Modifié le 03 février 2017

"On ne connaît rien de la Russie et de l'humiliation vécue par les Russes"

Vladimir Poutine bénéficie d'un large soutien de la population russe.
Vladimir Poutine bénéficie d'un large soutien de la population russe. [AP_images]
Dans son film "Poutine, le nouvel empire", le réalisateur Jean-Michel Carré revisite la politique étrangère du Kremlin d'un point de vue russe, offrant un passionnant éclairage sur la Russie d'aujourd'hui.

"Après Eltsine, il fallait peut-être un ancien du KGB pour avoir la force de reprendre la Russie en main", observe Jean-Michel Carré, interrogé vendredi dans Histoire vivante sur le documentaire diffusé dimanche sur RTS Deux (en replay ci-dessus).

Démarrant -très symboliquement- avec une scène martiale de la commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Moscou, en l'absence des principaux dirigeants occidentaux, le documentaire "Poutine, le nouvel empire" se veut "une remise à plat de l'histoire". "Car on ne connaît rien de la Russie et de ce que les Russes ont vécu", rappelle Jean-Michel Carré dans une interview à la RTS.

Plutôt connu pour être un critique acerbe du dirigeant russe, le réalisateur français assume cette fois un film qui, selon ses mots, "ne plaira ni aux Poutiniens ni aux anti-Poutiniens".

Dédain occidental

Le détour historique lui apparaît pourtant essentiel à l'heure où le pays se redéfinit sur la scène internationale, hors du territoire de l'ex-Union soviétique, notamment à travers son implication en Syrie. "On dit qu'il veut faire une nouvelle URSS, je ne le crois pas. Vladimir Poutine considère simplement que chaque pays a droit à sa zone d'influence", explique Jean-Michel Carré sur La Première.

"Dans les années 1999-2000, Poutine était probablement le plus pro-européen des hommes politiques russes", assure dans le film Serguey Karaganov, président du Conseil de la politique de défense russe.

Virage à l'Est

Mais face au mépris des Européens et des Américains, le chef du Kremlin a fini par tourner le dos à l'Occident et déplacer le centre de gravité de son pays plus à l'Est, en développant de nouvelles alliances avec la Chine. Ce n'est ainsi pas un hasard si le président Xi Jinping était -avec son homologue indien- un des rares dirigeants présents à la commémoration géante organisée à Moscou le 9 mai 2015 en pleine bisbille internationale sur l'Est de l'Ukraine.

"Sans nous en rendre compte, nous subissons une propagande extraordinaire des Américains", dénonce Jean-Michel Carré. Et de citer en exemple la Seconde Guerre mondiale qui reste assimilée à une victoire des Américains alors que sans le front de l'Est, qui a coûté la vie à plus de 20 millions de Russes, la chute du régime nazi aurait été impossible.

Un nouveau rôle international

Depuis son arrivée au pouvoir à l'aube du nouveau millénaire, Vladimir Poutine a passablement bousculé l'ordre mondial, au point d'apparaître comme "le personnage qui a su relever la Russie" après le choc de l'effondrement de l'URSS et la dépression qui a suivie, rappelle le réalisateur qui précise que le pays a enregistré alors 40% de baisse de son pouvoir d'achat et vu l'apparition d'oligarques corrompus et mafieux.

"Il est aujourd'hui très clair que Vladimir Poutine a peur de la Chine et qu'il se sait qu'il est profondément européen", soutient Jean-Michel Carré pour qui, "d'ici 10 ou 15 ans, avec la force qu'aura repris la Russie, Vladimir Poutine va se retourner vers l'Europe avec la possibilité de discuter d'égal à égal".

>> Réécouter l'entretien d'Histoire vivante:

2016. Poutine, le nouvel empire
Histoire vivante - Publié le 27 janvier 2017
 

Propos recueillis par Jean Leclerc

Papier web: Juliette Galeazzi

Publié le 28 janvier 2017 - Modifié le 03 février 2017