Modifié le 07 février 2017 à 00:00

L'excision, "une pratique horrible qui porte atteinte à la dignité de femme"

Le témoignage de Wendy Anne Ilboudo, victime d'excision
Le témoignage de Wendy Anne Ilboudo, victime d'excision Info / 3 min. / le 06 février 2017
"Je ne sais pas comment expliquer cette douleur": Wendy Anne Ilboudo a subi une excision à 15 ans. A l'occasion de la journée de lutte contre les mutilations génitales féminines, elle revient sur une pratique qui concerne 200 millions de femmes.

Interrogée lundi par le 19h30 de la RTS, Wendy Anne Ilboudo, aujourd'hui médiatrice interculturelle à Genève, revient sur ce jour "horrible" de sa jeunesse au Burkina Faso, quand elle a subi une excision. "Tout se passe en coulisses, les parents prennent la décision. Le jour J, on nous a dit qu'on allait rendre visite à notre grand-mère. Et puis j'ai commencé à entendre des cris et j'ai su que c'était le jour fatidique", se souvient-elle.

Wendy Anne Ilboudo avait 15 ans. Elle dénonce aujourd'hui une pratique qui "porte atteinte à la dignité même de femme", avec des conséquences énormes tant sur le plan physique que psychologique. "C'est une étape ultime dans ma communauté. Il fallait obligatoirement être excisée pour pouvoir être comptée comme une personne pure et respectable dans la société".

200 millions de femmes concernées

Selon les derniers chiffres de l'Unicef, datant de 2015 et 2016, un total de 200 millions de femmes ont subi des mutilations génitales, dont 44 millions sont âgées de moins de 15 ans. Trois millions de femmes sont excisées chaque année.

La plupart des cas sont recensés dans 30 pays d'Afrique et du Moyen-Orient, mais la pratique existe aussi dans d'autres pays asiatiques et en Amérique du Sud. En Europe et en Amérique du Nord, des mutilations sont aussi recensées du fait de l'immigration, y compris en Suisse, où la législation est sévère (voir ci-dessous).

La moitié des femmes concernées vivent dans trois pays, l'Egypte, l'Ethiopie et l'Indonésie. Et dans dix pays africains, plus des trois quarts des femmes de 15 à 49 ans sont concernées, avec des taux maximaux de 98 et 97% en Somalie et en Guinée.

Une pratique en régression

L'Unicef dresse par ailleurs un double constat. Premièrement, le nombre total de femmes ayant subi des mutilations augmente chaque année, passant de 130 millions à 200 millions entre 2014 et 2016, surtout parce que les cas sont mieux répertoriés et du fait de l'augmentation démographique. Toutefois, le pourcentage de femmes concernées a reculé ces dernières années dans une trentaine de pays, notamment au Liberia, au Burkina Faso ou au Kenya.

En outre, depuis 2008, plus de 15'000 communautés ont renoncé aux mutilations génitales féminines et cinq pays ont adopté des lois criminalisant cette pratique: le Kenya, l'Ouganda, la Guinée-Bissau, le Nigeria et la Gambie.

Une reconstruction possible

Pour Wendy, la prochaine étape est la reconstruction chirurgicale. "La reconstruction est une très belle chose. Elle permet à la femme de se sentir femme à nouveau, parce qu’il y a quelque chose qui manque en elle", assure-t-elle.

Gynécologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Jasmine Abdulcadir a mis en place en 2010 une consultation spécialisée pour les femmes excisées. Depuis 2013, elle réalise aussi des opérations de reconstruction chez certaines patientes. "Le plaisir peut revenir et il peut aussi encore exister sans reconstruction", explique la médecin dans le 19h30.

Delphine Gianora et Frédéric Boillat

Publié le 06 février 2017 à 19:01 - Modifié le 07 février 2017 à 00:00

Près de 15'000 cas en Suisse

En Suisse, le nombre de femmes concernées ou menacées de mutilations génitales était évalué à 14'700 en 2013, selon le dernier rapport du Conseil fédéral sur la question. Un an auparavant, l'Unicef évoquait 10'700 cas.

La majorité de ces femmes viennent de Somalie, d’Erythrée et d’Ethiopie et dans une moindre mesure du Soudan et d’Egypte.

En 2012, le code pénal en la matière a été durci, faisant des mutilations génitales des femmes un délit à part entière. Selon l'article 124, "celui qui aura mutilé des organes génitaux féminins, aura compromis gravement et durablement leur fonction naturelle ou leur aura porté toute autre atteinte sera puni d'une peine privative de liberté de dix ans au plus ou d'une peine pécuniaire de 180 jours-amende au moins".

Ces actes peuvent être poursuivis quelle que soit la nationalité de l'auteur comme de la victime et même si les mutilations ont été commises dans un pays qui ne les punit pas.

Les mutilations sexuelles féminines

Selon la définition de l'Organisation mondiale de la santé, les mutilations sexuelles féminines sont des interventions qui altèrent intentionnellement les organes génitaux externes de la femme pour des raisons non médicales.

Elles recouvrent toutes les interventions incluant l'ablation partielle ou totale des organes génitaux féminins à savoir l'ablation partielle ou totale du clitoris, des petites lèvres ou des grandes lèvres.

Outre des douleurs immédiates intenses, ces pratiques peuvent provoquer de graves hémorragies et des problèmes urinaires ou menstruels, et par la suite des kystes, des infections ou une stérilité. Les risques de complications lors de l'accouchement et de décès du nouveau-né sont aussi plus importants.

Les raisons invoquées

L'OMS précise que ces pratiques "ne présentent aucun avantage pour la santé des jeunes filles et des femmes" et qu'elle sont une violation de leurs droits. "Elles sont le reflet d'une inégalité profondément enracinée entre les sexes et constituent une forme extrême de discrimination à l'égard des femmes", ajoute l'organisation.

Les raisons invoquées pour pratiquer ces mutilations varient d'une région à l'autre et divers facteurs socio-culturels sont invoqués: norme ou pression sociale pour se conformer à ce qui a toujours été fait, tradition culturelle, crainte du rejet, nécessaire éducation d'une jeune fille pour se préparer à l'âge adulte et au mariage, assurer une virginité prénuptiale.

Bien qu'aucun texte religieux ne prescrive cette intervention, les praticiens pensent souvent qu'elle a un fondement religieux.