Commémoration des 20 ans de l'assassinat d'Yitzhak Rabin. [Keystone, AP Photo]
Publié Modifié

Quel est l'héritage d'Yitzhak Rabin, 20 ans après son assassinat à Tel-Aviv?

Le 4 novembre 1995, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, était assassiné à Tel-Aviv. Le but affiché de son tueur était d'enrayer le processus de paix ouvert par le leader travailliste avec les Palestiniens.

Quel héritage a laissé Rabin en Israël, 20 ans après sa mort ? Que reste-t-il des Accords d'Oslo, signés avec Yasser Arafat en 1993, et qui devaient ouvrir la voie à la résolution du conflit israélo-palestinien?

Décryptage.

Jessica Vial

Une personnalité ambiguë

"Héros de la paix" controversé

Yitzhak Rabin est une figure ambiguë, considéré tantôt comme un héros porteur d'un espoir de paix entre Israéliens et Palestiniens, tantôt comme la figure de l'échec des accords qui devaient sceller la résolution du conflit.

Vétéran de la Guerre des Six Jours en 1967, le leader travailliste (gauche) a accédé au poste de Premier ministre israélien en 1974, avant de démissionner en 1977.

Réélu en 1992, il a notamment permis la signature des Accords d'Oslo en 1993, deux ans avant son assassinat.

"Dirigeant respectable"

Un sondage publié par le journal pro-gouvernemental Israel Hayom indique que, pour 76% des Israéliens, Rabin était "un dirigeant respectable", qui manque à 55% d'entre eux. Mais un tiers seulement juge les Accords d'Oslo justifiés.

Yitzhak Rabin, Chef d’Etat-Major (1964-68), Ministre de la Défense, Premier ministre en 1974–1977 puis en 1992–1995. [Jim Hollander - EPA]Yitzhak Rabin, Chef d’Etat-Major (1964-68), Ministre de la Défense, Premier ministre en 1974–1977 puis en 1992–1995. [Jim Hollander - EPA]

>> Les principaux acteurs du conflit-israélo-palestinien dans notre galerie photos

13 septembre 1993

Signature des accords d'Oslo

Le 13 septembre 1993, Israéliens et Palestiniens scellaient les Accords d’Oslo par la célèbre poignée de mains entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, sous le regard du président américain Bill Clinton.


L'accord a permis une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et jalonnait les étapes d'une résolution du conflit israélo-palestinien, notamment en jetant les fondements d'un Etat palestinien.

Les accords d'Oslo ont été signés entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sous le regard du président américain Bill Clinton, le 23 septembre 1993. [J.David Ake - EPA/AFP/Keystone]Les accords d'Oslo ont été signés entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sous le regard du président américain Bill Clinton, le 23 septembre 1993. [J.David Ake - EPA/AFP/Keystone]

14 octobre 1994

Prix Nobel de la Paix

Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, le ministre des Affaires étrangères israélien Shimon Peres, et le président de l'OLP Yasser Arafat reçoivent en commun le Prix Nobel de la Paix pour avoir permis la signature des Accords d'Oslo.

Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, l'épouse du dirigeant de l'Autorité Palestinienne Suha Arafat et le ministre des Affaires étrangères israélien Shimon Peres lors d'un concert après la remise de leur prix Nobel de la Paix commun. [AP NY]Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, l'épouse du dirigeant de l'Autorité Palestinienne Suha Arafat et le ministre des Affaires étrangères israélien Shimon Peres lors d'un concert après la remise de leur prix Nobel de la Paix commun. [AP NY]

Cette récompense controversée a attisé la haine des activistes d'extrême-droite envers Rabin.

4 novembre 1995

Yitzhak Rabin est assassiné

A l'issue d'un rassemblement pacifiste à Tel-Aviv, l'extrémiste juif Yigal Amir, 25 ans, tue le Premier ministre, alors âgé de 73 ans, de trois balles dans le dos.

Le but affiché de l'assassin était de faire capoter le processus de paix avec les Palestiniens dans lequel était engagé Rabin.

Qualifié de "traître"

Dans le rapport de la Commission d’enquête sur l’assassinat, Yigal Amir a reconnu qu'il avait agi avec le feu vert des rabbins extrémistes des Territoires occupés.

Ceux-ci qualifiaient Yitzhak Rabin de "traître", pour avoir cédé "à l'ennemi" des parcelles d'"Eretz Israël" (la"Terre d'Israël" aux frontières bibliques).

