Modifié le 20 novembre 2015 à 22:09

Que sait-on vraiment des frappes françaises en Syrie?

Le QG de la base françaises qui coordonne les frappes à Raqqa.
Un centre de contrôle d'une base militaire française située dans le Golfe pour coordonner les opérations en Syrie et en Irak. [Karim Sahib - ]
François Hollande a annoncé une intensification des frappes françaises en Syrie et en Irak, visant les djihadistes du groupe Etat islamique. Comment savoir ce qui se passe sur le terrain? Décryptage.

La France a effectué sa première frappe aérienne en Irak le 19 septembre 2014. Presque un an plus tard, elle lançait son premier raid aérien en Syrie, dans la foulée de l'attentat manqué du Thalys.

Pour le moment, les autorités françaises ont annoncé, via  le site internet du ministère de la Défense et la page Facebook de l'Armée française - opérations militaires OPEX, avoir visé des dépôts, des camps d'entraînement ou des centres de commandement. Sous entendu: aucun civil ne doit avoir été tué.

"Cela fait un an que les Américains sont sur le coup. C'est surprenant qu'il y ait encore des sites à bombarder", a confié à la RTS Thomas Pierret, maître de conférence au département d'études islamiques et moyennes-orientales à l'Université d'Edimburg. Tout en admettant "qu'à chaque centre de commandement bombardé, un autre est créé", il estime que ces raids "ont une efficacité proche de zéro".

L'Observatoire syrien des droits humains (OSDH)

Selon l'OSDH, les frappes françaises et russes menées depuis dimanche soir ont provoqué la mort de 33 djihadistes, sans faire de pertes civiles.

Toujours selon cette ONG, entre septembre 2014 et le 20 novembre 2015, les frappes de la coalition conduite par les États-Unis auraient tué 3649 personnes dont 6% de civils. Entamées le 30 septembre dernier, les frappes russes auraient fait 1331 morts, dont 30% de civils.

Les bilans de l'Observatoire syrien des droits humains sont régulièrement diffusés par les médias. Pour autant, elle n'est pas forcément crédible, a indiqué l'expert Thomas Pierret. Non pas parce qu'elle serait proche des Frères musulmans et du régime de Bachar al-Assad, ce qui est faux selon lui, mais parce que ses informations, qui dépendent de son réseau, peuvent être lacunaires, et donc biaisées.

Néanmoins, il n'est pas étonnant que les frappes russes fassent plus de victimes civiles, selon Thomas Pierret, car les Russes bombardent "comme durant la guerre du Vietnam", en utilisant surtout des armes à sous-munitions. Alors que l'Otan recourt à des armes guidées, qui coûtent plus cher, mais sont nettement plus précises.

D'autres groupes anti-daech

Raqqa Is Being Slaughtered Silently est une source d'information fiable, selon Thomas Pierret. Ce mouvement de résistance a indiqué que les frappes françaises de dimanche n'avaient pas fait de victimes civiles. L'EI avait évacué des quartiers en prévision des attaques, a confié l'un des activistes à Vice News.

Le groupe Syrian Network for Human Rights n'avait pas mentionné vendredi de pertes civiles dans des raids français. En revanche, son fil twitter faisait état de récents bombardements du régime syrien et rappelait que ce dernier est le principal responsable des victimes civiles:

Les internautes

Plusieurs posts sur Twitter ont mentionné qu'un stade, un musée, un hôpital et un bâtiment administratif avaient été touchés dans les frappes de dimanche. Mais la plupart renvoyait à un seul et même article, de Novorossia Today, qui lui-même renvoie à une vidéo, qui pourrait provenir de l'EI. De manière générale, les nouvelles provenant des réseaux sociaux sont sujettes à caution.

Daech

L'organisation Etat islamique (Daech ou Isis) pourrait se servir des frappes françaises pour alimenter sa propagande. L'état-major français a annoncé jeudi qu'une bombe, qui est tombée sur Raqqa sans exploser, était devenue inutilisable mais que l'EI pourrait placer ses fragments auprès de cadavres de civils pour manipuler la réalité.

L'EI a diffusé sur les réseaux sociaux des images de civils morts pour dire "Voyez ce que fait la France, rejoignez-nous!", a précisé l'ancien otage et journaliste Nicolas Hénin:

Nicolas Hénin a été détenu durant un an par le groupe Etat islamique.
Mustafa Yalcin - Anadolu Agency/AFP
Forum - Publié le 17 novembre 2015

Un avis partagé jeudi par quatre pilotes de l'US Air Force, qui ont assuré que les drones américains, en provoquant la mort de civils, alimentaient la haine contre l'Occident (lire: Les frappes de drones américains accusées de provoquer les islamistes).

Le rapprochement entre Hollande et Poutine, et donc d'Assad, est 20'000 fois plus dangereux.

Thomas Pierret

Le spécialiste du Moyen-Orient Thomas Pierret ne partage pas du tout cet avis. "Toute la Syrie est bombardée jour et nuit, alors un peu plus ou un peu moins. Ce qui pourrait vraiment provoquer un ralliement aux islamistes serait une victoire majeure de Bachar al-Assad. Dans ce sens, le rapprochement de François Hollande avec Vladimir Poutine, et donc du président syrien, est 20'000 fois plus dangereux".

>> Lire aussi: "La mise en place d'une coalition contre le terrorisme sera très difficile"

Caroline Briner

Publié le 20 novembre 2015 à 16:53 - Modifié le 20 novembre 2015 à 22:09

Quelques dates des raids aériens

8 août 2014: premières frappes aériennes américaines en Irak.

19 septembre: première frappe aérienne française en Irak. "Un dépôt logistique" de l'EI situé dans le nord-est de l'Irak aurait été détruit.

22 septembre: premières frappes américaines en Syrie, avec le soutien de l'Arabie saoudite notamment.

24 juillet 2015: la Turquie autorise les Etats-Unis à utiliser ses bases aériennes.

Fin septembre: premières frappes aériennes françaises en Syrie, après environ 200 frappes en Irak. Elles auraient eu lieu le 24 septembre sur Raqqa.

28 septembre: premières frappes aériennes russes en Syrie.

8 octobre: frappes françaises à Raqqa contre un camp d'entraînement.

15 novembre : frappes françaises à Raqqa, qui auraient détruit un camps d'entraînement et un poste de commandement de l'EI. Les Etats-Unis bombardent 116 camions-citerne dans l'est de la Syrie. Ils ne les avaient pas attaqués jusqu'ici pour éviter des pertes civiles.

17 novembre: la France et la Russie bombardent Raqqa.