Modifié le 11 mars 2016 à 09:19

"Plus qu'une action terroriste, Daech tente de s'emparer du territoire tunisien"

Taoufik Jelassi.
Taoufik Jelassi, universitaire et homme politique tunisien L'Invité de la rédaction / 23 min. / le 11 mars 2016
Revenant sur l'attaque du groupe Etat islamique qui a fait plus de 50 morts lundi à Ben Gardane, l'ancien ministre de l'enseignement tunisien Taoufik Jelassi est inquiet de voir la Tunisie submergée par une vague djihadiste.

"C'est une première que Daech (l'acronyme arabe du groupe Etat islamique) tente réellement d'implanter le califat en Tunisie", a souligné vendredi sur les ondes de la RTS Taoufik Jelassi, aujourd'hui professeur de stratégie et management de la technologie à l'IMD à Lausanne. Il revenait sur les attaques simultanées qui ont eu lieu lundi dans cette ville de 60'000 habitants à 25 kilomètres de la frontière libyenne (lire: Plus de 50 morts en Tunisie dans trois attaques terroristes simultanées).

>> Ecouter aussi le reportage à Ben Gardane:

Ben Gardane se trouve à la frontière avec la Libye.
EPA/Keystone
Le Journal du matin - Publié le 11 mars 2016

"Ils avaient une connaissance intime du territoire de Ben Gardane, il y a eu des complicités", a poursuivi l'ancien ministre de l'enseignement supérieur, qui s'interrogeait également sur la possibilité que d'autres cellules dormantes de l'EI passe à l'action en Tunisie.

"Parmi les nationalités des djihadistes tués, il n'y a que des Tunisiens, c'est inquiétant", a-t-il encore remarqué. Évoquant les récents attentats du musée du Bardo ou de Sousse, le politicien a déclaré que cette fois "il ne s'agit pas seulement d'une action terroriste. C'est une réelle tentative de s'emparer d'une partie de territoire".

On ne se rappelle de la Tunisie que lorsqu'il y a des attentats

Taoufik Jelassi, ancien ministre de l'éducation supérieur

Soutien international réclamé

L'ex-ministre, qui s'est dit prêt à se réinvestir dans un poste gouvernemental pour soutenir le développement démocratique de son pays, a demandé plus d'attention de la part de la communauté internationale et de l'Union européenne.

"On a trop tendance à se rappeler de la Tunisie que lorsqu'il y a un attentat, c'est l'aveuglement des Européens", a-t-il dit citant un titre utilisé par le quotidien Le Monde.

Il a estimé que la Tunisie, déstabilisée par le problème libyen mais espoir de démocratie dans les pays du printemps arabes, devrait recevoir un soutien sécuritaire, économique et social plus important de la part de la communauté internationale. "L'armée n'a pas les équipements approprié pour lutter contre les terroristes et souffre aussi d'un manque de partage des renseignements".

Jeunes au chômage et sans perspectives

Le professeur de l'IMD a encore noté que si les jeunes Tunisiens se rapprochaient du groupe EI, c'était aussi parce que le chômage est très important dans certaines régions du pays et qu'il y a très peu de perspectives, alors que les djihadistes leur "font miroiter de l'argent et un combat pour une cause noble".

"Il faut des investisseurs étrangers dans le pays pour développer économiquement la Tunisie".

Tunisie, le dernier rempart

"La Tunisie est le dernier rempart avant l'Europe. Il suffit d'une étincelle pour que la vague de terrorisme arrive au sud de l'Europe", a encore noté Taoufik Jelassi, argumentant pour que l'Etat tunisien soutiennent notamment la création d'emplois.

Le prix Nobel de la paix, attribué au Quartette menant le dialogue national en Tunisie en octobre dernier, n'aura suscité qu'un engouement momentané. "Le plus dur reste de changer les mentalités sur le long terme, d'éduquer. Il y a encore des traces de l'ancien régime", a conclu l'ancien ministre.

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sbad

Publié le 11 mars 2016 à 09:12 - Modifié le 11 mars 2016 à 09:19