Modifié le 01 septembre 2016 à 14:08

Empires éphémères et micro-Etats essaiment partout dans le monde

Bruno Fuligni.
Bruno Fuligni répertorie les Etats autoproclamés dans "Royaumes d'aventure" Tout un monde / 5 min. / le 01 septembre 2016
Les micronations, républiques ou royaumes aux vélléités indépendantistes, sont de plus en plus répandues dans le monde. L'historien Bruno Fuligni en a répertorié des centaines dans un livre.

Certains ne sont faits que de quelques pierres au milieu de l'océan, d'autres sont des morceaux de jungle ou même des créations artistiques, mais les micro-Etats sont de plus en plus nombreux à être créés, explique jeudi dans Tout un monde l'historien Bruno Fuligni, auteur de l'atlas "Royaume d'aventures" consacré à ce phénomène.

En juin, le spécialiste déclarait à Francetvinfo que l'on trouve quelque 400 micronations dans le monde, dont 150 en France.

Créer sa propre loi

Il y a par exemple l'Etat amérindien de Kuna Yala, fondé en 1925, qui a son propre Parlement et ne renvoie à Panama que pour la défense et la diplomatie. Pour le reste, Kuna Yala est autonome et dispose de sa monnaie, de ses timbres, et surtout de ses propres lois.

La principauté d'Outer Baldonia, elle, est née pendant une soirée arrosée en 1952. Cet archipel de Nouvelle-Ecosse, en Amérique du Nord, était interdit aux femmes et reconnaissait officiellement à ses habitants le droit de jurer, de cracher par terre et de jouer de l'argent. Il a été transmis à une société ornithologique dans les années 70

La liberté individuelle devient souveraineté

"Au centre de tout cela, il y a la question de la liberté, qui s'arrête où commence celle d'autrui (...) Dans une démocratie, vous avez l'Etat, dont le rôle est de veiller à l'équilibre et éventuellement de réprimer tout dépassement. Il y a toujours eu des individus qui ont rêvé de rompre cet équilibre et de faire de leur liberté individuelle une souveraineté d'Etat", analyse Bruno Fuligni.

On se sent autorisé à défier des Etats puissants mais auquel on ne croit plus trop, et desquels on n'a plus peur. Trop lents, trop passifs, trop tristes...

Bruno Fuligni, historien spécialiste des micronations

Pour le chercheur, la volonté de créer son propre Etat est aussi le reflet de la crise que traverse l'Etat dans le monde occidental. "On se sent autorisé à défier des Etats puissants mais auquel on ne croit plus trop, et desquels on n'a plus peur. Trop lents, trop passifs, trop tristes...", explique-t-il.

Sphère habitable ou pays invisible

Le Kugelmuggel a par exemple valu à l'artiste autrichien Edwin Lipburger un examen psychiatrique forcé et une détention de quelques semaines en 1984. Il avait construit cette énorme sphère habitable, expliquant qu'elle reposait sur un point et non sur une surface plane et ne se trouvait donc pas en Autriche.

On peut encore citer Rockall, le premier Etat écologiste dans l'Atlantique Nord, ou la République glacière dans les Andes. Il existe aussi des pays invisibles, pour lesquels des passeports ont été émis mais dont la localisation a été tenue secrète, ou encore CATO, le royaume gay et lesbien des îles de la mer de corail.

Sans compter la principauté d'Arbézie, proclamée en 1944 dans un hôtel situé à moitié sur la commune française des Rousses et à moitié sur la commune suisse de Saint-Cergue (VD).

jvia

Publié le 01 septembre 2016 à 12:32 - Modifié le 01 septembre 2016 à 14:08