Modifié le 10 mai 2017 à 21:21

Le limogeage de James Comey, une situation "qui évoque le Watergate"

De nombreux médias américains s'alarment mercredi du limogeage du directeur du FBI James Comey.
De nombreux médias américains s'alarment mercredi du limogeage du directeur du FBI James Comey. [DR]
De nombreux médias américains s'alarment mercredi du limogeage surprise par Donald Trump du directeur du FBI James Comey. Ils y voient une tentative d'interférer dans l'enquête sur les liens supposés de l'administration avec Moscou.

"Il est vraiment rare de pouvoir dire que l'on vit un moment historique, un moment que l'on peut comparer avec le Watergate. Mais c'est la situation dans laquelle nous nous trouvons après le limogeage stupéfiant de James Comey par le président Trump", martèle Vox mercredi. Le site d'information à tendance pro-démocrate est loin d'être le seul à oser cette comparaison nixonienne, pourtant lourde de sens dans l'histoire politique américaine.

>> Lire: Donald Trump limoge le directeur du FBI et provoque une tempête à Washington

"Jamais depuis le Watergate un président n'a limogé une personne menant une investigation pesant sur lui", écrit de son côté le New York Times. Le journal estime que les circonstances sont comparables au "massacre du samedi soir" quand Richard Nixon, en octobre 1973, avait mis à pied le procureur spécial indépendant Archibald Cox alors que ce dernier enquêtait sur les événements qui ont finalement abouti à la démission du président.

Depuis ce scandale, les présidents évitaient de s'en prendre aux directeurs du FBI. Mais c'était sans compter sur l'impulsif milliardaire qui, souligne le quotidien new-yorkais, "parvient encore à choquer malgré toutes les actions non conventionnelles qu'il mène depuis quatre mois".

"Donald Trump fulminait à propos de la Russie"

La plupart des publications affichent leur scepticisme au regard des explications livrées par Donald Trump pour justifier le limogeage du directeur du FBI -le président a invoqué sa mauvaise gestion du dossier des e-mails de Hillary Clinton.

"Il est certain que M. Comey mérite toutes les critiques qui s'abattent sur lui pour ses faux pas répétés dans cette affaire, mais il est tout aussi certain que ce n'est pas la raison pour laquelle Donald Trump l'a limogé", assène ainsi un éditorial du New York Times.

Qui peut sincèrement croire que le président Trump ait viré le directeur du FBI James Comey pour une autre raison que pour contrecarrer une investigation sur de possibles crimes graves?

The Atlantic

Pour Politico, "Donald Trump fulminait à propos de la Russie". "Trump était de plus en plus fâché par l'investigation sur la Russie. En particulier par le fait que James Comey ait admis devant le Sénat que le FBI enquêtait sur la campagne du président, et par le fait qu'il ne veuille pas apporter de crédit aux allégations de Donald Trump sur de supposées écoutes téléphoniques qui auraient été commandées par Barack Obama."

Fin de la "bromance" avec James Comey

Le désamour de Donald Trump pour James Comey a été brutal, soulignent plusieurs publications. "C'est un nouveau revirement soudain pour une administration qui a déjà viré sa procureure générale (Sally Yates, ndlr), son conseiller à la sécurité nationale (Michael Flynn, ndlr) et maintenant le directeur du FBI, dont Trump chantait encore les louanges il y a quelques semaines", pointe le New York Times.

Mother Jones partage la même analyse: "Le geste de Trump est un revirement par rapport à sa "bromance" (amitié masculine, ndlr) passée avec James Comey. En octobre, il avait salué le 'cran' de James Comey après l'annonce de la réouverture de l'enquête sur les e-mail de Clinton. Le 22 janvier, il s'était montré très amical lors d'une réunion à la Maison Blanche. Le 12 avril, Trump disait encore toute sa confiance en Comey. (...) Qu'est-ce qui a changé? A en croire ses tweets, le président semble se sentir menacé par les investigations en cours sur la Russie, qui ne vont pas en s'atténuant."

"Un conflit d'intérêts évident"

Avec cette décision, "le président Trump a jeté un doute sérieux quant à la viabilité de toute investigation ultérieure sur ce qui pourrait être l'un des scandales politiques les plus importants de l'histoire du pays", estime l'éditiorialiste du New York Times. "Il s'expose désormais au soupçon qu'il a quelque chose à cacher."

La nomination du successeur de M. Comey pourrait provoquer une lutte acharnée puisque toute personne qui sera choisie par Donald Trump fera aussitôt l'objet de soupçons.

The New York Times

"Désormais, Donald Trump a l'opportunité de choisir le remplacement de James Comey, une situation qui présente un conflit d'intérêts évident", renchérit Mother Jones.

Une centaine de membres du Congrès, dont quelques républicains, en appellent maintenant à la mise sur pied d'une enquête indépendante ou à la nomination d'un procureur spécial pour enquêter sur une possible collusion entre des membres de la campagne de Donald Trump et Moscou.

"Les Etats-Unis deviennent-ils une république bananière?"

Beaucoup de médias se demandent encore si Donald Trump ne s'est pas tiré une balle dans le pied avec cette décision qui jette le discrédit sur l'indépendance des institutions américaines. "Trump pourrait bien avoir ajouté de l'huile sur le feu qu'il est furieusement en train d'essayer de maîtriser", avance Politico.

"Trump a plongé le pays dans rien de moins qu'une crise constitutionnelle, commente un éditorial de USA Today. "La question plus large qui se pose après ce limogeage est de savoir si les Etats-Unis sont officiellement en train de devenir une république bananière."

Pour The Atlantic, "l'heure du test est venue": "Le système américain va-t-il résister? Ou se laissera-t-il corrompre? (...) Les pires craintes pour l'intégrité du gouvernement et des institutions américains sont peut-être en train de se réaliser."

Pauline Turuban

Publié le 10 mai 2017 à 17:32 - Modifié le 10 mai 2017 à 21:21