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Malgré l'abandon des poursuites pour viol, Julian Assange reste menacé

Julian Assange: une victoire, mais toujours pas la liberté
Julian Assange: une victoire, mais toujours pas la liberté 19h30 / 2 min. / vendredi à 19:30
Même si la Suède abandonne les poursuites pour viol, le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, risque toujours de se faire arrêter s'il quitte l'ambassade d'Equateur à Londres. La Grande-Bretagne veut toujours l'arrêter.

Depuis le balcon de l'ambassade d'Equateur à Londres, Julian Assange a salué "une victoire importante" après l'abandon en Suède des poursuites pour viol à son encontre, sans indiquer s'il allait sortir de son refuge.

"Ce jour est une victoire importante pour moi et pour le système des droits de l'Homme de l'ONU", a lancé le fondateur de WikiLeaks, qui s'est réfugié il y a 5 ans à l'ambassade d'Equateur pour échapper à une possible extradition.

Risque d'être arrêté

Après cette longue réclusion dans des conditions spartiates, Julian Assange est certainement impatient de retrouver l'air libre. L'ennui, c'est qu'il serait aussitôt arrêté par la police britannique pour avoir violé, en 2012, les conditions de sa liberté sous caution.

Vu qu'il a déjà enfreint son contrôle judiciaire, il risquerait d'être placé en détention provisoire. "La police londonienne fournira des moyens proportionnés à ce délit", a déclaré Scotland Yard. Julian Assange serait ensuite présenté devant un juge de Westminster, a confirmé le parquet à l'AFP. Il encourrait une peine allant d'une simple amende à jusqu'à un an d'emprisonnement.

Juste après l'annonce de la justice suédoise, Julian Assange avait affiché une mine réjouie sur son compte Twitter.

Donald Trump a fait de l'arrestation de Julian Assange une priorité

Face aux accusations de viol, Julian Assange a toujours dénoncé une manoeuvre en vue de le faire extrader vers les Etats-Unis, où il risque d'être poursuivi pour la diffusion de documents militaires et diplomatiques confidentiels. Le camp Assange craint qu'il ne soit traité aux Etats-Unis comme l'informatrice de WikiLeaks Chelsea Manning, condamnée en cour martiale à 35 ans de réclusion avant de voir sa peine commuée par l'ancien président Barack Obama.

De fait, le gouvernement Trump a affirmé en avril que l'arrestation de Julian Assange était une "priorité". Et selon des médias citant des responsables américains, les Etats-Unis sont en train de monter un dossier d'accusation. Sur son compte Twitter, WikiLeaks a pris acte de cette mise en garde. "La Grande-Bretagne annonce qu'elle arrêtera Assange quoi qu'il arrive et refuse de confirmer ou de démentir qu'elle a déjà reçu une demande d'extradition des Etats-Unis". Ce que le parquet a confirmé à l'AFP.

Une surveillance à 11'000 euros par jour

Depuis qu'il s'est réfugié dans l'ambassade de l'Equateur, la police britannique a placé des policiers nuit et jours devant le bâtiment pour l'arrêter. Un surveillance qui aurait déjà coûté 20 millions d'euros.

Cette possibilité est notamment évoquée par le commentateur judiciaire David Allen Green. "Si Assange était détenu au Royaume-Uni, la Suède pourrait bien revoir sa décision puisque l'extradition deviendra d'un coup beaucoup plus facile", écrit-il sur Twitter. L'argument repose sur le fait que le parquet suédois a classé l'affaire uniquement parce qu'elle s'avérait trop compliquée et dispendieuse.

Si le fondateur de WikiLeaks sortait de la protection que lui offre l'asile politique à l'ambassade d'Equateur, il serait beaucoup plus facile pour la justice suédoise de le récupérer. La procureure Marianne Ny a confirmé que l'enquête pourrait être rouverte si Julian Assange se rendait en Suède avant la prescription des faits en 2020.

Julian Assange pourrait rester dans l'ambassade

Face à ces différentes menaces et aux nombreuses incertitudes juridiques, l'Australien pourrait en fin de compte décider qu'il est plus prudent de rester à l'ambassade d'Equateur. Il fêterait le 19 juin ses cinq ans de réclusion dans cet immeuble de briques rouges situé dans le quartier chic de Knightsbridge, en face du magasin de luxe Harrods.

Il a un chat pour seule compagnie. Son appartement est petit. Un four à micro-ondes, un tapis de course et une lampe à UV améliorent l'ordinaire, mais ceux qui lui ont rendu visite décrivent des conditions éprouvantes.

L'Equateur appelle la Grande-Bretagne à protéger Assange

Comme l'un de ses "successeurs", l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden, qui s'est installé en Russie, Julian Assange pourrait trouver refuge dans un pays tiers. L'Equateur a appelé le Royaume-Uni à "fournir une sortie sûre" du pays au fondateur de WikiLeaks.

Juan Franco, l'un des nombreux représentants légaux de Julian Assange à travers le monde, a quant à lui appelé le nouveau président français Emmanuel Macron à accueillir l'ex-hacker australien. Quoiqu'il en soit, il faut d'abord que Julian Assange en ait fini avec la justice britannique.

afp/jc

L'interview de Julian Assange par Darius Rochebin en 2010

L'intégrale de l'interview de Julian Assange, responsable de WikiLeaks, par Darius Rochebin.
Info - Publié le 04 novembre 2010

Publié vendredi à 15:47 - Modifié samedi à 14:51

La plaignante est choquée

La plaignante suédoise qui accuse Julian Assange de viol voit l'abandon des poursuites comme "un scandale". "Choquée", elle maintient ses accusations, a affirmé son avocate, Elisabeth Fritz.

"C'est un scandale qu'un violeur présumé puisse échapper à la Justice et par là éviter les tribunaux. Il existe des preuves dans ce dossier et ces preuves auraient dû être examinées lors d'un procès", a déclaré l'avocate dans un courrier électronique adressé à l'AFP.

Près de 5 ans dans 18 mètres carrés

Depuis l'été 2012, l'Australien vivait confiné dans une pièce de 4,5 mètres sur 4. Il y était entré le 19 juin 2012 pour demander l'asile politique, ce qu'il avait obtenu deux mois plus tard.

Il y a reçu de nombreuses visites dont la chanteuse Lady Gaga, l’actrice Pamela Anderson, mais aussi les cinéastes Ken Loach et Oliver Stone, le politicien Jean-Luc Mélenchon ou des membres du groupe russe de punk-rock activiste Pussy Riot.