Modifié le 30 janvier 2017

Le tourisme d'orphelinat, un business aux lourdes conséquences

Le tourisme des orphelinats
Le tourisme des orphelinats Mise au Point / 14 min. / le 29 janvier 2017
Voyager en ayant bonne conscience grâce un séjour humanitaire: le concept est en vogue et se nomme volontourisme. Mais ces bonnes intentions ont créé un business de la pitié, notamment dans les orphelinats.

Etre bénévole au sein d'un orphelinat au Cambodge durant trois semaines, tout en découvrant le pays grâce à des visites: cette formule figure parmi les nombreuses offres de tourisme du volontariat existant sur internet.

L'agence International Volunteer HQ (IVHQ) qui la propose vend l'expérience plus de 1100 dollars, hors billet d'avion, comme l'ont confié à la RTS deux volontaires à Siem Reap, dans le nord-ouest du pays.

Sur ces 1100 dollars, l'orphelinat cambodgien ne touchera que 5 dollars par semaine. Les marges des agences spécialisées dans le volontourisme sont en effet élevées, entre 30 et 40%, contre 2 à 3% dans l'industrie du tourisme traditionnel. Et ces agences sont bien implantées à travers le globe, notamment en Suisse.

Des orphelins... qui ne le sont pas

Au Cambodge, ce business a transformé les orphelinats en véritables attractions touristiques. Le nombre d'établissements a triplé ces huit dernières années au fur et à mesure que les volontaires ont débarqué. En trente ans, le nombre d'orphelins est lui passé de 7000 à 47'000, selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

Car le phénomène a eu un effet pervers sur le pays. "Nous nous sommes rendus compte que des orphelinats ont été créés de toutes pièces pour pouvoir y accueillir des orphelins", explique Emmanuelle Werner, directrice de l'ONG Friends International Suisse, qui lutte pour la protection des enfants. "Plus de 80% de ces enfants ont au moins encore un parent en vie", estime-t-elle.

Pour convaincre les parents de leur confier leurs enfants, les orphelinats leur font miroiter un suivi éducatif, un avenir meilleur... ou des sacs de riz.

Des enfants vulnérables aux passages de touristes

Face à ce business, des ONG ont lancé des programmes de lutte contre le volontourisme. Friends International Suisse donne par exemple des cours de sensibilisation aux collégiens. L'objectif est de décourager ceux-ci de s'engager dans du bénévolat touristique. L'ONG leur fait comprendre que les enfants au sein d'orphelinats ont connu des parcours compliqués. Ils sont par conséquent vulnérables aux va-et-vient des touristes qui renforcent leur sentiment d'abandon.

Des éléments permettent d'identifier les agences peu scrupuleuses, souligne également l'ONG. "Un accès facilité aux enfants, sans exigence de qualification ou vérification des antécédents, avec une durée de séjour courte et flexible, devrait mettre la puce à l'oreille" des intéressés, illustre Emmanuelle Werner.

Au Cambodge, le combat s'organise également. Le gouvernement cambodgien a annoncé vouloir réduire de 30% le nombre d'enfants placés en orphelinat d'ici 2018.

>> Voir également l'entretien avec Emmanuelle Werner dans Mise au Point:

Invitée: Emmanuelle Werner Gillioz, présidente Friends International Suisse
Mise au Point - Publié le 29 janvier 2017
 

Béatrice Guelpa/tmun

Publié le 29 janvier 2017 - Modifié le 30 janvier 2017