Ce tourisme qui provoque l'overdose chez les locaux

Avec l'explosion des compagnies low cost, les villes notamment sont envahies de touristes qui certes consomment, mais amènent aussi leur lot de nuisances. Reportages dans ces zones appréciées et menacées, où le rejet du touriste se fait de plus en plus entendre.

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Les "Cinque Terre" foulées par 2,5 millions de touristes

Le parc national des Cinque Terre, en Ligurie, est classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Le parc national des Cinque Terre, en Ligurie, est classé au patrimoine mondial de l'Unesco. [AFP]

En Italie, il n'y a pas que Venise et Florence qui souffrent du tourisme de masse. La côte ligurienne des "Cinque Terre", au sud de Gênes, a vu en 2015 plus de 2,5 millions de touristes se faufiler de village en village, le long de ses étroits et très fragiles sentiers, forgés par la main des hommes pour rejoindre les vignobles. Mais aujourd'hui, les paysans sont remplacés par des promeneurs qui viennent du monde entier.

Dans la petite gare de Manarola, il n'y a plus vraiment de basse saison. Toutes les demi heures, un train arrive avec sa cargaison de touristes.

La gare de Manarola, le 24 avril 2016.
La gare de Manarola, le 24 avril 2016. [AFP]

Ceux-ci  s'ajoutent aux dizaines de groupes qui sont déjà descendus des bateaux de croisière pour visiter en coup de vent les cinq villages qui composent les "Cinque Terre".

Pour les habitants de Manarola, comme Gianni Capellini, qui louent des chambres aux visiteurs individuels, ces groupes nuisent au tourisme de qualité: "Chaque matin à Manarola, arrivent en plus des trains entre 20 et 40 autocars, avec 60 personnes à bord. De voir 1000 à 2000 personnes alors qu'ici nous avons 250 habitants... C'est difficilement supportable", souffle l'hôte.

Sentiers abîmés

Quelque 4000 habitants seulement résident dans les cinq villages, alors que 3200 lits sont offerts aux touristes. Parmi ceux-ci, nombreux sont ceux qui parcourent les célèbres sentiers.

>> Voir le reportage du 19h30:

Italie: la région des Cinque Terre est victime du tourisme de masse
19h30 - Publié le 25 juillet 2016

En file indienne, les marcheurs empruntent ces chemins pentus et pierreux, un effort indispensable pour se régaler de la vue des paysages classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Mais ces incessants passages abîment les sentiers.

Les géologues ont décidé de placer des compteurs de pas, invisibles mais éloquents, à en croire Matteo Perrone, géologue au parc national des "Cinque Terre":

"Regardez ici, entre midi et 13 heures, nous avons eu un pic de passages, avec 750 marcheurs en une heure. Ces chiffres ont un impact très important. Non seulement sur le sentier lui-même qui se détériore, mais cela représente par conséquent un risque aussi pour les randonneurs."

"L'agriculture abandonnée au profit du tourisme

Les passages des touristes provoquent en effet des éboulements de sentiers et donc des murs en pierre sèches. Certains habitants ont décidé de s'organiser en coopérative pour faire réparer les murs et cultiver les terres.

D'après Fabrizio Cappellini, de la Fondation pour sauver Manarola, les conditions de vie ont totalement changé: "l'agriculture a été presque entièrement abandonnée au profit du tourisme. C'est par conséquent toute notre communauté qui doit maintenant sauver ce territoire."

La population corse décuple en quelques semaines

La Corse mérite bien son surnom d'Ile de Beauté. Préservée, elle n'est pas par hasard un lieu de prédilection pour les touristes. Mais cette affluence est aujourd'hui une menace, la population de l'île passe de 300'000 à 3 millions d'habitants en quelques semaines.

Une majorité arrive par bateau: "Tous les jours en pleine saison, avec tous les touchers des méga-express, plus les croisières qui sont juste derrière, environ 10'000 personnes" arrivent quotidiennement, explique Marc Combriat, officier du port d'Ajaccio. Les ports de Bastia, Calvi et Bonifacio sont eux aussi pris d'assaut. Quant aux aéroports, le trafic est multiplié par huit l'été.

