Modifié le 24 janvier 2017 à 14:52

Les colons israéliens en Cisjordanie, obstacles à la paix?

Un Palestinien sur son âne près de l'implantation juive de Maale Adumim, à Jérusalem-Est.
Un Palestinien sur son âne près de l'implantation juive de Maale Adumim, à Jérusalem-Est. [AHMAD GHARABLI - AFP]
Un mois après l'adoption par l'ONU d'une résolution demandant la fin des colonies en Cisjordanie, les appels se multiplient pour une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien. Mais cette voie est-elle réaliste?

Près d'un demi-million de personnes vivent aujourd'hui dans des colonies, "un demi-million de personnes qui font obstacle à la paix" condamne le documentaire "Les colons" de Shimon Dotan diffusé dimanche sur RTS Deux.

Le film, qui dresse le portrait de cette population particulière, remet dans une perspective historique un demi-siècle d'installations -illégales aux yeux du droit international- sur des territoires palestiniens, qui compliquent les discussions de paix au Proche-Orient.

"Débutée peu après la fin de la guerre de Six Jours en 1967, la colonisation de la Cisjordanie n'a en fait jamais connu de recul", observe un article du Monde paru début janvier. Citant des chiffes de l'ONG Peace Now, il démontre que le nombre de colons n'a diminué ni avant ni après les accords d'Oslo en 1993, ni après le déclenchement de la seconde Intifada en 2000, ni même après la décision d'Ariel Sharon d'évacuer toutes les colonies de la bande de Gaza en 2005.

Résultat: la part de colons au sein de la population nationale israélienne n'a cessé de croître, de 0,05% en 1972 (avec 1500 colons) à 4,56% en 2015 (385'900 colons). Si on ajoute les habitants de Jérusalem-Est et de ses environs, on arrive à une communauté de quelque 550'000 personnes réparties en plus de 225 implantations, le tout au milieu de 2,7 millions de Palestiniens de Cisjordanie.

Les colons cherchent à contrôler les ressources et à évincer la population locale sur le modèle de ce qui s'est passé en Amérique du Nord avec les Indiens

Riccardo Bocco, professeur à l'IHEID

"On a affaire à une vision singulière de la colonisation avec des colons qui cherchent à contrôler les ressources et à évincer la population locale sur le modèle de ce qui s'est passé en Amérique du Nord avec les Indiens ou en Afrique du Sud", analyse Riccardo Bocco, spécialiste du Proche-Orient à l'Institut de Hautes études internationales (IHEID), à Genève. Et d'interroger: "Dans un tel contexte, comment voulez-vous que, côté palestinien, on croie encore qu'un changement est possible?".

Une communauté aux motivations diverses

Si, à l'origine de ces implantations, se trouve le courant religieux sioniste du rabbin Zvi Yehouda Kook, fils du premier grand rabbin d'Israël, Abraham Isaac Kook, il faut toutefois se garder aujourd'hui  d'avoir une vision trop monolithique des habitants de ces territoires. "Notre image des colonies ressemble plus à la réalité des années 1970 qu'à celle d'aujourd'hui", estime Sara Hirschhorn, chercheuse à l'Université d'Oxford, au Royaume-Uni, interrogée par RTSinfo.

Les juifs ultra-orthodoxes et nationalistes venus s'installer en terre promise dès les premières années côtoient désormais des colons venus chercher des logements bon marché dans des grandes villes, comme Beitar Illit. "Tous ne sont pas nés en Israël, il y a des Occidentaux, des Russes ou des Ethiopiens. Ils souscrivent aussi à toutes sortes d'idéologies", détaille cette spécialiste en études israéliennes.

De fait, en même temps que leur démographie croissait, les colonies israéliennes ont gagné en réseaux d'influence. Elles bénéficient ainsi d'argent venu du monde entier qui a permis la construction d'écoles, de routes ou encore de salles de concert, faisant des implantations des havres de modernité ultra-surveillés dont les Palestiniens sont exclus.

La résolution de l'ONU, un "camouflet"

Dans un tel contexte, il n'est pas difficile de comprendre la réaction des représentants palestiniens à la résolution de l'ONU condamnant la colonisation, le 23 décembre dernier, qui ont salué un "grand camouflet" à Israël. Et de voir dans ce texte la confirmation que la communauté internationale prône pour la création d'un Etat palestinien indépendant.

La solution à deux Etats est encore envisageable aujourd'hui, techniquement cela deviendra de plus en plus difficile à l'avenir

Jean-Paul Chagnollaud, professeur de sciences politiques

Dans le sillage onusien -et après le discours du secrétaire d'Etat américain John Kerry qui a suivi, septante Etats (dont la Suisse) ont embrayé la semaine dernière à Paris pour réclamer une nouvelle fois en ce début 2017, et malgré le pessimisme ambiant lié à l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, une solution à deux Etats.

"C'est une trahison pour les colons qui ne se perçoivent certainement pas comme des obstacles à la paix", commente Sara Hirschhorn.

>> Lire: La Suisse appelle à promouvoir la solution à deux Etats au Proche-Orient

Manque de volonté politique

"La conférence de Paris montre l'inquiétude de la communauté internationale face à ce mitage du territoire palestinien qui, dans quelques années, sera encore accentué et densifié", analyse pour sa part Jean-Paul Chagnollaud, le directeur de l'Institut de recherches et d'études Méditerranée Moyen-Orient, en France.

"Si la solution à deux Etats est encore envisageable aujourd'hui, techniquement cela deviendra de plus en plus difficile", expliquait-il lundi dans l'émission Tout un monde de La Première.

"S'il y avait la volonté politique de créer un Etat palestinien à côté d'Israël, on trouverait des solutions". Et de préciser qu'il juge "utopique" la solution d'un Etat fédéral qui ne résoudrait notamment pas le cas de 5 millions de réfugiés palestiniens qui se trouvent dans des camps à l'extérieur des territoires palestiniens.

Car au final, ce qui apparaît en regardant en arrière, c'est l'absence de volonté politique à mettre un terme à ce conflit tant du côté israélien, que du côté de la communauté internationale. Et, alors que le drapeau palestinien flotte depuis 2015 devant l'ONU à New York, et que 135 pays ont reconnu l'existence de la Palestine, sa souveraineté sur le territoire qui lui a été attribué en 1967, ou même sur une version redessinée de ses frontières, paraît -à ce stade- encore bien loin.

>> Le documentaire "Les colons" de Shimon Dotan a été diffusé dimanche 22 janvier sur RTS Deux

Juliette Galeazzi

Publié le 21 janvier 2017 à 15:18 - Modifié le 24 janvier 2017 à 14:52

Donald Trump ou la menace du déplacement de l'ambassade américaine

Donald Trump, qui est entré vendredi à la Maison Blanche, a promis de déplacer l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, un geste qui promet de rompre avec la politique appliquée de longue date par Washington. Israéliens et Palestiniens revendiquent Jérusalem comme capitale, et un tel changement pourrait susciter des condamnations internationales.

Pour le président sortant des Etats-Unis, Barack Obama, déplacer à Jérusalem l'ambassade américaine en Israël pourrait avoir des conséquences "explosives" et s'est dit inquiet du recul de la solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien.

Benjamin Netanyahu a lui salué vendredi l'investiture de Donald Trump, indiquant sur Twitter se réjouir de rendre la relation entre les Etats-Unis et Israël "plus forte que jamais".