Modifié le 07 février 2017 à 12:35

La déontologie selon François Fillon, une notion à géométrie variable

Pour prouver son engagement en faveur de l'éthique des élus, François Fillon a cité plusieurs de ses décisions lorsqu'il était Premier ministre. Problème: ses propres actions sont en désaccord avec les principes qu'il a édictés.

Francois Fillon assure avoir oeuvre pour la transparence quand il etait Premier ministre
Info - Publié le 06 février 2017

Durant sa conférence de presse de lundi, le candidat à la présidentielle a tenté de redorer son image mise à mal par les affaires qui secouent sa campagne. Il a notamment cité des exemples de son action en faveur de la déontologie des élus durant son mandat de Premier ministre.

"Quand j'étais Premier ministre, je n'ai cessé de resserrer les règles de la transparence et de la déontologie appliquées aux membres du gouvernement", a-t-il déclaré. "J'ai encadré l'utilisation des avions de l'Etat, j'ai renforcé les règles sur les appartements de fonction des ministres, j'ai instauré la déclaration d'intérêts publique pour les ministres, j'ai sanctionné des ministres pour des dépenses indues".

Mais des affaires qui touchent personnellement François Fillon viennent mettre à mal sa ligne de défense.

>> Les week-ends en Falcon.

L'ancien Premier ministre dit vrai lorsqu'il affirme avoir mieux encadré l'utilisation des avions de l'Etat. Il a prononcé un décret le 4 février 2011 en ce sens. Ce texte limite les déplacements des membres du gouvernement payés par l'Etat à ceux qui sont "réalisés au titre de leurs fonctions ministérielles ou, dans la limite d'un déplacement par semaine, pour concilier l'exercice de ces fonctions avec celui d'un mandat électif ou se rendre dans la circonscription où ils sont temporairement remplacés". Par ailleurs, il précise que "le déplacement ne peut être effectué en avion que si l'utilisation d'un autre mode de transport occasionnerait un temps de déplacement excédant deux heures, à l'aller ou au retour".

Un engagement vertueux mais aussi un décret qui paraît taillé sur mesure. Car deux semaines plus tard, France Soir révélait que François Fillon utilisait un avion de la République, un Falcon 7X, pour rentrer chez lui dans la Sarthe pour le week-end. Une pratique légale mais qui fait tache en période d'austérité, l'aller-retour ayant un coût évalué à 27'000 euros. De plus, la durée du trajet en avion est identique à celle en TGV ou en voiture. A l'époque, ses services avaient justifié l'avion pour "des raisons de sécurité".

A noter qu'il ne s'agissait pas de la première affaire de ce type pour François Fillon. En juin 2009, le Canard Enchaîné révélait que le Premier ministre d'alors avait utilisé un avion de la République pour un séjour privé à Marrakech. Matignon avait alors assuré au journal que François Fillon allait rembourser les billets.

>> La transparence des élus.

Dans la foulée de l'affaire Bettencourt et d’une série de scandales impliquant des ministres, le Premier ministre François Fillon demande, en mars 2011, aux membres de son gouvernement et aux conseillers des cabinets ministériels de remplir une déclaration d'intérêts, sur recommandation d'une commission.

Dès le 21 avril, les pages des ministres sur le site internet du gouvernement sont assorties d'un onglet "déclaration d'intérêts", mais la plupart se contentent d'y inscrire "néant", déplore Le Monde à l’époque. Cette déclaration sur l'honneur ne porte pas sur leur patrimoine, mais sur les biens "dont la valeur (...) est susceptible d'être directement influencée par des décisions du gouvernement". Les ministres n'ont par exemple aucune obligation de mentionner leurs biens immobiliers ou d'éventuelles parts dans des sociétés sauf "si elles se rapportent à un secteur d'activité particulier".

En juillet, le Premier ministre présente un projet de loi sur la prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique, qui instaure l'obligation pour les ministres de remplir une déclaration d'intérêts. Mais le texte est enterré très discrètement début 2012, comme le rapporte Le Point.

En plein scandale Cahuzac en avril 2013, François Fillon, alors redevenu député, accepte de rendre public son propre patrimoine. Mais il s'oppose catégoriquement au projet de loi pour la transparence de la vie publique initié par François Hollande. Sur le plateau du téléjournal de France 2, il justifie son refus de voter le texte en "récusant l’idée que les hommes politiques soient tous corrompus". Le 17 septembre 2013, il se prononce contre le texte lors du vote définitif, comme la quasi-totalité du groupe UMP d'ailleurs.

>> Lire aussi: François Fillon: "C'était une erreur et je présente mes excuses aux Français"

Pauline Turuban et Cécile Rais

Publié le 06 février 2017 à 18:56 - Modifié le 07 février 2017 à 12:35

La journaliste qui a interviewé Penelope Fillon nie être "choquée"

François Fillon a encore affirmé lundi que le reportage qu'il estime "à charge" de l'émission Envoyé Spécial de jeudi dernier avait même "choqué" la journaliste anglaise qui a interviewé Penelope Fillon en 2007. Cette reporter a opposé un démenti formel sur Twitter.