Chaque été, la population corse décuple avec l'arrivée des touristes.
Chaque été, la population corse décuple avec l'arrivée des touristes. [Charles Platiau - Reuters]

Des législations peu respectées

Hélène Constanty, journaliste et auteure du livre "Razzia sur la Corse", dénonce la corruption immobilière induite par le tourisme. "Les paillottes ont le droit d'exercer pendant l'été en théorie. Elles ne devraient pas occuper plus de 20% de la surface de la plage et elles devraient être entièrement démontée pendant l'hiver de manière à laisser les tempêtes, le sable, la nature reprendre ses droits. Le problème ici à Calvi, qui est connu depuis des années par les autorités, c'est que toutes ces paillottes ont été construites en dur, elles ne sont jamais démontées; vous venez l'hiver, c'est une horreur."

Selon la loi de protection du littoral, il est interdit de construire à moins de 100 mètres des rivages hormis dans les zones déjà urbanisées. Mais les chantiers se multiplient, malgré l'arrivée au pouvoir des nationalistes en décembre passé dont Jean-Guy Talamoni, élu notamment sur le thème de l'environnement. Il jure: "Aujourd'hui c'est fini, aujourd'hui nous avons tourné le dos à ce type de développement et nous sommes dans le cadre d'un développement environnemental et identitaire..."

Problème de déchets

Les écologistes n'y croient pas. Dix fois plus de résidents, c'est dix fois plus de déchets et toutes les ordures échouent pêle-mêle dans l'unique décharge de l'île, à Vico.

"Oui il y a des propos qui ont pu changer, mais sur les actes, ce n'est pas encore ça. Comment peut-on accepter d'accueillir un afflux massif de personnes lorsque nous avons des difficultés à gérer ceux qui vivent à l'année? C'est totalement aberrant", estime Lisandru Plasenzotti du collectif U Levante.

>> Voir le reportage du 19h30:

La Corse souffre de son succès auprès des touristes
19h30 - Publié le 26 juillet 2016

Barcelone contre le "tourisme de cuite" et la flambée du prix des logements

Manifestation contre le "tourisme ivre" à Barcelone, le 30 août 2014.
Manifestation contre le "tourisme ivre" à Barcelone, le 30 août 2014. [AFP]

En l'espace de 20 ans, Barcelone est devenue une destination touristique de premier plan, passant de 1,7 million de touristes annuels en 1990 à plus de 8 millions en 2015. Ajoutons à cela le tourisme intérieur, les croisiéristes et les locations en appartement privé, et l'on avoisine les 29 millions de visiteurs en 2015, pour 1,6 million d'habitants.

Entre boutiques de souvenirs et perches à selfies, le coeur historique ne bat plus que pour les vacanciers. Et ce n'est pas toujours la crème du tourisme qui vient flâner sur les Ramblas.

"Lieu de vomissures"

"Dépotoir", "lieu de vomissures", "réduit d'incivisme" et "infrastructures saturées": les riverains ne reconnaissent plus leur ville et sont de plus en plus exaspérés par ces fêtards qui déambulent éméchés dans les rues.

En 2014, le ras-le-bol explose. Trois Italiens soûls ont mis le feu aux poudres en se baladant complètement nus dans les rues du quartier de La Barceloneta. Près de 5000 résidents ont alors manifesté, appelant la population à agir pour faire cesser ce "tourisme de cuite".

>> Lire sur ce sujet: Les habitants de Barcelone ne veulent plus de "touristes bourrés"

Mesures drastiques

En 2015, la maire de la capitale catalane Ada Colau adopte des mesures drastiques en imposant notamment un gel des attributions de licences hôtelières. Des amendes pour les locations sauvages d'appartements n'ont pas suffi à désemplir la ville, ni la colère des habitants, selon des associations de quartiers.

