Modifié le 20 août 2016

En Tunisie, faute d'Etat, le citoyen fait la loi

Sur la page Facebook de "Winou Etrottoir: libérez nos trottoirs!", le citoyen tunisien dénonce toutes les infractions qu’ils observent dans sa rue.
En Tunisie, faute d'Etat, le citoyen fait la loi Tout un monde / 4 min. / le 19 août 2016
Face aux carences de l'Etat en Tunisie, les citoyens prennent les choses en main. Le nombre d'associations citoyennes qui ont pour but de faire respecter la loi se multiplie depuis la révolution de 2011.

En Tunisie, de plus en plus d'associations dénoncent des gestes du quotidien illégaux. Ce phénomène, en plein essor, est même encouragé par l'Etat.

Dans le pays, qui en est à son cinquième changement de gouvernement depuis cinq ans, le sixième étant en préparation depuis deux mois et demi, il est difficile de gouverner. Alors les autorités délèguent. Elles ont même lancé une application encourageant la délation.

Les citoyens qui, par exemple, verraient un fonctionnaire flâner à la plage au lieu de balayer la rue sont appelés à le photographier et à envoyer les informations au gouvernement qui promet de faire le suivi et de protéger le délateur.

Une association pour des villes propres

Illustration de cette tendance, l'association Winnou Etrottoir (littéralement: "Rendons les trottoirs aux piétons") se bat pour des villes propres et débarrassées des cafés et commerces qui, depuis la révolution, débordent de plus en plus sur les trottoirs et empêchent les piétons de déambuler aisément.

En un an, Winnou Etrottoir a réuni 61'000 membres sur sa page Facebook qui permet aux Tunisiens de dénoncer ceux qui occupent l'espace public sans autorisation ou qui y jettent leurs poubelles. En parallèle, l'association alerte directement la municipalité concernée pour dénoncer les cas les plus graves.

On commence à mettre des projecteurs sur tous ceux qui bafouent notre liberté

Un membre de Winnou Etrottoir

"Puisque l'Etat ou les autorités locales sont incapables d'agir, nous, citoyens, on se prend en main et on commence à mettre des projecteurs sur tous ceux qui bafouent notre liberté", explique un membre actif dans l'association. Par deux fois, Winnou Etrottoir a réussi à faire bouger les autorités. Un bilan jugé insatisfaisant par l'association qui dénonce "la démocratisation de la corruption".

Maurine Mercier/jgal

Publié le 19 août 2016 - Modifié le 20 août 2016