Modifié le 01 novembre 2016 à 15:22

Primaire, convention ou Super Tuesday, de quoi s'agit-il?

L'aile sud de la Maison Blanche.
Le fonctionnement du processus électoral américain décrypté Tout un monde / 3 min. / le 01 février 2016
Des délégués choisis lors des caucus ou des grands électeurs qui entrent en jeu après les conventions. Si ce charabia semble abscons, pourquoi ne pas se plonger dans un petit lexique pour mieux comprendre le déroulement de la présidentielle américaine.

Républicains et démocrates

Le Parti républicain est classé à droite de l'échiquier politique américain. Il se divise actuellement entre une tendance modérée et une mouvance plus conservatrice, voire ultra-conservatrice (mouvement du Tea Party). Proche des milieux d'affaires et se basant sur les valeurs de la famille, il se veut généralement partisan d'un Etat fédéral réduit et veut limiter l'emprise du système social étatique. Les républicains ont remporté 23 des 39 dernières élections présidentielles américaines, le dernier président étant George W. Bush entre 2001 et 2009. Le parti contrôle actuellement les deux chambres du Congrès.

Le Parti démocrate se veut progressiste. Selon les personnes qui le dirigent, il s'inscrit soit à gauche de l'échiquier, soit au centre. Soutenu par les syndicats, il se dit soucieux de freiner les excès du capitalisme avec des programmes sociaux. La majorité de ses membres se disent ouverts au mariage homosexuel et à l'avortement. S'ils siègent à la Maison Blanche avec Barack Obama depuis 2009, les démocrates ont perdu leur majorité à la Chambre des représentants en 2010 et au Sénat en 2014.

Si la politique américaine est marquée par ce bipartisme (il existe d'autres petits partis, nettement moins représentés), rien n'empêche un candidat de se déclarer en dehors des étiquettes républicaine ou démocrate. Il se murmure d'ailleurs que l'ex-maire de New York Michael Bloomberg pourrait se lancer en tant qu'indépendant s'ils n'était pas satisfait du résultat des primaires. Reste que les candidats hors parti n'ont jusqu'ici eu aucune chance de l'emporter.

Les étapes

L'élection présidentielle américaine est un long chemin de croix qui démarre l'année précédent le vote en lui-même quand les divers candidats se lancent dans la course aux primaires démocrate ou républicaine, donnant le coup d'envoi à des campagnes durant lesquelles ils dépenseront souvent des sommes colossales. Ils sont libres de retirer leur candidature quand ils le souhaitent, si les sondages ne sont pas favorables.

La deuxième étape est celle des primaires et caucus servant à désigner un candidat dans chaque camp pour la présidentielle. Il s'agit d'une sorte de mini-élection qui se tient dans presque tous les Etats américains. Les vainqueurs sont ensuite désignés formellement candidats lors de conventions de partis durant l'été (l'investiture) et ils se lancent ensuite dans la course avec un colistier jusqu'à l'élection présidentielle elle-même, qui aura lieu le 8 novembre.

>> Lire aussi: Des primaires à l'élection, le calendrier de la présidentielle américaine

Les primaires

Entre le 1er février en Iowa et le 14 juin à Washington se sont tenus les primaires et les caucus républicain et démocrate. Il s'agit d'élections indirectes, car les citoyens élisent les délégués qui seront chargés de désigner le candidat du parti lors des conventions nationales du mois de juillet. En clair, on choisit un délégué qui soutient son candidat favori afin qu'il vote pour lui lors de la convention.

Les primaires sont effectuées de manière indépendante par les démocrates et les républicains. Le choix s'effectue lors d'une élection à bulletin secret (alors qu'un caucus fonctionne via des assemblées citoyennes): les citoyens se rendent dans un bureau de vote et choisissent le bulletin de vote de leur candidat.

Ces primaires peuvent être fermées, à savoir que seuls les citoyens qui se déclarent membres du parti peuvent voter. Il existe aussi des primaires ouvertes, à savoir que les électeurs choisissent librement la primaire à laquelle ils veulent participer, sans pouvoir participer à la primaire de l'autre parti.

Les caucus

Une quinzaine d'Etats ont choisi un système plus compliqué que la primaire: le caucus. Ce mot d’origine amérindienne, qui signifie "qui conseille, qui incite", désigne à l’origine une réunion de leaders tribaux. Le système exact est propre à chaque Etat, mais en résumé les électeurs ne votent pas à bulletin secret, mais se réunissent par circonscription ou district dans des écoles, églises ou salles municipales.

Une fois sur place, les partisans des candidats se regroupent en fonction du candidat qu'ils soutiennent. Au final, c'est le groupe qui compte le plus grand nombre de personnes qui bénéficie du plus grand nombre de délégués. Ces assemblées citoyennes désignent ainsi des délégués de la circonscription, puis du comté et enfin les délégués de l'Etat qui seront envoyés à la Convention du parti.

