

Les connaissances scientifiques actuelles ne justifient pas d'intervenir, avait alors estimé le ministre de l'Economie Johann Schneider-Ammann.

Le National avait déjà refusé l'an dernier de donner suite à une pétition émanant de plusieurs associations dont Greenpeace et la Fédération romande des consommateurs.