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"Déployer des soldats dans les rues ne sert à rien face au terrorisme"

Elie Barnavi (ici, en 2008). [Philippe Merle - AFP]
Elie Barnavi, historien, ancien ambassadeur d'Israël en France / Le Journal du matin / 22 min. / le 10 août 2016
"Déployer des soldats dans les rues ne sert à rien face au terrorisme", juge l'ex-ambassadeur d'Israël en France Elie Barnavi, qui estime qu'Israël a "hélas des choses à enseigner" en matière de lutte antiterroriste.

L'expérience israélienne en matière de terrorisme et ce que vivent actuellement les pays européens, dont la France, sont très différents, analyse mercredi  l'historien et écrivain Elie Barnavi, invité du Journal du matin de la RTS. "Le terrorisme n'est pas de même nature. En Israël il est beaucoup plus ciblé et nous savons à qui nous avons à faire, alors qu'en Europe il est beaucoup plus diffus, la menace est partout".

Israël est une "île entourée de pays plus ou moins hostiles" avec des "frontières scellées". "Ça n'a rien à voir avec l'Europe, qui est une passoire", développe l'ancien ambassadeur. Il précise toutefois que l'Union européenne "est ce qui s'est fait de mieux comme saut de civilisation depuis longtemps et il ne faut surtout pas verrouiller les frontières" intérieures. En revanche, il appelle à renforcer les frontières extérieures de l'Union.

L'état d'urgence en France est une espèce de mesure d'anesthésie publique

Eli Barnavi

Israël est "en situation d'urgence permanente depuis sa naissance (en 1948), ce qui fait que nous nous permettons des choses que l'Europe n'a pas encore appris à apprivoiser, peut-être à juste titre", continue Elie Barnavi. Mais "les menaces physiques" sont les mêmes et Israël a "hélas des choses à enseigner" en matière de lutte contre le terrorisme.

Ainsi, l'état d'urgence tel qu'il est pratiqué en France "ne sert strictement à rien". "C'est une espèce de mesure d'anesthésie publique" "pour calmer la population". C'est "sympathique d'avoir des soldats dans la rue, mais ça ne sert à rien face au terrorisme", lance Elie Barnavi, qui parle de mesure "grotesque".

"Tout se passe en amont"

"Tout se base sur la prévention, le renseignement, la rapidité de réaction, la capacité d'infiltrer les réseaux, tout se passe en amont", explique celui qui a passé plusieurs années au sein de l'armée. Mais il faut aussi "des forces très ciblées, très professionnelles, très restreintes, qui ont une forte capacité de réaction et que l'on ne voit pas par définition", complète l'historien.

"Cela prend du temps pour apprendre", mais les services de sécurité français "finiront par en venir à bout", ou arriveront "du moins à maîtriser l'essentiel du terrorisme", assure Elie Barnavi.

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"En Israël, le terrorisme a tué le camp de la paix"

"L'effet du terrorisme en Israël a été dévastateur, car il a anesthésié, sinon tué, le camp de la paix", estime Elie Barnavi.

"Et le gouvernement de droite en Israël se sert du terrorisme pour empêcher toute avancée", déplore cet opposant au Premier ministre Benjamin Netanyahu et partisan d'une solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien.

"Le terrorisme est la pire arme que les Palestiniens ont pu imaginer". Viser les civils "est moralement inexcusable et surtout politiquement absurde". Cette stratégie "nous a tous mis dans le mur", relève Elie Barnavi.

"Le terrorisme ne sert strictement à rien sauf à se faire plaisir, à terroriser les gens" et il a été une "catastrophe morale, politique et nationale", assène l'ancien ambassadeur.