>> Lire aussi: Barcelone hausse à son tour le ton contre Airbnb et d'autres plateformes

>> Voir le reportage du 19h30:

Les très nombreux touristes de Barcelone agacent les habitants
19h30 - Publié le 27 juillet 2016

Majorque, "la petite fille de Barcelone"

"Tourists Go Home" (Touristes, rentrez chez vous): à Majorque, dans l'archipel espagnol des Baléares, l'affluence toujours plus grande de visiteurs commence à faire grincer des dents.

L'île et son million d'habitants prévoit d'accueillir cette année plus de 10 millions de personnes, un nouveau record. La foule était déjà telle en juin que l'accès à certaines criques était barré par la police.

Des graffitis peu accueillants ont fleuri au printemps 2016 dans les rues de Palma, la capitale. Ce sont les mêmes qui ont été vus à Berlin, Venise et dans plusieurs villes espagnoles: "Touristes dehors, bienvenue aux réfugiés", "le tourisme tue la ville". "Touristes, vous êtes des terroristes."

Ces messages ont vite été effacés par la mairie. Environ 80% de l'économie de l'île dépendrait du tourisme.

Pression sur l'immobilier

Majorque reçoit depuis longtemps une foule d'Allemands et d'Anglais, via des formules tout compris et des vols low cost.

Mais certains y restent. Les étrangers représentent 40% des acheteurs dans l'immobilier résidentiel, selon l'agence de luxe Engel & Völkers, dans le centre médiéval de Palma.

Des riverains craignent d'être à terme chassés de chez eux. Dans ce quartier, un trois-pièces se loue 700 euros (758 francs), quand le salaire moyen d'un serveur local est de 1100-1200 euros.

Milliers de touristes en quelques heures

Non loin de là, les habitants du quartier entourant la cathédrale La Seu demandent que les arrivées de bateaux de croisière soient mieux étalées.

Ces navires évitent désormais la Tunisie ou la Turquie après les attentats, et déversent des milliers de touristes en quelques heures, raconte Luis Clar, le président de l'association des voisins.

Majorque devient "la petite fille de Barcelone", regrette le militant.

L'Everest, ruée vers le Toit du monde

Un touriste dans le district de Solukhumbu, dans la région de l'Everest, le 30 novembre 2015.
Un touriste dans le district de Solukhumbu, dans la région de l'Everest, le 30 novembre 2015. [Reuters]

Près de 600 personnes se lancent chaque année dans la périlleuse ascension de l'Everest, à 8848 mètres d'altitude. Elle a coûté la vie à au moins 283 personnes, dont 18 l'an dernier après un tremblement de terre.

L'aéroport de Lukla, au Népal, est réputé le plus dangereux du monde, avec seulement 500 mètres de piste à flanc de montagne. C'est la porte d'entrée vers l'Everest, qui voit atterrir jusqu'à 79 vols par jour pendant la haute saison. Le Toit du monde risque l'asphyxie.

Chaque année, 35'000 touristes arrivent à Lukla, soit cinq fois plus qu'il y a 30 ans. Et tous ne sont pas des amoureux de la nature. Déforestation et tas d'ordures illustrent leur passage.

17 tonnes de déchets

Dix-sept tonnes de déchets et d'excréments humains sont redescendus tous les ans de l'Everest, à dos de sherpas. Cette ethnie locale, accoutumée à la très haute montagne, a profondément bouleversé sa façon de vivre face à ce tourisme de masse.

Pendant la saison touristique, ils travaillent comme guides ou comme porteurs, transportant parfois jusqu'à 160 kilos sur le dos. La dureté du labeur ne rapporte que 45 francs suisses par jour, soit toutefois presque un mois de salaire moyen au Népal.

Un porteur transportant les bagages de touristes à travers le village de Periche, sur le Mont Everest.
Un porteur transportant les bagages de touristes à travers le village de Periche, sur le Mont Everest. [Reuters]

"Bien sûr, on adore les touristes. J'ai besoin d'eux pour gagner ma vie. Sans eux, ce serait impossible", témoigne Subha Prasad Tamang. Mais l'irruption du tourisme de masse a aussi des conséquences négatives.