Le Super Tuesday

Le processus des primaires se déroule sur plusieurs mois et on en sait peu à peu plus sur le nom du candidat qui va être choisi et surtout sur les candidats qui n'ont plus aucune chance.

Et pour éviter de voter en dernier, quand le résultat est déjà connu, certains Etats se sont regroupés pour organiser leurs votes au même moment. Il s'agit traditionnellement d'un mardi, d'où le nom de Super Tuesday.

Cette année, 12 Etats (Alabama, Arkansas, Georgie, Oklahoma, Tennessee, Texas, Virginie, Massachusetts, Minnesota, Vermont, Alaska et Colorado) ont voté le même jour, le 1er mars, et ils ont désigné au total plus de 1000 délégués démocrates et 500 républicains.

Les délégués et super-délégués

Les délégués sont les personnes choisies lors des primaires et caucus et qui sont chargées de désigner le candidat du parti pour la présidentielle lors de la Convention. Ce n'est pas le nombre d'Etats gagnés par les candidats ni le nombre total de suffrages recueillis qui compte, mais le nombre total de délégués qui est important.

Chaque Etat, qu'il organise un caucus ou une primaire, a ainsi droit à un nombre de délégués proportionnel à la population de l'Etat. Certains Etats très peuplés, comme la Floride, la Californie ou le Texas, ont donc un poids déterminant, alors que d'autres sont moins peuplés mais jouissent d'une importance stratégique, comme l'Iowa ou le New Hampshire.

En 2016, les délégués sont au nombre de 4483 pour la primaire démocrate et 2472 pour les républicains. Il fallait donc obtenir au moins 2242 délégués pour être investi côté démocrate, contre 1237 côté républicain.

Pour ne rien simplifier, il existe également des super-délégués, à savoir des personnes qui ne sont pas désignées par les électeurs directement mais qui sont nommées automatiquement du fait de leur statut, en tant qu'élu, ancien élu ou officiel du parti. Ils sont libre de soutenir le candidat de leur choix lors de la Convention. Côté démocrate, on compte cette année 718 super-délégués. Ce statut est moins utilisé par les républicains.

Les Conventions

Les primaires ont livré le nom de deux vainqueurs, l'un démocrate et l'autre républicain, en l'occurrence Hillary Clinton et Donald Trump. Mais c'est lors des conventions de partis que les deux formations politiques ont choisi officiellement le nom de leur poulain. Cette étape très médiatisée se veut aussi et surtout un moyen de galvaniser l'électorat derrière le parti et de mieux faire connaître le candidat choisi.

Comme la Convention est souvent jouée d'avance, son seul suspense réside souvent dans le choix du colistier, qui pourra briguer le poste de vice-président. Les noms du gouverneur républicain de l'Indiana Mike Pence et du sénateur démocrate de Virginie Tim Kaine ont été annoncés.

La Convention républicaine a lieu à Cleveland, dans l'Ohio, du 18 au 21 juillet, alors que la Convention démocrate s'est tenue à Philadelphie, en Pennsylvanie, du 25 au 28 juillet.

Les grands électeurs

Une fois que le candidat de chaque camp est intronisé commence une période d'affrontement entre républicains et démocrates, à coup de meetings de campagne et de débats télévisés, jusqu'au jour du vote proprement dit, le 8 novembre.

Le président américain n'est pas élu au suffrage direct comme c'est le cas par exemple en France. Dans ce système, les électeurs américains votent pour des représentants qui sont ensuite chargés d'élire le président. Ce collège électoral est composé de 538 grands électeurs. Pour gagner, un candidat doit donc obtenir la majorité absolue des grands électeurs, soit 270.

Le nombre de grands électeurs par Etat est proportionnel à la population. La Californie en compte donc 55, le Texas 38 et la Floride 29. Les Etats les moins peuplés reçoivent au minimum 3 grands électeurs.

La plupart des Etats applique la règle suivante: le candidat arrivé en tête dans l'Etat rafle l'ensemble des grands électeurs. Ainsi, le candidat qui remporte, même d'une voix, la Californie empoche la totalité des 55 grands électeurs. Aucune proportionnalité n'est appliquée. Cette répartition explique notamment l'élection de George W. Bush en 2000 alors qu'il n'avait pas reçu la majorité des suffrages au niveau national.

Election Day et Inauguration Day

Le 45e président des Etats-Unis va être élu le 8 novembre 2016 (Election Day). Selon la Constitution américaine, plusieurs critères sont nécessaires pour être candidat à la présidentielle: il faut être âgé d'au moins 35 ans, être citoyen américain de naissance et avoir vécu sur sol américain pendant les 14 ans précédent le scrutin.

Une chose est déjà sûre: l'actuel président Barack Obama quittera la Maison Blanche le 20 janvier 2017, date de l'investiture de son successeur (Inauguration Day). La Constitution américaine limite en effet le nombre de mandats à deux, d'une durée de quatre ans.

boi

Publié le 03 février 2016 à 09:38 - Modifié le 01 novembre 2016 à 15:22