Modifié le 22 mars 2017

La malnutrition, un problème mortel dans les prisons haïtiennes

La prison de Port-au-Prince, à Haïti.
Séquence 1 Tout un monde / 11 min. / le 22 mars 2017
Alors que la force onusienne et le CICR quittent Haïti sept ans après le séisme qui l'a ravagé, le pays est dans un état catastrophique, à l'image de son système carcéral et judiciaire, a constaté la RTS sur place.

Plus de 4000 détenus s'entassent dans la prison de Port-au-Prince, une ruine bâtie pour accueillir seulement 700 prisonniers. Dans une cellule prévue pour 60, on compte 182 hommes, qui se serrent à plusieurs par lit, dorment dans des hamacs, voire même pour certains, installés sans matelas sur des draps à même le sol, a observé l'émission Tout un monde.

En février, l'Etat haïtien organisait les funérailles publiques de vingt détenus du pénitencier national, dont la plupart avaient succombé aux conséquences de la malnutrition, ajoutée à un taux élevé de tuberculose et de VIH.

Restrictions

"On avait deux rations par jour, mais maintenant les moyens manquent et les détenus se contentent d'une ration", a expliqué un médecin de la prison. "C'est la première fois que je vois ça depuis que je travaille ici, depuis 1995", assure-t-il. De nombreuses femmes, mères et soeurs de détenus se pressent d'ailleurs devant la prison pour amener des vivres à leurs proches incarcérés, a constaté la RTS.

Il faut que l'Etat inscrive la prison comme l'une de ses priorités.

Le directeur de la prison de Port-au-Prince

Le médecin ajoute que "plus de 90 détenus en danger sanitaire" sont actuellement confinés dans un espace pour les malnutris, où ils reçoivent des repas spéciaux.

Un détenu sur cinq souffre de la faim

Selon l'ONG Health Through Walls, plus d'un détenu sur cinq souffre de la faim dans cette prison. Et Gustavo Gallon, le rapporteur des droits humains pour l'ONU, vient de dénoncer l'"ignominie" des conditions d'incarcération dans un pays où plus de huit prisonniers sur dix ne sont pas jugés.

Le directeur de la prison lui-même est conscient des dysfonctionnements. "Il faut que l'Etat se rende compte que les personnes qui sont incarcérées sont des êtres humains à part entière. Ce sont des Haïtiens", estime-t-il.

Arnaud Robert/jvia

Publié le 22 mars 2017 - Modifié le 22 mars 2017