En Guinée, où tout a commencé

Mars 2014, Médecins sans frontières alerte la communauté internationale: Ebola a surgi pour la première fois en Afrique de l'Ouest. Il faudra des mois avant que cet appel ne soit entendu et plus de deux ans pour arrêter la chaîne de transmission humaine. Le bilan: plus de 11'000 morts, l'écrasante majorité en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia.

Mais au-delà des morts, l'épidémie a aussi montré un autre visage, celui des survivants à la fièvre hémorragique. Ils sont des milliers, appelés survivants ou guéris, à garder en eux les terribles séquelles de la maladie. D'abord délaissés, ils font aujourd'hui l'objet d'une attention qui dépasse leurs propres intérêts. RTSinfo est allé à leur rencontre en Guinée.

Survivre à Ebola

Ebola a tué plus de 2500 personnes en Guinée. Mais presque autant ont survécu au virus. On les appelle les survivants, d'autres préfèrent le terme de guéris. Après avoir connu l’isolement des centres de traitement, ils n'ont souvent pas pu retrouver leur vie d’avant. Rejetés, objets de croyances et rumeurs, nombreux sont ceux qui ont fait d’Ebola un combat.

Malgré la stigmatisation, malgré le rejet, malgré la perte de mon emploi et des amis, j'ai su me relever, j'ai su me battre.

Fanta Camara, guérie d'Ebola

Certains viennent se faire soigner à Conakry, la cpitale de la Guinée, notamment au centre de Nongo, le dernier site en activité de Médecins sans frontières. C'est là, en pleine saison des pluies, que nous avons rencontré Fanta Camara, ancienne enseignante en philosophie reconvertie dans le suivi psychosocial des guéris.

>> Le premier épisode de la série:

Fanta Camara fait partie des premiers malades diagnostiqués à Conakry. Six membres de sa famille sont morts, trois ont survécu. Charismatique, elle travaille maintenant pour MSF et assure le suivi psycho-social des guéris d'Ebola au centre de Nongo à Conakry.
Virginie Matter - RTS
Le Journal du matin - Publié le 18 juillet 2016

La Guinée, si riche et si pauvre

La Guinée est classée neuvième rang de la pauvreté mondiale, selon le Fonds monétaire international (FMI). Et pourtant, le pays est extrêmement riche en ressources minières. Il possède notamment le plus grand gisement de fer au monde. Mais la population ne bénéficie pas de l’exploitation des mines de bauxite et d’or.

 

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Les survivants sous haute surveillance

Ebola a déserté la une des journaux depuis longtemps, mais la menace du virus plane toujours en Afrique de l'Ouest. La maladie peut reprendre à tout moment. C'est ce qui s'est passé en mars dernier en Guinée forestière, alors que le pays n'avait plus de cas depuis des mois: sept personnes ont été contaminées à partir d'un survivant.

L'épidémie d'Ebola est un épouvantail pour les investissements et le développement économique.

Jérôme Mouton, coordinateur national pour Médecins sans frontières en Guinée

Ainsi, pour éviter toute nouvelle résurgence, les autorités ont mis en place un programme de suivi de tous les guéris. Les enjeux sont énormes, notamment au niveau économique. Pour le comprendre, direction le petit port de pêche de Coleah, à Conakry, qui jouxte les bureaux de Médecins sans frontières, acteur majeur de cette épidémie.

>> Le deuxième épisode de la série:

Jérôme Mouton, coordinateur national pour Médecins sans frontières en Guinée durant toute la crise, pointe la région de départ de l’épidémie d'Ebola.
Virginie Matter - RTS
Le Journal du matin - Publié le 19 juillet 2016

Le fantôme Ebola

La vie a repris normalement depuis longtemps à Conakry, la capitale de la Guinée, mais les traces d’Ebola sont visibles à tous les coins de rue, rappelant que le danger n’a pas disparu.

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Guéris ou survivants?

Ebola a semé le chaos en Afrique de l'Ouest et créé une panique internationale. Les survivants, eux, subissent les séquelles du virus, qui peut rester longtemps dans l'organisme. Leur prise en charge est assurée par des organisations comme Alima ou Médecins sans frontières (MSF).

On ne peut pas les appeler les "guéris" car ils souffrent encore de différents troubles physiques et psychologiques.

Jérôme Mouton, coordinateur national de MSF en Guinée

A côté des ennuis de santé, les guéris souffrent également de problèmes d'exclusion sociale. Des équipes de sensibilisateurs - dont certains sont d'anciens malades - sillonnent ainsi les rues de Conakry pour tenter de lever les craintes de la population vis-à-vis des survivants.

>> Le troisième épisode de la série:

L'équipe de sensibilisation de MSF explique aux mères de famille, issues de l'ethnie peule, que les guéris d'Ebola ne constituent plus un danger.
Virginie Matter - RTS
Le Journal du matin - Publié le 20 juillet 2016

Conakry, l'anarchie en pleine expansion

Deux bruits symbolisent la capitale de la Guinée: le train minier et les klaxons des voitures piégées dans les embouteillages. Depuis le début des années 2000, Conakry a connu une expansion anarchique en raison d'un fort exode rural. Son urbanisme et le manque de routes en font une des capitales les plus embouteillées d'Afrique.

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Une surveillance très délicate, surtout pour les hommes

Le 17 mars 2016, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce la fin de la transmission d'Ebola en Guinée. Mais la maladie ressurgit au coeur du pays. A la surprise générale, c'est un survivant guéri depuis plus d'un an qui est à l'origine de cette transmission sexuelle.