Déforestation

Durant des années, les habitants de la région ont abattu les arbres pour chauffer les repas et préparer des douches chaudes pour les randonneurs étrangers. Cette pratique, désormais interdite, a accentué la déforestation le long de la piste qui mène au camp et favorisé l'érosion des sols.

Dans le camp de base, à 5300 mètres d'altitude, le point de départ pour l'ascension de l'Everest, quelque 1000 personnes y cohabitent en haute saison. Certains jours, de longues files se forment le long des pentes avec des alpinistes parfois peu chevronnés.

Embouteillages mortels

Octobre 2015, après la réouverture de la route après le tremblement de terre d'avril 2015.
Octobre 2015, après la réouverture de la route après le tremblement de terre d'avril 2015. [Keystone]

Ces embouteillages peuvent se révéler mortels en cas d'avalanche, comme il y a deux ans. "Seize de mes collègues sherpas sont morts à cause d'une avalanche, là-bas. La montagne est toujours dangereuse et avec tout ce monde ça l'est encore plus", affirme le sherpa.

La solution retenue est de limiter l'accès à la montagne. Gravir l'Everest coûte déjà 9800 francs suisses. Mais le gouvernement népalais a le projet d'interdire l'ascension aux mineurs, aux personnes de plus de 70 ans, ainsi qu'à ceux qui n'ont jamais grimpé de sommet de plus de 6500 mètres.

>> Voir le reportage du 19h30:

L'Everest, situé à 8'848 mètres d’altitude, fait partie des sites touristiques à la mode
19h30 - Publié le 28 juillet 2016

"Berlin ne vous aime pas"

Berlin est devenue en dix ans l'une des destinations les plus en vogue d'Europe avec plus de 30 millions de nuitées par an (+5,4% en 2015).

La capitale mondiale du cool et de la culture alternative, dont la devise était "pauvre mais sexy", a vu les prix des loyers exploser de près de 20% en 5 ans, et les échoppes turques faire place aux restaurants vegan et autres bars à sushis.

Le ras-le-bol des valises à roulettes

Les Berlinois accusent les touristes de mettre en péril leur mode de vie, né de la réunification de la ville. Les loyers bas et les nombreux espaces disponibles dans les quartiers populaires avaient favorisé la prolifération de bars, de galeries d'art, d'échoppes et de salles de concerts.

Cette dynamique a incité petit à petit des milliers d'"easyjeteurs", du nom de la compagnie low cost, à y poser leur valise. A tel point que ces valises, justement, sont devenues un véritable débat de société.

Sous le slogan "No more Rollkoffer" ("plus de valise à roulettes"), symbolisant l'arrivée des touristes, des habitants se sont révoltés, sur les réseaux sociaux comme sur les murs de la ville.

D'autres tags moins polis ont également fleuri dans plusieurs quartiers: "Du bist kein Berliner!" ("Tu n'es pas un Berlinois")," Touristen anzünden" ("Brûlez les touristes"), ou encore ces autocollants "Berlin love you" au coeur barré:

Des autocollants "Berlin doesn't love you" (Berlin ne vous aime pas), se sont multiplié dans la capitale allemande et s'adressaient aux "trop" nombreux touristes.
Des autocollants "Berlin doesn't love you" (Berlin ne vous aime pas), se sont multiplié dans la capitale allemande et s'adressaient aux "trop" nombreux touristes. [AFP]

La maire de l'arrondissement de Kreuzberg-Friedrichshain a fustigé, dans une interview au Tagesspiegel, les clients des auberges de jeunesse "qui rentrent ivres et vomissent devant les portes d'immeubles".

Ces dernières années, une "zone de fête" s'est en effet formée, longue d'un kilomètre entre Kottbusser Tor et Warschauer Strasse, constituée de restaurants, bars et clubs. Dans ce lieu de prédilection des "easyjeteurs", la vie nocturne est devenue insupportable pour les riverains.

