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Le président Erdogan évoque le rétablissement de la peine de mort

- Face aux putschistes, la Turquie pourrait rétablir la peine de mort. Devant une foule réclamant des exécutions, le président turc a déclaré "Nous ne pouvons pas ignorer votre demande", ajoutant qu'en démocratie la volonté du peuple devait primer.

- Au total, plus de 290 personnes ont été tuées, dont une centaines de putschistes, et plus de 1400 autres blessées dans les violences déclenchées vendredi soir, selon un nouveau bilan communiqué par le ministère turc des Affaires étrangères.

- Comme annoncé par Recep Tayyip Erdogan, la Turquie mène une purge de ses institutions à la suite de la tentative manquée de coup d'Etat. Près de 6000 personnes - dont le conseiller militaire du président - ont été arrêtées en Turquie pour leur lien supposé avec les putschistes.

- Les huit militaires turcs qui ont fui en Grèce dans la foulée de l'échec du coup d'Etat de vendredi ont comparu dimanche devant un procureur pour être entrés illégalement sur le territoire grec.

- S'exprimant en public, Recep Tayyip Erdogan a appelé ses partisans à la vigilance et à tenir les places publiques, estimant que les événements ne seront pas réglés "en quelques heures".

Le point sur les derniers développements dans le pays.

Marc Renfer et Andrea Gringeri

Des milliers de citoyens mobilisés

Plusieurs milliers de Turcs sont à nouveau descendus dans la rue dans la nuit de dimanche à lundi pour protester contre la tentative de coup d'Etat militaire de vendredi.

Le premier ministre turc Binali Yildirim a fait une apparition surprise sur la place Kizilay à Ankara. Il a exhorté ses concitoyens à rester mobilisés. "Le jour, allons travailler. Le soir, après le travail, poursuivons notre veille sur les places publiques", a-t-il lancé.

A Istanbul, quelque 800 membres des forces spéciales de la police étaient en cours de déploiement dans la nuit afin de sécuriser les points sensibles de la mégalopole, a rapporté tôt lundi l'agence de presse proche du gouvernement, Anadolu.

Erdogan évoque un possible rétablissement de la peine de mort

Le président Recep Tayyip Erdogan a évoqué dimanche soir un possible rétablissement en Turquie de la peine capitale, officiellement abolie en 2004 dans le cadre de la candidature d'adhésion d'Ankara à l'Union européenne.

Nous ne pouvons pas ignorer votre demande

Le Président turc, s'adressant à une foule réclamant la peine de mort pour les putschistes

"En tant que gouvernement et en tant qu'Etat, nous connaissons et entendons cette demande qui est la vôtre. Nous ne pouvons pas ignorer votre demande", a répondu le chef de l'Etat à des sympathisants qui réclamaient l'exécution des putschistes.

"Je pense que notre gouvernement va en discuter avec l'opposition et qu'une décision sera sans aucun doute prise", a-t-il ajouté. "En démocratie, la décision, c'est ce que veut le peuple", a encore déclaré le chef de l'Etat turc.

Un nouveau bilan fait état de 290 tués

Au moins 290 personnes ont été tuées pendant la tentative de coup d'Etat menée par un groupe de militaires, a annoncé dimanche le ministère turc des Affaires étrangères.

"Plus de 100 putschistes" ont été tués et au moins "190 de nos citoyens ont trouvé la mort", selon un communiqué du ministère. Un précédent bilan faisait état d'au moins 265 tués.

Le principal conseiller militaire d'Erdogan arrêté

Le principal conseiller militaire du président Recep Tayyip Erdogan, Ali Yazici, a été arrêté dimanche en lien avec la tentative de putsch, a rapporté la chaîne de télévision CNN-Türk. Peu avant, le général Bekir Ercan Van, commandant de la base aérienne d'Incirlik, avait aussi été interpellé.

La base d'Incirlik, dans le sud de la Turquie, est utilisée par des avions des Etats-Unis et d'autres pays de la coalition internationale pour mener des frappes contre l'organisation djihadiste Etat islamique (EI) en Syrie.

Les opérations anti-EI reprennent depuis la Turquie

La coalition contre le groupe Etat islamique a repris ses opérations aériennes contre l'EI depuis la Turquie, suspendues après la tentative de putsch militaire, a indiqué dimanche le Pentagone.

"Les opérations de la coalition contre le groupe Etat islamique ont repris dans toutes les bases en Turquie" après la réouverture de l'espace aérien turc aux avions militaires, a déclaré le porte-parole du Pentagone Peter Cook dans un communiqué.

Erdogan appelle ses partisans à la vigilance

S'exprimant depuis la mosquée Fatih dimanche lors d'obsèques de personnes tuées durant la tentative de putsch, Recept Tayyip Erdogan a demandé à ses partisans de rester sur les places publiques, estimant que les événements ne seront pas réglés "en quelques heures".

Le président turc a juré dimanche de continuer à éliminer de toutes les institutions de l'Etat le "virus" à l'origine de la tentative de putsch, allusion à son adversaire de longue date, Fethullah Gülen, prédicateur en exil aux Etats-Unis.