Yigal Amir purge une peine de prison à perpétuité. Dans ses rares déclarations relayées par ses proches, il n'a jamais fait état de remords.

Les funérailles d'Yitzhak Rabin, le 6 novembre 1995. Son cercueil a été transporté de la Knesset au Mont Herzl, à Jérusalem. [Eyal Warshavksky - AP PHOTO]Les funérailles d'Yitzhak Rabin, le 6 novembre 1995. Son cercueil a été transporté de la Knesset au Mont Herzl, à Jérusalem. [Eyal Warshavksky - AP PHOTO]

31 octobre 2015

Des milliers de personnes rassemblées à Tel-Aviv

Entre 50'000 et 60'000 personnes selon la police, voire 100'000 selon certains médias, se sont retrouvées samedi à Tel-Aviv pour honorer la mémoire d'Yitzhak Rabin, sur la place où il a été assassiné il y a 20 ans, et qui porte son nom depuis.

L'ancien président américain Bill Clinton, qui avait parrainé à la Maison blanche la signature des Accords d'Oslo avec Rabin et le dirigeant palestinien de l'époque Yasser Arafat, s'est exprimé lors de la cérémonie.

La prochaine étape de ce merveilleux voyage pour Israël est de décider qu'Yitzhak Rabin avait raison, que vous devez partager votre avenir avec vos voisins et que vous devez défendre la paix.

Bill Clinton, ancien président américain et parrain des accords d'Oslo

"La prochaine étape de ce merveilleux voyage pour Israël est de décider qu'Yitzhak Rabin avait raison, que vous devez partager votre avenir avec vos voisins et que vous devez défendre la paix", a-t-il lancé. "Vous devez décider comment achever le dernier chapitre de l'histoire d'Ytzhak Rabin", a-t-il ajouté.

>> Les images des commémorations de l'assassinat

2 novembre 2015

Désaccords dans les hommages du Parlement

Yitzakh Rabin "savait combattre le terrorisme sans faire de concessions et c'est ce que nous allons faire (...) il savait que l'on ne peut faire la paix sans des garanties de sécurité", a déclaré l'actuel Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lundi lors d'une commémoration des 20 ans de l'assassinat.


"Les Palestiniens ne sont pas prêts à mettre fin au conflit et renoncer à leur rêve d'un Etat palestinien, non pas au côté d'Israël, mais à sa place", a-t-il encore ajouté.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Knesset le 26 octobre lors d'une commémoration des 20 ans de l'assassinat de Rabin. [Abir Sultan - EPA]Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Knesset le 26 octobre lors d'une commémoration des 20 ans de l'assassinat de Rabin. [Abir Sultan - EPA]

Lui succédant à la tribune, le chef de l'opposition Isaac Herzog a vivement critiqué la politique du gouvernement Netanyahu. "Celui qui prend à coeur le destin d'Israël doit cesser de cultiver l'illusion du Grand Israël dans lequel les juifs décideront du sort de millions de Palestiniens. (...) Yitzhak Rabin a tenté d'empêcher qu'Israël devienne Isratine (contraction d'Israël et Palestine) et vous l'avez entendu se faire traiter de traître", a-t-il ajouté.

Yitzhak Rabin a tenté d'empêcher qu'Israël devienne Isratine (contraction d'Israël et Palestine) et vous l'avez entendu se faire traiter de traître.

Isaac Herzog, chef de l'opposition israélienne

Politique-fiction

Et si Rabin n'avait pas été tué?

Si Rabin avait eu un mandat de plus, "nous serions parvenus à un accord permanent avec les Palestiniens et même peut-être à la paix avec la Syrie", assure Ouri Savir, négociateur en chef des accords d'Oslo entre 1993 et 1996.

Si Rabin avait eu un mandat de plus, nous serions parvenus à un accord permanent avec les Palestiniens et même peut-être à la paix avec la Syrie.

Ouri Savir, négociateur en chef des accords d'Oslo entre 1993 et 1996

"Si Rabin était en vie, il serait aujourd'hui un retraité nonagénaire hyperactif comme Peres, et Netanyahu serait quand même Premier ministre et continuerait d'expliquer pourquoi tout est de la faute des Palestiniens", estime pour sa part Anshel Pfeffer, éditorialiste du quotidien Haaretz, en faisant référence à l'évolution sociologique et électorale israélienne.