Airbnb dans le viseur

Environ 24'000 appartements seraient mis à disposition des touristes par des particuliers, faisant exploser les loyer et accentuant la pénurie de logements. Un problème social important alors que Berlin est la ville la plus pauvre d'Allemagne, après Brême.

Pour tenter d'y remédier, la capitale a interdit, depuis le 1er mai 2016, la location d'appartements aux touristes sur les plateformes comme Airbnb.

>> Lire sur ce sujet: La ville de Berlin va sévèrement contrôler les locations Airbnb

Alfama, un quartier typique de Lisbonne menacé

Vue du quartier populaire le plus emblématique du vieux Lisbonne, Alfama.
Vue du quartier populaire le plus emblématique du vieux Lisbonne, Alfama. [Keystone]

Quartier populaire le plus emblématique du vieux Lisbonne, Alfama est aujourd'hui menacé par l'afflux de touristes hébergés dans des appartements loués par des particuliers. Cet afflux pousse ses habitants à partir sous la pression immobilière.

"On veut me mettre à la porte pour louer ma maison aux touristes!", s'emporte un retraité de 70 ans, qui s'est vu notifier par son propriétaire que son bail ne serait pas renouvelé. Son immeuble a changé de mains quatre fois en l'espace d'un an.

"Bientôt, il n'y aura plus que des touristes à Alfama", regrette le retraité, craignant de devoir quitter son quartier d'enfance. Avec sa retraite de 600 euros, il n'a plus les moyens d'y vivre.

Appel des maires au gouvernement

Maire de l'arrondissement de Santa Maria Maior, dont fait partie Alfama, Miguel Coelho confirme les inquiétudes de nombreux riverains. "Les prix d'achat et de location sont exorbitants et les gens sont obligés d'envisager d'autres options", autrement dit quitter ces quartiers.

A l'origine de cette pression immobilière, la "prolifération démesurée" des logements consacrés à la location temporaire, estiment les maires des trois arrondissements du centre historique, qui ont appelé à une intervention "urgente" du gouvernement.

Selon les dernières statistiques, le nombre des logements disponibles pour la location de longue durée s'est réduit de 33% en cinq ans dans l'ensemble du Portugal et, dans la capitale, les loyers ont augmenté en moyenne de 7,6% entre 2014 et 2015.

Les logements Airbnb doublés en 2015

"Tous les jours, on voit des agents immobiliers faisant du porte à porte pour dénicher des gens qui seraient prêts à partir", raconte Ana Gago, une étudiante qui réalise une enquête sur cette pression touristique et ses conséquences sur les riverains.

Le nombre de touristes hébergés à Lisbonne via Airbnb a doublé en 2015 et atteint 433'000, selon des chiffres de cette société américaine. L'hôtellerie classique a, quant à elle, accueilli 3,6 millions de visiteurs étrangers l'an dernier, une hausse de 7,5%.

Un guide touristique avec son groupe dans les ruelles d'Alfama, le 2 juillet 2016.
Un guide touristique avec son groupe dans les ruelles d'Alfama, le 2 juillet 2016. [AFP]

Taux d'imposition inférieur pour les touristes

Au Portugal, la location touristique, plus rentable, est encouragée par un taux d'imposition inférieur à celui de la location sur le long terme.

Cette politique, qui vise à attirer des investisseurs étrangers et à ranimer le marché immobilier, a permis la rénovation de nombreux immeubles dégradés. Mais elle risque d'aggraver le déclin démographique de Lisbonne, dont la population s'est réduite à 500'000 habitants, contre 800'000 au début des années 1980.

"Freiner la saignée"

L'an dernier, les touristes hébergés à Lisbonne par Airbnb ont rapporté aux propriétaires 43 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 225 millions d'euros de retombées indirectes, selon les estimations de cette plateforme.

