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"Ce coup d'Etat est un 'don de Dieu' et une parfaite excuse pour les purges"

Marc Pierini, ancien ambassadeur de l'Union européenne en Turquie, chercheur à Carnegie Europe. [Nikolay Doychinov - Reuters]
Marc Pierini, ancien ambassadeur de l'UE en Turquie / Le Journal du matin / 24 min. / le 19 juillet 2016
Marc Pierini, ancien ambassadeur de l'Union européenne en Turquie, est revenu pour la RTS sur les purges qu'a mis en place le président turc Erdogan et sur les relations de la Turquie avec l'UE.

Expliquant que la Turquie était déjà dans une situation de crise politique interne, de polarisation de la société et de récession économique, l'ex-ambassadeur, aujourd'hui chercheur à Carnegie Europe à Bruxelles, a estimé que cette vaste crise risquait désormais de se prolonger.

"D'ailleurs, le président Erdogan l'a tout de suite dit à sa descente d'avion à Istanbul, 'ce coup d'Etat est un don de Dieu, il va nous permettre de nettoyer l'armée', a cité le chercheur dans le Journal du matin. Mais comme on l'a vu avec ces premières purges, qui touchent près de 20'000 personnes, on va déjà beaucoup plus loin."

>> Lire aussi: Plus de 17'000 personnes touchées par la "purge" du gouvernement turc

"Le problème, c'est qu'on ne voit pas vraiment où ça va s'arrêter. Le putsch aurait pu être une opportunité idéale pour reprendre le chemin de la démocratie, en théorie, on aurait pu punir décemment ceux qui ont fauté et repartir, mais je ne vois pas ça arriver".

"Le putsch aurait pu être l'opportunité idéale de reprendre le chemin de la démocratie"

Marc Pierini

L'adhésion à l'UE illusoire

Marc Pierini craint que l'AKP, le parti de Reccep Tayyip Erdogan, n'arrive pas à unifier le Parlement, comme il a pu l'être au lendemain du coup d'Etat, et rassembler une majorité lors des prochaines élections, ce qui divisera encore plus le pays.

Enfin, en ce qui concerne la demande d'adhésion à l'Union européenne de la Turquie, l'ancien ambassadeur estime qu'elle est devenue illusoire puisque les conditions qu'elle réclame (liberté de la presse, un état de droit, etc.) sont considérés actuellement comme des obstacles par le gouvernement.

Mais l'Union européenne et les Etats-Unis ont par contre besoin de la Turquie pour faire front contre l'Etat islamique, ainsi que pour gérer la crise migratoire. La collaboration devrait donc se poursuivre.

sbad

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