La tentative de putsch ourdie par le "groupe terroriste" de Fethullah Gülen a été matée par la volonté de la nation, a ajouté le président, en indiquant que les ministères de la Justice et des Affaires étrangères de Turquie allaient écrire aux gouvernements américain et occidentaux pour exiger le transfert en Turquie des partisans de Gülen.

Le sujet du 12h45 sur la situation en Turquie

Turquie: les partisans d’Erdogan sont descendus en masse dans les rues [RTS]
Turquie: les partisans d’Erdogan sont descendus en masse dans les rues / 12h45 / 2 min. / le 17 juillet 2016

Le sujet du 12h30

Une vaste opération de purge se déroule en Turquie. [Ozan Kose - AFP]Ozan Kose - AFP
Erdogan reprend la main en Turquie et les purges commencent / Le 12h30 / 1 min. / le 17 juillet 2016

La banque centrale tente de rassurer

La banque centrale turque a annoncé dimanche baisser à zéro les commissions pour les services de liquidité fournis aux banques, ajoutant être prête à assurer une quantité illimitée de liquidité.

Dans un communiqué, la banque centrale a assuré "prendre toute les mesures nécessaires" pour garantir la stabilité financière du pays.

Ayrault remet en cause la fiabilité d'Ankara contre le groupe EI

La France posera la semaine prochaine à Washington lors d'une réunion de la coalition militaire la question de la fiabilité de la Turquie dans la lutte contre l'Etat islamique, a déclaré dimanche le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault.

"Nous poserons clairement des questions sur comment faire pour combattre encore davantage Daech en Syrie", a-t-il ajouté.

Prié de dire si la Turquie restait un allié fiable dans la lutte contre l'organisation djihadiste, il a répondu : "Il y a des questions qui se posent et nous les poserons. Il y a une part de fiabilité et une part de suspicion, il faut être sincère."

Les militaires réfugiés en Grèce "ne savaient pas qu'il y avait un coup d'Etat"

Les huit militaires turcs qui ont fui leur pays dans la foulée de l'échec du coup d'Etat de vendredi ont comparu dimanche devant un procureur grec de la ville d'Alexandroupolis pour être entrés illégalement sur le territoire grec.

Les hommes ont demandé l'asile politique en Grèce, disant craindre pour leur vie s'ils étaient renvoyés en Turquie, a expliqué Vasiliki Marinaki, un avocat représentant quatre d'entre eux.

Les huit hommes ont reçu l'ordre de transporter des blessés dans les rues d'Istanbul, a dit l'avocat à la chaîne de télévision Skai. "C'est pour cela qu'ils se sont retrouvés sous le feu de la police", a dit Vasiliki Marinaki.

"Ils ne savaient pas qu'il y avait un coup d'Etat et ils n'étaient pas impliqués", a-t-il ajouté.

6000 arrestations confirmées

Les autorités turques ont déjà procédé à quelque 6000 arrestations après le coup d'Etat manqué, a rapporté dimanche la chaîne de télévision NTV citant le ministre de la Justice, Bekir Bozd.

"Le processus judiciaire va se poursuivre", a-t-il ajouté, disant s'attendre à ce que le nombre d'arrestations dépasse le seuil des 6000.

"Le grand ménage continue", a-t-il ajouté.

Le coup d'Etat, "pas un chèque en blanc"

La tentative de coup d'Etat en Turquie ne donne pas de "chèque en blanc" au président Recep Tayyip Erdogan, a prévenu dimanche Jean-Marc Ayrault.

"Pour l'avenir (..), nous voulons que l'état de droit fonctionne pleinement en Turquie, ce n'est pas un chèque en blanc à Monsieur Erdogan", a dit le chef de la diplomatie française sur France 3.

 "Les Européens sauront le rappeler lundi prochain. Encore une fois à Bruxelles nous allons parler de la Turquie et rappeler que la Turquie doit se conformer aussi aux règles démocratiques européennes", a-t-il ajouté. "Il ne faut pas faire des purges, il faut que l'état de droit fonctionne".

Poutine appelle Erdogan

Le président russe Vladimir Poutine a souhaité dimanche lors d'une conversation téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan un rapide retour à la stabilité après la tentative de putsch militaire en Turquie.

Vladimir Poutine a "présenté ses condoléances pour les nombreuses pertes en vies humaines parmi les civils et les policiers qui s'opposaient aux conspirateurs, selon un communiqué du Kremlin.

Rencontre prévue en août

Les présidents ont prévu de se rencontrer la première semaine d'août, a annoncé dimanche l'agence turque Anadolu.

L'agence n'a pas précisé où cette rencontre devait se tenir, mais elle sera la première entre les deux dirigeants depuis la crise bilatérale déclenchée en novembre après que la chasse turque a abattu un avion russe en mission en Syrie.

Quelques groupes rebelles résistent encore

Les autorités turques ont repris le contrôle de la quasi-intégralité du pays, même si un certain nombre de conjurés ne se sont pas encore rendus, à Istanbul notamment, a déclaré dimanche à Reuters un haut responsable turc.

Quelques militaires importants séditieux sont en fuite, mais ils seront rapidement capturés, a ajouté ce responsable.