"Il y a plus d'argent qui circule, mais les habitants sont en train de disparaître", s'inquiète une habitante du quartier. Cette retraitée fait partie d'un groupe de Lisboètes qui se sont mobilisés pour demander aux autorités de "freiner la saignée du centre historique".

Comme elle, de nombreux riverains se plaignent d'une cohabitation de plus en plus tendue avec les touristes, qui font du bruit à des heures tardives et prennent toute la place dans les tramways à l'ancienne qui serpentent les rues étroites d'Alfama.

Un collectif d'habitants de Lisbonne s'est en outre constitué pour sensibiliser les touristes en visite dans leur ville.

Un tramway dans le quartier d'Alfama. Lisbonne 2013.
Un tramway dans le quartier d'Alfama. Lisbonne 2013. [Reuters]

Paris, capitale mondiale de la location via Airbnb

Place du Trocadéro à Paris.
Place du Trocadéro à Paris. [Keystone]

Avec les sites de location de logement entre particuliers tel que Homeholidays ou Airbnb, Paris craint que ses habitants ne trouvent plus de logements à prix décents. C'est au coeur du Marais que les voyageurs louant via Airbnb cherchent en priorité un pied-à-terre. Ces logements loués aux touristes échappent aux habitants et vide les hôtels.

Ce phénomène touche toute la capitale française et inquiète la mairie de Paris. Et pour cause. Paris est devenue ces dernières années la capitale mondiale de la location Airbnb. De 4000 logements à louer disponibles sur le site en 2012, l'offre a explosé à plus de 50'000 logements pour Paris et l'Ile de France. A titre de comparaison, sur la même zone il y a 80'000 chambres d’hôtel. Désormais, 1,3 million de touristes visitent Paris via cette plateforme.

"Comme à la maison"

"Un hôtel de bon standing dans ce quartier nous aurait coûté deux fois plus. Et nous voulons vivre comme de vrais Parisiens. Quand je passe la porte de cette appartement, je me sens à la maison", explique Ari, un touriste qui a loué un appartement de Saint-Germain-des-Prés pour une semaine.

Mais à trop vouloir vivre comme des Parisiens, certains touristes chassent, sans le savoir, ses habitants. En cause, des meublés locatifs abusifs. En effet, avec ce modèle économique sont apparus des resquilleurs. Des professionnels qui louent un ou souvent plusieurs appartements aux touristes via ces plateformes, en s'affranchissant des taxes et normes légales.

Des immeubles au coeur du Marais, dans le 4e arrondissement de Paris.
Des immeubles au coeur du Marais, dans le 4e arrondissement de Paris. [AFP]

Une concurrence déloyale pour les hôteliers traditionnels. Le syndicat hôtelier UMIH-IDF réclame une "justice sociale": "Nous avons des normes, des salariés, des charges. Eux échappent à tout type de réglementation", explique Evelyne Maes.

Jusqu'à 100'000 francs d'amende

Ces fraudeurs sont également dans le collimateur de la mairie de Paris, qui craint que le développement du tourisme ne se fasse au détriment du logement. Selon l'adjoint au maire en charge du logement Ian Brossat, le logement est la principale préoccupation des Parisiens. "C'est le principal poste de budget."

En jeu, la crainte d'une hausse artificielles des loyers, d'habitants qui désertent certains quartiers, d'écoles qui n'auraient plus assez d'inscrits locaux. Pour traquer les abus, une équipe d'inspecteurs a été mise en service. Ne sont tolérés que les particuliers qui louent leur logement moins de 120 jours par an et y vivent le reste du temps.

En cas d'irrégularités, ils risquent jusqu'à 100'000 francs d'amende. Mais Paris ne souhaite en aucun cas interdire totalement ces locations entre particuliers, conscient que pour beaucoup, cela reste un moyen abordable de visiter la capitale française.

