Modifié le 01 juin 2017 à 09:55

"La seule solution face à la Corée du Nord est l'élimination du régime actuel"

Thae Yong-Ho, ancien diplomate nord-coréen passé au Sud.
Rien n'entamera la détermination du régime de Kim Jong-un, selon le dissident nord-coréen Thae Yong-ho Tout un monde / 10 min. / le 01 juin 2017
Invité jeudi de Tout un monde, Thae Yong-Ho, ex-diplomate nord-coréen réfugié au Sud, estime que rien n'arrêtera Kim Jong-Un dans la poursuite des essais nucléaires. Aussi évoque-t-il des solutions pour asphyxier le régime.

Selon Thae Yong-Ho, si la Corée du Nord multiplie les essais nucléaires et balistiques, en dépit des pressions internationales, c'est parce que l'atome est devenu la meilleure chance de survie d'un régime de plus en plus isolé.

"Pour Kim Jong-Un, le programme de développement nucléaire et de missiles intercontinentaux est le seul moyen d'assurer la continuité de son règne et de sa dynastie. Il est donc fermement déterminé à continuer, jusqu'au déploiement final de véritables ogives nucléaires et de missiles intercontinentaux, prêts au combat", explique le dissident.

La "stratégie du fou"

L'ancien diplomate nord-coréen assure que le régime ne croit pas aux récentes menaces américaines de frappes préventives. Il estime au contraire que Pyongyang sait parfaitement comment gérer les Américains: "Certains pensent que Kim Jong-Un est fou mais ce n'est pas vrai. Par contre, plus il agit comme un fou, plus cela suscite de l'inquiétude. Et incite à poursuivre une politique d'engagement, plutôt qu'accroître les sanctions ou vouloir un changement de régime."

Et d'ajouter: "Cette 'stratégie du fou' fonctionne à un certain degré. Car même les Chinois souhaitent à présent trouver un compromis avec les Américains au sujet du statut nucléaire de la Corée du Nord."

Eliminer le régime de Kim Jong-Un

Pour Thae Yong-Ho, un changement de régime en Corée du Nord constitue la seule sortie de crise possible. "Le problème nucléaire ne peut être résolu qu'en éliminant le régime de Kim Jong-Un. Celui-ci n'abandonnera jamais ses ambitions nucléaires, c'est certain. L'option militaire n'est pas une option, car elle est trop risquée."

Kim Jong-Un n’abandonnera jamais ses ambitions nucléaires, c’est certain

Thae Yong-Ho

Selon le dissident, il faut tirer les leçons de l'effondrement des systèmes socialistes en Europe de l'Est. "A l'époque (soviétique), les Européens de l'Est savaient qu'à l’Ouest les gens bénéficiaient de la liberté, de la démocratie, d'un Etat-providence… Nous devons donc disséminer à l'intérieur de la Corée du Nord, par plusieurs moyens, des informations venues de l'extérieur. Quand les Nord-Coréens seront suffisamment informés, alors ils pourront se soulever et abattre le système. Je crois fermement en cette possibilité."

Résister pour survivre

Thae Yong-Ho observe déjà une certaine résistance au sein de la société nord-coréenne: "Dans les rues de Corée du Nord, il y a actuellement de nombreux marchands privés qui vendent des choses sans la permission du gouvernement. Et ils ne s'enfuient pas quand la police arrive. Au contraire, ils se disputent avec les forces de l'ordre. Ce genre de chose était impensable il y a quelques années. Maintenant au Nord, les gens ont commencé à résister pour pouvoir survivre."

Les élites nord-coréennes ont peur de représailles de la population oppressée

Thae Yong-Ho

Comment les élites nord-coréennes réagissent-elles face à un possible changement de régime? "Après plusieurs années d’exécutions de hauts responsables et de continuation du programme nucléaire et balistique, les élites nord-coréennes savent très bien que la Corée du Nord ne pourra pas devenir prospère sous le régime actuel. Mais elles font face à un dilemme car elles se demandent ce qui se passera si un jour Kim Jong-Un est éliminé et si le système est changé. Les élites sont conscientes que la majorité de la population a été opprimée et exploitée pendant 70 ans et elles ont peur de représailles".

Asphyxier le régime

A Séoul, le gouvernement progressiste élu il y a deux semaines appelle à la relance des projets de coopération avec le Nord. Une volonté à laquelle s'oppose Thae Yong-Ho qui défend une politique de sanctions accrues, afin d'asphyxier le régime.

"En Corée du Nord, il n'y a pas de liberté de mouvement. Si un résident de Kaesong (nord) veut sortir de sa ville, il a besoin d'un permis spécial, qui est extrêmement difficile à obtenir. Ainsi, même si les 50'000 ouvriers nord-coréens qui travaillaient (pour les entreprises sud-coréennes) de la zone industrielle sont un peu mieux informés de ce qui se passe au Sud, cela reste dans leur tête. Ils savent que s'ils s'expriment sur ce qu'ils savent, ils seront punis."

"Kim Jong-Un sait que le système est en crise"

Thae Young-ho assure par ailleurs que le niveau de terreur a encore augmenté sous le régime de Kim Jong-Un. Il évoque les purges récentes de généraux au sein même de l'appareil de sécurité de l'Etat et y voit un signe de faiblesse de la part du régime.

Je ne crois pas que la division actuelle de la péninsule coréenne va durer pendant longtemps

Thae Yong-Ho

"Je ne crois pas que la division actuelle de la péninsule coréenne va durer pendant longtemps. Les gens au Nord sont maintenant très conscients de la prospérité du Sud. Kim Jong-Un lui-même sait que le système actuel est en crise. C'est pour cela qu'il a été jusqu'à tuer son propre oncle et son demi-frère. Parce qu'il pensait que son oncle pourrait être une menace future pour son régime. Je ne crois pas qu'aucun système ou société puisse continuer indéfiniment en faisant régner la terreur."

Frédéric Ojardias/hend

Publié le 01 juin 2017 à 09:29 - Modifié le 01 juin 2017 à 09:55

De l'espoir à la défection

Thae Yong-Ho a travaillé dans diverses ambassades, notamment en Europe, ce qui lui a ouvert les yeux sur la réalité du régime nord-coréen. Il dit avoir mis des années à prendre sa décision, car il pensait que Kim Jong-Un allait ouvrir et moderniser son pays.

"Quand il est arrivé au pouvoir à Pyongyang en 2012, j'avais bon espoir. Kim Jong-Un avait passé la majorité de son enfance en Suisse, il aurait pu être la personne adéquate pour apporter des réformes et des changements dans le pays. La plupart des élites au Nord étaient aussi optimistes."

Mais il a fini par déchanter: "Kim Jong-Un a clairement exprimé sa détermination à continuer sur la voie et les politiques tracées par son grand-père et son père. Il est jeune et j'ai pensé que si le système actuel se maintenait pendant encore 30 ou 40 ans, non seulement moi, mais aussi mes enfants allaient continuer cette vie."

Thae Yong-Ho a donc fui avec sa femme et ses deux enfants. Au Sud, le dissident se cache et vit sous protection permanente. Et il sait que sa famille et ses proches restés au Nord risquent d'être punis à sa place.