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Donald Trump, le milliardaire qui entend incarner la "success story"

Le premier discours du président Donald Trump. [Chip Somodevilla / Getty Images - afp]
Le premier discours du président Donald Trump. [Chip Somodevilla / Getty Images - afp]
Après avoir déjoué tous les pronostics depuis son entrée en campagne en juin 2016 et après avoir mené une campagne dans une débauche de provocations, Donald Trump a réussi à incarner le statut d'outsider antisystème et défenseur des laissés pour compte.

Malgré des sondages toujours défavorables, Donald Trump a toujours continué de s'afficher plus sûr de lui que jamais, se disant porté par un "mouvement" et parvenant à attirer une foule de partisans enthousiastes à chacun de ses meetings.

Et celui qui s'exposait en ce 8 novembre pour la première fois de sa vie au verdict des urnes face à Hillary Clinton a fini par créer l'énorme surprise que personne n'attendait: devenir le 45e président des Etats-Unis.

Franchise ou démagogie

Les admirateurs de Trump s'émerveillent qu'il "dise ce que tout le monde pense" et l'admirent pour sa dénonciation du "système" et son rejet des convenances.

Les autres voient en lui un misogyne, un démagogue, un raciste ou un prédateur sexuel. Ils le jugent incompétent, instable et incapable d'exercer la fonction présidentielle. Autant d'accusations qu'il balaie d'un revers de la main et qui, malgré quelques remous, n'ont pas enrayé sa marche vers la présidence.

Il ne lui a fallu que dix mois pour tailler en pièces tout ce que le Parti républicain comptait de postulants à la Maison Blanche, à commencer par Jeb Bush, fils et frère d'anciens présidents qui avait la faveur des politologues.

Dès lors, la machine Trump était lancée. Après avoir un temps intrigué pour ne pas avoir à l'investir, les dirigeants républicains ont dû se rendre à l'évidence que rien ne l'arrêterait, même si nombre d'entre eux ont gardé leurs distances, ou ne lui ont apporté qu'un soutien de façade.

Investi le 21 juillet par le Grand Old Party à la convention de Cleveland, Trump était devenu à 70 ans le premier candidat sans aucune expérience politique depuis le général Dwight Eisenhower dans les années 1950.

Pas ébranlé par le scandale

L'ancienne vedette de la télé-réalité a attiré un nombre record d'électeurs pendant les primaires républicaines, qui se sont de nouveau déplacés aux urnes mardi, mais il a aussi ouvert des brèches béantes au sein du Parti républicain, au point d'avoir parfois semblé faire campagne contre son propre camp.

Il a choqué de nombreux Américains en déclarant qu'il ne reconnaîtrait pas forcément les résultats de l'élection, et a répété à l'envi qu'elle serait de toute façon "truquée" au bénéfice de sa rivale, "candidate du système" qu'il n'a jamais citée sans l'affubler du qualificatif "escroc" ou "corrompue" et a affirmé lors du deuxième débat télévisé de la campagne qu'elle finirait en prison s'il était élu.

Sa campagne a parfois tangué, juste après la convention de juillet par exemple quand il se lance dans une interminable polémique avec les parents d'un capitaine musulman de l'armée américaine mort au combat en Irak.

Il est de nouveau en difficulté début octobre lorsque le Washington Post diffuse une vidéo tournée à son insu en 2005 dans laquelle il raconte de manière crue à un journaliste que sa fortune et son statut de célébrité lui permettent d'agresser sexuellement des femmes en toute impunité. "On les attrape par la chatte. On peut faire tout ce que l'on veut", l'entend-on dire.

Impassible face à l'avalanche de critiques et d'appels émanant de son propre camp à se retirer de la course, Donald Trump résume la question à une simple "conversation de vestiaire" qui "ne reflète pas" sa personnalité. Et il rejette avec le même aplomb les accusations de harcèlement ou d'agressions sexuels formulées dans les jours qui suivent par une dizaine de femmes.

Incarnation de la "success story"

Donald Trump se veut l'incarnation de la "success story". Il a fait fortune, épousé trois femmes dont la dernière en date est un ancien mannequin, eu sa propre émission de télévision et érigé des gratte-ciels portant son nom en lettres dorées.

A l'écouter, sa vie n'est que superlatifs. Et qu'importent les banqueroutes, les investissements hasardeux, le fiasco des casinos d'Atlantic City, dans le New Jersey, ou le fait qu'il n'ait apparemment pas payé d'impôts depuis vingt ans.

Si la composition de son équipe de campagne a évolué au gré des scandales et des glissements dans les sondages, elle est restée concentrée autour d'un noyau dur composé de ses trois premiers enfants, Donald Jr, Eric et Ivanka, et du mari de cette dernière, Jared Kushner.

L'homme d'affaires se moque des conventions autant que des contradictions. Dans ses meetings, il promet de ramener des emplois en Amérique alors qu'il a fait confectionner sa ligne de vêtements à l'étranger. Il dénonce la corruption et le pouvoir de l'argent en politique dans une phrase, et se réjouit dans la suivante d'avoir obtenu des passe-droits grâce à sa fortune.

Donald Trump se comporte et s'exprime sur la scène politique comme il le faisait dans "The Apprentice", son émission de télé-réalité où il distribuait avec gourmandise des "Vous êtes viré !" aux candidats malheureux sous les vivats des spectateurs.

Ses discours sont souvent décousus, remplis d'improvisations et de digressions sur sa richesse ou son intelligence, ou de remarques fielleuses et d'insinuations à l'adresse de ses adversaires. Quitte à dire ensuite qu'elles ont été "déformées" ou "mal comprises".

Un enfant difficile

Né le 14 juin 1946 dans l'arrondissement new-yorkais du Queens, Donald Trump est un enfant difficile, le quatrième d'une famille de cinq. Au point qu'à son entrée en quatrième, ses parents l'envoient à l'Académie militaire de New York pour qu'il y apprenne la discipline.

Diplômé de l'université de Pennsylvanie, Donald Trump a suivi un chemin tout tracé en faisant plutôt ses armes dans l'entreprise de son père, avant de lancer ses propres affaires à Manhattan grâce à un prêt paternel d'un million de dollars.

Ses affaires immobilières ont prospéré et en 1983, il a fait ériger les 58 étages de la Trump Tower aux portes de Central Park, symbole éclatant de sa réussite. S'ensuivirent une série d'investissements plus ou moins avisés et réussis, dont celui, catastrophique, dans les casinos d'Atlantic City, qui ont fini par mettre à terre son empire.

Le groupe Trump a déposé le bilan à quatre reprises, en 1991, 1992, 2004 et 2009. Donald Trump, qui a toujours échappé à la faillite personnelle, en a abandonné la présidence quatre jours avant que la dernière banqueroute ne soit déclarée, et que les créanciers du groupe ne se retrouvent spoliés.

reuters/boi

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