>> Le reportage du 19h30:

Le tourisme parisien souffre des sites comme AirBnB
19h30 - Publié le 29 juillet 2016

Le patrimoine protégé par l'Unesco et menacé par le tourisme

Dans son rapport 2016, l'Unesco parle du tourisme comme d'une menace, au même titre que les guerres, la pollution ou encore le réchauffement climatique, soulignant un paradoxe: l'inscription d'un site au Patrimoine de l'humanité, sensé le préserver, fait généralement exploser sa fréquentation touristique.

Tous les sites du rapport sont des haut lieux touristiques. D'une aubaine pour leur préservation, le tourisme devient un fléau.

Des trésors naturels sous pression

C'est le cas pour les îles Galapagos, un site symbolique, car il fut le premier inscrit sur la liste du patrimoine mondial en 1968. Le premier bateau de croisière a débarqué l'année suivante avec 5000 personnes. Aujourd'hui, l'archipel équatorien voit défiler 205'000 touristes par an. Une vraie menace pour l'exceptionnelle biodiversité de ces îles.

Autre trésor naturel menacé par la pression touristique: les barrières de corail et les lagons du Pacifique. Les plus beaux spots de plongée se dégradent à cause de la pollution. Les scientifiques ont déjà sonné l'alarme.

Une archéologie piétinée

Des sites archéologiques subissent le même sort et s'endommagent rapidement sous le poids des visites, comme le temple d'Angkor, au Cambodge, ou le Machu Picchu au Pérou.

A Venise, les centaines de millions dépensés par les touristes chaque année ne vont pas la sauver des eaux. Bien au contraire. De plus en plus de Vénitiens quittent la ville prise d'assaut par 20 millions de visiteurs tous les ans. Un record qui s'explique par l'explosion des croisières, multipliées par neuf en 20 ans.

>> Voir le reportage du 19h30 sur les écosystèmes marins menacés en Thaïlande:

Thaïlande: les écosystèmes marins sont de plus menacés par le tourisme
19h30 - Publié le 30 juillet 2016

Nombre record de touristes dans le monde en 2015

Près de 1,2 milliard de touristes internationaux ont voyagé dans le monde en 2015, soit plus de 38 arrivées par seconde, selon le rapport annuel de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT).

Par rapport à 2014, les touristes ont été environ 50 millions de plus à voyager à travers le monde, soit une augmentation de 4,4%.

Par ailleurs, depuis 2010, année qui a suivi la crise économique, les arrivées internationales ont augmenté tous les ans de 4%, ou plus.

L'Europe tire la croissance

C'est l'Europe qui a accueilli le plus de touristes en 2015, avec 608 millions de touristes, soit 29 millions de plus qu'en 2015, suivie par l'Asie et le Pacifique (+5%), l'Amérique (+5%), le Moyen-Orient (+3%) et l'Afrique (+3%).

L'Espagne figurait en 2014 dans le trio de tête des pays les plus visités au monde, avec 65 millions de visiteurs, derrière les Etats-Unis (75 millions) et la France (84 millions).

 

Les arrivées de touristes internationaux en 2015, en nombre et en recettes
Les arrivées de touristes internationaux en 2015, en nombre et en recettes [Organisation mondiale du tourisme (OMT)]

Quant aux émetteurs, la Chine pointe en tête des pays qui dépensent le plus dans ce secteur, avec environ 160 milliards de francs consommé (chiffre 2014). En deuxième position, les citoyens des Etats-Unis ont dépensé près de 119 milliards, devançant les touristes allemands avec des dépenses totalisant un peu moins de 90 milliards.

Secteur économique indispensable pour certains pays, il n'en reste pas moins qu'un nombre toujours plus importants de personnes se sentent excédées par ce tourisme de masse.

>> Les explications de Fanny Moille dans le 19h30:

Le tourisme de masse inquiète l’UNESCO
19h30 - Publié le 29 juillet 2016

Crédits

Réalisation web: Feriel Mestiri, avec agences

Reportages vidéos: Valérie Dupont, Michel Beuret, Jean Gordillo, Surabhi Tandon, Antoine Silacci