Modifié le 28 juin 2016 à 09:13

Une chercheuse américaine veut combattre Daech par la propagande

Anne Speckhard est spécialiste de l'approche psychologique du terrorisme.
Une chercheuse américaine veut combattre Daech avec ses propres armes Le Journal du matin / 4 min. / le 28 juin 2016
Combattre le groupe Etat islamique avec ses propres armes de la propagande sur les réseaux sociaux: c'est le pari d'Anne Speckhard, spécialiste de l'approche psychologique du terrorisme.

La chercheuse américaine a accumulé des témoignages de transfuges du groupe Etat islamique. Elle en a extrait des vidéos chocs qui vont être diffusées dès la fin de la semaine sur internet.

Thérapeute de couple à l'origine, Anne Speckhard s'est taillé au fil des ans une réputation de psychologue du terrorisme. Son credo: il faut chercher à comprendre les terroristes, leur parler. Elle dit avoir récolté plusieurs centaines de témoignages de transfuges de la violence à travers le monde au cours des quinze dernières années.

Les réseaux sociaux comme outil de prévention

Son travail lui a permis de décrocher différents mandats de l'ONU et du Département de la défense américain notamment. Il s'agissait le plus souvent de programmes de réhabilitation de prisonniers mais la chercheuse veut désormais inverser son approche et faire de la prévention avec les confidences qu'elle a récoltées.

"Nous devons comprendre que Daech est en train de gagner sur les réseaux sociaux", explique-t-elle dans une interview à la RTS. "Si vous retweetez, partagez ou likez leurs contenus, ils vont vous contacter. Ils chercheront vos points faibles, quels sont vos besoins. Et nous devons faire la même chose, nous avons besoin de récits convaincants, émotionnels. Il faut une touche humaine afin de renter nous aussi en contact avec des personnes vulnérables et apporter des réponses non violentes à leurs problèmes".

Une approche qui intéresse en Suisse

Cette approche de la lutte anti-terroriste semble susciter l'intérêt en Suisse aussi. Anne Speckhard a retenu l'attention la semaine dernière lors d'un séminaire organisé par l'Union des villes suisses et consacré précisément aux moyens de lutter contre la radicalisation.

Anne Speckhard y a présenté en avant-première, devant quelque 300 experts de tous les domaines (sécurité, enseignement, social…), l'une des 40 vidéos qu'elle veut lancer sur les réseaux sociaux dès la fin de cette semaine.

Le but est d'atteindre un large public, mais il faudra encore financer la diffusion de ces vidéos et leur traduction dans différentes langues. C'est aussi ce que la spécialiste américaine venait chercher en Suisse.

Mais si l'accueil a été assez favorable, on est encore loin d'un possible financement officiel d'un canton ou de la Confédération. Une source sécuritaire a confié à la RTS qu'il faudra d'abord vérifier l'authenticité de chaque témoignage pour ne pas relayer de la propagande qui serait fabriquée aux Etats-Unis. La chercheuse s'en défend, bien sûr, et dit travailler en toute indépendance.

Ludovic Rocchi/oang

Publié le 28 juin 2016 à 09:07 - Modifié le 28 juin 2016 à 09:13