Tout le monde n'accepte pas de donner son sperme (pour analyse), c'est quelque chose d'intime.

Jules Ali Koundounou, médecin et survivant d'Ebola

Les autorités guinéennes ont donc renforcé la surveillance de tous les guéris via le programme SA-Ceint, qui offre des soins gratuits à tous les guéris, mais qui implique un contrôle régulier des liquides biologiques, notamment le sperme. Un suivi délicat pour les hommes.

>> Le quatrième épisode de la série:

Jules Ali Koundounou, 31 ans, médecin à Conakry, a attrapé Ebola en septembre 2014 à l’hôpital national de Donka. Il a dû trouver une nouvelle habitation après être sorti du centre de traitement d'Ebola.
Virginie Matter - RTS
Le Journal du matin - Publié le 21 juillet 2016

Une société multiethnique

Multiethnique, la population guinéenne est majoritairement musulmane. Il existe toutefois une forte minorité chrétienne. Par ailleurs, la langue nationale est le français, mais le pays compte de très nombreuses langues régionales, en sus de l'anglais, présent dans les régions frontalières avec le Liberia et la Sierra Leone.

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Tous survivants

Plus qu'un virus, Ebola est une maladie sociale qui a stoppé net l'économie, entraîné la fermeture des écoles et assommé le système de santé balbutiant de la Guinée. Durant des mois, le virus a imposé son rythme et transformé le quotidien des Guinéens, se souvient Alimou Sow, citoyen averti et blogueur inspiré.

Les dégâts d'Ebola dépassent le spectre restreint de la maladie elle-même.

Alimou Sow, blogueur guinéen

Mais à toute chose malheur est bon, et l'épidémie a apporté à la Guinée un savoir-faire dans la gestion des crises sanitaires. Pour la communauté scientifique, elle a aussi été une opportunité unique d'en apprendre davantage sur la maladie. A l'instar du programme français PostEboGui, pour "Post Ebola Guinée".

Marie Claire Tchécola, infirmière, a attrapé Ebola en juillet 2014. Après sa guérison, elle a accepté de témoigner à visage découvert pour sensibiliser la population et lutter contre la stigmatisation. Récompensée par le prix international Femme de courage en 2015, elle a été reçue par Michelle Obama à la Maison Blanche (voir le tweet ci-dessous). Elle explique son combat à la RTS.

Même si on a appris des choses sur Ebola, je suis inquiète, parce qu'on peut désapprendre chaque jour.

Marie Claire Tchécola, lauréate du prix international Femme de courage en 2015

>> Le cinquième épisode du reportage:

Marie Claire Tchécola, infirmière, a reçu le prix international Femme de courage en 2015. Dans l’enveloppe, les résultats de ses dernières analyses: aucune trace d’Ebola dans son corps.
Virginie Matter - RTS
Le Journal du matin - Publié le 22 juillet 2016

Alpha Condé, un président qui a affronté Ebola

En Guinée, tout le monde aimerait oublier Ebola. En particulier, le président Alpha Condé. Elu en 2010, quand le pays - certes très pauvre - connaissait une phase de croissance économique, le professeur de droit incarnait un vrai espoir de changement. Mais le contexte économique mondial et le virus en ont décidé autrement.

Ebola fait son apparition alors que le prix des matières premières continue sa chute et que la Chine ralentit sa croissance. Personne n'aurait pu imaginer une épidémie d'une telle ampleur, qui mettra le pays à terre, explique Alpha Condé.

>> L'interview du président Alpha Condé:

Alpha Condé, président de la République de Guinée, au micro de Virginie Matter.
Virginie Matter - RTS
Tout un monde - Publié le 27 juillet 2016

L'épidémie d'Ebola en chiffres

ÉVOLUTION DU NOMBRE DE CAS

L'épidémie d'Ebola qui s'est déclarée fin 2013 en Guinée a contaminé 28'646 personnes dans dix pays, principalement en Afrique de l'Ouest, indique l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans son dernier rapport de situation sur la lutte contre l'épidémie publié le 30 mars 2016 (lire en anglais).

Le 9 juin 2016, l'OMS a déclaré dans un communiqué la fin officielle de l'épidémie (lire en anglais). Un pays est déclaré exempt de transmission d'Ebola lorsqu'une période de deux fois 21 jours - la durée du cycle d'incubation - s'est écoulée sans nouveau cas depuis le second test sur un patient guéri.

L'évolution du nombre de cas suspectés, probables et confirmés:

NOMBRE DE CAS ET DE MORTS

Outre la Guinée (3811 cas et 2543 morts recensés au 30 mars 2016), le Liberia (10'675 cas, 4809 décès) et la Sierra Leone (14'124 cas, 3956 morts) sont les pays les plus touchés, selon les chiffres de l'OMS.

L'évolution de l'épisémie en Afrique de l'Ouest:

HISTORIQUE DES ÉPIDÉMIES

La crise de 2013-2016 est - et de loin - la plus meurtrière de toutes les épidémies d'Ebola connues à ce jour, dépassant très nettement celles de 1975 et de 1995 en République démocratique du Congo (respectivement 280 et 254 morts).

Avec 11'315 morts, l'épidémie qui ravage l'Afrique de l'Ouest a fait près de sept fois plus de victimes que l'ensemble des flambées précédentes depuis la découverte du virus en 1976 (1639 morts), selon les chiffres de l'OMS.

L'épidémie de 2013-2016 par rapport aux autres:

Crédits

Reportage: Virginie Matter et Sylvain Michel

Réalisation web: Didier Kottelat