"Un partenaire palestinien crédible"

Quant au colonel Uri Dromi, porte-parole du gouvernements Rabin et Peres entre 1992 et 1996, il déclare dans La Tribune de Genève que l'ancien Premier ministre "aurait agi pour sauvegarder le plus important des acquis d’Israël: demeurer une nation aussi bien juive que démocratique. Avec un partenaire palestinien crédible, ce qui signifie un Etat palestinien voisin d’Israël (...)".

Un film d'Amos Gitaï

Entretien avec le réalisateur israélien

Vingt ans après les faits, le cinéaste israélien Amos Gitaï présente son dernier film "Rabin, le dernier jour". Entretien.

Amos Gitai à la première de son film "Rabin, The Last Day". [Tiziana Fabi - AFP]Tiziana Fabi - AFP
Amos Gitaï revient sur l'assassinat d'Yitzhak Rabin dans son dernier film / Le Journal du matin / 5 min. / le 27 octobre 2015

Avenir du conflit

Accords d'Oslo: un constat d'échec?

Les Accords d'Oslo devaient dessiner les contours d'un Etat palestinien. Or, la mort d'Yitzhak Rabin a considérablement ralenti le processus.

"Depuis cet événement, Israël n'a pas connu un seul bon jour", regrette Ephraïm Sneh, ministre de la santé sous Rabin, dans le quotidien Le Monde. "L'assassinat a décapité l'Etat et la gauche israélienne".

Chances "faibles" de créer un Etat palestinien

Le processus de paix a été poussé dans l'impasse dans les deux camps, mis à mal par les tensions autour des réfugiés palestiniens, par la poursuite de la colonisation israélienne, la multiplication des attentats, mais aussi la seconde Intifada en 2000, puis l'émergence du Hamas et son arrivée au pouvoir en 2006 dans la bande de Gaza.

Aujourd’hui, plus de deux tiers des Israéliens et des Palestiniens (68 et 69%) jugent faibles ou nulles les chances de création dans les cinq ans d'un État palestinien à côté d'Israël, selon un sondage réalisé en juin dernier.

Reconnaissance

Le cérémonial qui a eu lieu sur la pelouse de la Maison Blanche a éclipsé la réalité du terrain et surtout la montée en puissance du Hamas

Freddy Eitan, ancien ambassadeur d'Israël en France

"Le cérémonial qui a eu lieu sur la pelouse de la Maison Blanche a éclipsé la réalité du terrain et surtout la montée en puissance du Hamas, qui est un saboteur de la paix", regrette l'ancien ambassadeur d'Israël en France Freddy Eitan dans un entretien à France 24.

"Ce serait injuste de dire qu’Oslo a été un échec total (...) quelque chose de fondamental a changé en 1993, la Palestine a été reconnue comme une réalité, comme un Etat potentiel à venir", estime pourtant Leila Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l'Union européenne.

Sur le terrain

Spirale de violences

Les négociations se sont poursuivies périodiquement depuis 20 ans afin d'arriver à une solution à deux Etats, mais n'ont pratiquement pas donné de résultat. Elles sont aujourd'hui gelées.

Et la tension est actuellement au plus haut entre Israéliens et Palestiniens, plongeant Israël et les territoires palestiniens dans une spirale de violences.

Attaques à l'arme blanche

Depuis le 1er octobre, des attaques à l'arme blanche sont menées par des Palestiniens et des heurts ont lieu entre lanceurs de pierres et soldats israéliens. Ces violences ont fait 67 morts parmi les Palestiniens et neuf parmi les Israéliens.

>> Lire: La vague de violence en Israël et dans les territoires palestiniens se poursuit & Les lanceurs de pierres écoperont de 3 ans de prison au minimum en Israël

Les heurts ont débuté dans la vieille ville de Jérusalem, autour de l'esplanade des Mosquées, un lieu saint très disputé. Elles se concentrent désormais autour de la ville d'Hébron, dans le sud de la Cisjordanie.

En images

Les célèbres assassinats politiques

A l'instar de celui d'Yitzhak Rabin, les assassinats de personnalités politiques ont été nombreux au cours des derniers siècles, de Benazir Bhutto à John F.Kennedy ou Martin Luther King, en passant par Gandhi ou Rafiq Hariri.