Modifié le 25 avril 2017

Emmanuel Macron prend du retard dans la campagne pour le second tour

Emmanuel Macron est apparu trop sûr de sa victoire après le premier tour selon certains observateurs.
Emmanuel Macron est apparu trop sûr de sa victoire après le premier tour selon certains observateurs. [Eric FEFERBERG - AFP]
Excès de confiance ou erreur de communication, Emmanuel Macron s'est montré peu présent sur le terrain depuis le 1er tour dimanche et a laissé le terrain à sa rivale Marine Le Pen. Critiqué, il a répondu sur le plateau de France 2.

En dehors d'un hommage, lundi, aux Arméniens victimes du génocide de 1905 et de sa participation, mardi, à la cérémonie à la mémoire du policier tué sur les Champs-Elysées, Emmanuel Macron a pratiquement été absent, alors que la présidente du Front national arpentait rues et marchés.

Son équipe de campagne a annoncé à la dernière minute un déplacement "surprise" à l'hôpital de Garches (Hauts-de-Seine) sur le thème de la prise en charge du handicap mardi. Son premier meeting d'importance n'est annoncé que mercredi à Arras, dans le Pas-de-Calais.

Réponse sur le plateau de France 2

Emmanuel Macron a répondu sur le plateau de télévision de France 2 en estimant "ne pas avoir de leçons à recevoir". "Rien n'est jamais gagné, il faut se battre". "Personne ne me donnait gagnant il y a un mois et demi, je suis l'exemple vivant que les pronostiqueurs ont tort", a-t-il souligné.

Il a opposé son projet pour "faire réussir la France (...) dans une Europe plus forte" à celui "de rétrécissement, de haine de l'autre" de la candidate du Front national.

La polémique de la Rotonde

Pour l'heure, face aux images montrant Marine Le Pen enchaîner les bains de foule, les chaînes de télévision ont surtout abondamment diffusé ces deux derniers jours celles d'Emmanuel Macron célébrant dimanche son score du premier tour à la Rotonde, une brasserie parisienne réputée.

Un rappel de la fête organisée par les amis de Nicolas Sarkozy au Fouquet's, au soir de sa victoire de 2007, un faux pas qui a nui d'emblée à l'image de l'ancien président de la République et l'a suivi tout son quinquennat.

"La Rotonde c'est une erreur", a estimé le directeur de la revue du CNRS Hermes, Dominique Wolton. "C'est invraisemblable d'avoir répété le Fouquet's." Ce spécialiste de la communication juge aussi maladroites les images du candidat saluant ses supporters par la fenêtre ouverte de sa voiture comme s'il était déjà élu, à l'instar de Jacques Chirac en 1995.

 La drôle de campagne de Macron

La drôle de campagne de second tour d'Emmanuel Macron a commencé dès dimanche soir avec un discours de victoire qui enjambait l'échéance du 7 mai.

 

Pourquoi a-t-il fait un si mauvais discours ? C'était trop long, trop plat, sans relief, sans perspective, atone.

Dominique Wolton

"La question centrale, c'est quand il va rebouger", estime également Dominique Wolton. "Il ne peut pas rester dans son QG à recevoir des coups de téléphone (...) Il faut qu'il fasse de la grande politique et tout le reste attendra."

>> Le discours d'Emmanuel Macron:

Le discours fleuve d'Emmanuel Macron
L'actu en vidéo - Publié le 23 avril 2017
 

L'équipe de campagne d'Emmanuel Macron, pratiquement au régime du silence radio depuis plusieurs jours, n'a annoncé que deux véritables déplacements conclus par des meetings : mercredi dans la Somme et le Pas-de-Calais, territoires où le FN est très présent, et vendredi en Haute-Vienne. Jeudi, dit un membre de son équipe, "il restera à son QG".

Si le triomphalisme d'Emmanuel Macron dimanche soir a été épinglé lundi par ses adversaires, certains de ses alliés potentiels ou déclarés ne l'ont pas non plus épargné.

"Chacun doit avoir en tête, y compris les principaux intéressés, que ce n'est pas encore fait, que ça n'est pas encore construit (...) que Madame Le Pen n'est pas encore battue", a averti le ministre PS de l'Economie Michel Sapin. A droite, Nathalie Kosciusko-Morizet a dénoncé le fait que certains pensent que la campagne est déjà gagnée.

"Je pense qu'il convient d'être extrêmement sérieux et mobilisé, de penser que rien n'est fait parce qu'un vote ça se mérite, ça se conquiert, ça se justifie, ça se porte", a aussi affirmé François Hollande mardi.

Un score important pour gouverner

Le député PS Richard Ferrand, soutien de la première heure d'Emmanuel Macron, assure lui qu'En Marche! et son candidat n'avaient pas l'intention de "faire l’économie du combat face à Marine Le Pen" et qu'ils allaient se "démultiplier", arpenter les marchés et faire les sorties d'usines.

Si les sondages le créditent unanimement d'une large victoire le 7 mai, le score qu'il réalisera pèsera ensuite sur sa capacité à obtenir une majorité aux législatives de juin, puis à gouverner et à réformer le pays.

>> Lire aussi le portrait d'Emmanuel Macron: "Ni de droite, ni de gauche", Emmanuel Macron a bousculé les clivages

afp/jc

Publié le 25 avril 2017 - Modifié le 25 avril 2017

Une folie médiatique

Le spécialiste en communication Dominique Wolton dénonce aussi la "folie" médiatique autour du benjamin des candidats (39 ans). "Ça le plombe, pas politiquement mais humainement. Là on retrouve sa jeunesse et son impréparation."

"Ça vient trop tôt", ajoute ce directeur de recherche au CNRS. "Pour faire un homme politique ou un grand entrepreneur, il faut beaucoup d'échecs, de difficultés, pour qu'il s'humanise. Il n'a rien eu de tout cela. Peut-être avait-il besoin de ces 48 heures pour digérer tout ça."