Fethullah Gülen, le prédicateur accusé par le pouvoir

Agé de 75 ans, Fethullah Gülen a été accusé par le président turc - son ancien allié - d'être à l'origine du coup manqué qui a tenté de le déposer, ce que l'intéressé nie.

Le prédicateur musulman qui vit depuis 1999 aux Etats-Unis est à la tête d'un mouvement puissant en Turquie, qui compte un réseau d'écoles, d'ONG et d'entreprises sous le nom d'Hizmet (Service, en turc) et est très influent dans les médias, la police et la magistrature.

Lorsque des journalistes lui ont demandé si certains de ses sympathisants avaient participé à la tentative de putsch, il a répondu "(ignorer) qui sont (ses) partisans" et ne pas pouvoir s'"exprimer sur leur quelconque implication", expliquant vivre "loin de la Turquie depuis 30 ans".

Il a même jugé "possible" que le coup d'Etat ait été orchestré par Recep Erdogan lui-même lors de cette interview, se refusant toutefois à "accuser sans preuves".

Alors que le président turc reprenait la main samedi matin, Fethullah Gülen a condamné "dans les termes les plus forts" la tentative de putsch.

L'Egypte s'est opposée à une déclaration de l'ONU

Le Conseil de sécurité des Nations unies n'a pas été en mesure samedi de condamner la tentative de putsch militaire en Turquie, l'Egypte s'opposant à une déclaration qui appelait toutes les parties à "respecter le gouvernement démocratiquement élu de Turquie", ont déclaré des diplomates.

Les déclarations du Conseil de sécurité doivent être adoptées par consensus. Le projet de texte, rédigé par les Etats-Unis, parlait de "vive inquiétude" concernant la situation en Turquie, appelait les parties à faire preuve de retenue et à éviter toute violence, et réclamait le retour rapide à l'Etat de droit.

Des diplomates, s'exprimant sous le sceau de l'anonymat, indiquent que l'Egypte a estimé que le Conseil de sécurité n'était pas à même de déterminer si un gouvernement avait été élu démocratiquement.

Le président égyptien, Abdel Fattah al Sissi, est un ancien général qui a renversé en juillet 2013 le président Mohamed Morsi, qui avait été élu et appartenait à la mouvance des Frères musulmans. Or, la Turquie dirigée par le parti islamo-conservateur AKP avait apporté un soutien aux Frères musulmans égyptiens.

Des dizaines de gradés et de juges arrêtés

Des dizaines de généraux, de juges et de procureurs ont été arrêtés dimanche lors de coups de filet dans toute la Turquie, selon les médias turcs.

Ces mesures ont été prises pour implication présumée dans le putsch manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan.

Le gouvernement avait déjà annoncé samedi l'arrestation de près de 3000 soldats pour leur rôle présumé dans la tentative de renversement.

Juges également visés

D'après la télévision NTV, 34 généraux de différents grades ont été arrêtés jusqu'à présent. Il s'agit notamment de figures emblématiques de l'armée comme Erdal Ozturk, commandant de la troisième armée et Adem Huduti, commandant de la deuxième armée.

La purge ne se limite pas à l'armée, des mandats d'arrêt ont été délivrés à l'encontre de 2745 juges et procureurs dans toute la Turquie.

Cette purge, qui a commencé immédiatement après l'échec du putsch, a suscité des inquiétudes à l'étranger. Le président américain Barack Obama a rappelé à la Turquie "le besoin vital" que toutes les parties concernées "agissent dans le cadre de l'état de droit" après la tentative de putsch.

Pas de vols entre les Etats-Unis et la Turquie

L'aviation civile américaine a interdit à toutes les compagnies aériennes d'effectuer des liaisons entre la Turquie et les Etats-Unis, après le coup d'Etat manqué.

La Federal Aviation Administration (FAA) a également interdit aux compagnies américaines de proposer des vols à destination des aéroports turcs.

"La FAA examine la situation en Turquie en collaboration avec ses partenaires du département d'Etat et du département de la Sécurité intérieure, et actualisera les restrictions en fonction de l'évolution de la situation", dit-elle dans un communiqué.

>> Lire: L'aviation civile américaine interdit les liaisons vers la Turquie

John Kerry rejette toute responsabilité des Etats-Unis dans le putsch turc

Les allégations laissant entendre que les Etats-Unis portent une responsabilité dans la tentative de coup d'Etat en Turquie portent atteinte aux relations bilatérales, a déclaré samedi John Kerry.

>> Lire:  John Kerry rejette toute responsabilité des Etats-Unis dans le putsch turc

Tsipras promet "d'agir vite" avec les putschistes réfugiés en Grèce

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a promis au président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'un entretien téléphonique, que la demande d'asile des militaires turcs ayant trouvé refuge samedi en Grèce serait examinée rapidement, a fait savoir Athènes.

La procédure sera conduite "dans le respect absolu" du droit international et des droits de l'homme, a souligné un membre du gouvernement.

Huit militaires turcs sont arrivés samedi à Alexandroupolis, dans le nord-est de la Grèce, à bord d'un hélicoptère après l'échec de la tentative de coup d'Etat.