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Yves Daccord (CICR): "Bombarder les hôpitaux devrait rester intolérable"

Un convoi d'aide du CICR à Daraya en Syrie. [Keystone]
L'Humanité en danger / Géopolitis / 16 min. / le 3 février 2017
Hôpitaux bombardés et convois de secours pris pour cible en Syrie ou au Yémen, le droit humanitaire ne cesse d'être bafoué au coeur des conflits modernes. Depuis 2013, plus d'un millier de travailleurs humanitaires ont été tués, blessés ou kidnappés.

Ils sont des cibles, en Syrie, au Nigeria, au Yémen, au Soudan du Sud ou en Afghanistan. Les travailleurs humanitaires de la Croix-Rouge, de Médecins sans Frontières ou d’agences de l'ONU risquent leur vie chaque jour en zones de guerre.

"Le grand changement que l'on voit ces dernières années, c'est que les parties au conflit ciblent systématiquement non seulement les hôpitaux, mais aussi tout le système hospitalier, en particulier les médecins", condamne dans Géopolitis le directeur du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) Yves Daccord. "Ils ne le font pas par hasard, mais pour mettre la pression sur les populations civiles."

La Syrie est actuellement la zone la plus dangereuse, théâtre d'affrontements incessants entre les troupes du régime de Bachar al-Assad et des combattants rebelles.

Terrible bilan en 2013

Le nombre d'humanitaires tués sur le terrain a atteint un record en 2013, avec 155 victimes recensées, selon le rapport de l'agence britannique Humanitarian Outcomes. Pour 2014, le bilan est de 121 morts. En 2015, il a dépassé la centaine de victimes.

Tués, blessés, mais aussi kidnappés. Plus de 130 humanitaires ont été enlevés pour la seule année 2013, 121 en 2014 et 68 en 2015, toujours selon les chiffres de Humanitarian Outcomes.

Des inquiétudes

Le CICR, Médecins sans Frontières ou les Nations unies dénoncent régulièrement les attaques contre le dispositif humanitaire au coeur des conflits. Mais dénoncer n'est pas suffisant, insiste Yves Daccord: "Nous menons un travail diplomatique pour mobiliser les Etats, pour que les règles du droit international humanitaire protègent les hôpitaux et les médecins et soient appliquées au quotidien." Mais les enjeux sont complexes. "Ce qui est problématique aujourd'hui, c'est que quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont impliqués dans des conflits", déplore-t-il.

Le patron du CICR exprime son inquiétude sur la banalisation de ce type d'attaques dans les conflits modernes: "J'ai l'impression que, nous, les citoyens, estimons que l'attaque d'un hôpital dans une guerre fait partie d'une réalité quotidienne." Et de conclure: "Ce n'est pas possible, il faut que cela soit à nouveau tabou!"

Mélanie Ohayon

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Récentes attaques d'ampleur contre des humanitaires

- En janvier 2017 au Nigeria, un avion de l'armée nationale bombarde, par erreur, un camp de déplacés. Une septantaine de personnes sont tuées, dont six employés de la Croix-Rouge locale.

- En septembre 2016 à Alep, en Syrie, une vingtaine de camions d’aide humanitaire, ONU et CICR, sont la cible de bombardements. Une douzaine de personnes sont tuées.

- En octobre 2015, à Kunduz en Afghanistan, un hôpital de Médecins sans Frontières est bombardé à cinq reprises par l'aviation américaine: une vingtaine de morts parmi les patients et le personnel soignant. Les Américains reconnaîtront une erreur.