Modifié le 15 mars 2017

"La Grèce s'est littéralement vidée des classes d'âge les plus productives"

L'invité de la rédaction - Michel Vakaloulis
L'invité de la rédaction - Michel Vakaloulis L'invité de la rédaction / 14 min. / le 15 mars 2017
Loin des projecteurs depuis deux ans, la Grèce n'est pas pour autant guérie. Selon le philosophe et politologue grec Michel Vakaloulis, le PIB du pays est en chute libre et les jeunes migrent massivement à l'étranger.

La Grèce a connu l'an dernier une année exceptionnelle en ce qui concerne ses recettes touristiques. Mais ces dernières n'ont pas permis la reprise économique tant attendue. A l'inverse, la République hellénique est le seul pays de l'Union européenne à avoir terminé 2016 sur une récession, avec des conséquences sociales et humaines non négligeables, explique Michel Vakaloulis, invité du Journal du matin sur RTS La Première.

Ce maître de conférences en science politique à l'Université de Paris VIII évoque notamment une baisse exceptionnelle de la consommation populaire et un produit intérieur brut (PIB) qui a diminué d'un quart en l'espace de quelques années seulement.

Exil massif des diplômés

Le taux de chômage, très élevé, a pourtant baissé de 27 à 24% l'an dernier. Loin de s'en réjouir, Michel Vakaloulis n'explique pas cette baisse par une reprise de la croissance. "Elle est simplement due à des dispositifs d'aide à l'emploi ou la prise d'emplois précaires". Mais surtout, souligne le spécialiste, de nombreux jeunes sont sortis du chômage en migrant massivement à l'étranger.

Environ 450'000 personnes auraient quitté le pays depuis le début de la crise, en 2008. "Le pays s'est littéralement vidé des classes d'âge les plus productives." Il s'agit, pour la plupart, de jeunes diplômés partis travailler en Europe, en Australie ou aux Etats-Unis.

Le tourisme, seul espoir de développement

Pour ceux qui demeurent, il reste le tourisme, qui offre de belles marges de développement, estime le politologue. "Tous les jeunes Grecs ne peuvent pas devenir des serveurs sur des îles cosmopolites en Grèce. On ne peut pas tout miser sur l'industrie touristique, qui constitue environ 20% du PIB", rappelle-t-il.

Le problème, c'est qu'il n'y a pas d'autres perspectives de carrière. L'instauration d'un Smic pour les jeunes ne fonctionne pas, explique Michel Vakaloulis, et les salaires restent très minimes. Le chômage des jeunes entre 18 et 25 ans se situe autour des 50%, détaille-t-il.

fme

Publié le 15 mars 2017 - Modifié le 15 mars 2017

"Sortir du fardeau de la dette"

Pour se reprendre, le pays doit trouver d'autres possibilités de croissance. Et pour ce faire, "il faut sortir du fardeau de la dette, qui plombe toute perspective" de reprise économique, affirme Michel Vakaloulis, prônant un allégement pur et simple de la dette.

Michel Vakaloulis admet que, par rapport à d'autres pays en difficulté, "il y a une exception grecque. Les élites économiques et politiques sont responsables de la crise actuelle".

Mais au lieu de résoudre le problème, les créanciers du pays l'ont aggravé, estime Michel Vakaloulis. Selon lui, les politiques appliquées en Grèce sont beaucoup plus sévères que ce qu'a vécu l'Irlande ou le Portugal, alors que la baisse de son PIB était à un niveau sans aucune comparaison avec les autres pays. "Une baisse de 25% du PIB rappelle un peu la crise des années 30. L'Allemagne et les Etats-Unis avaient une baisse comparable, mais elle avait duré deux ans. En Grèce, ça fait huit ans que ça dure."