Modifié le 28 août 2015 à 11:30

Le débat sur les termes "migrants" et "réfugiés" agite la presse

"Migrants" ou "réfugiés", ces citoyens autrichiens ont choisi, ce jeudi 27 août 2015 à Eisenstadt.
"Migrants" ou "réfugiés", ces citoyens autrichiens ont choisi, ce jeudi 27 août 2015 à Eisenstadt. [ - AP Photo/Ronald Zak]
Les personnes qui débarquent sur les côtes méditerranéennes sont le plus souvent qualifiés de "migrants". Mais le débat sur l'utilisation du mot est lancé depuis qu'Al-Jazeera a renoncé à l'utiliser.

Un journaliste d'Al-Jazeera, Barry Malone, écrivait sur son blog le 20 août que la chaîne n'allait plus parler de "migrants" pour décrire les personnes qui fuient les combats et notamment la Syrie. Selon lui, "migrants", dans ce contexte, peut être péjoratif, voire méprisant. Le rédacteur en chef d'Al Jazeera en langue anglaise a décidé que ses journalistes parleraient en lieu et place de "réfugiés". Le journaliste ajoute: "sur notre chaîne, nous nous efforçons de pratiquer un journalisme qui soit la voix des gens dans notre monde qui, pour une raison ou une autre, en sont privés".

António Gutteres, le Haut commissaire des Nations Unis pour les réfugiés, n'a pas dit autre chose au début de son intervention dans le 19h30 de la RTS mercredi: "ma première observation c'est que l'écrasante majorité de ceux que vous appelez des migrants sont en effet des réfugiés et la plupart des Syriens qui ont fui une guerre dévastatrice".

>> Les propos d'António Gutteres dans le 19h30:

Crise migrants 1-2: les précisions d’António Guterres Haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, depuis Genève
19h30 - Publié le 26 août 2015

De fait, la définition du dictionnaire Robert de "réfugié" est bel et bien: "qui a dû fuir son pays afin d'échapper à un danger (guerre, persécutions, catastrophe naturelle, etc)". Alors que le "migrant" est celui qui participe à une migration, soit à "un déplacement de populations qui passent d'un pays à un autre pour s'y établir."

Le poids des mots

Le Figaro.fr, sous la plume de Blandine Le Cain, aborde la problématique en consultant un spécialiste des migrations pour qui le débat est salutaire. Mais, souligne François Gemenne, le mot "réfugié"  pourrait lui aussi prendre une connotation négative car "la population, est aujourd'hui majoritairement anti-migrants". Pour lui, le niveau du débat public est affligeant. Il évoque notamment le Premier ministre britannique David Cameron qui a parlé de "nuée de migrants" au mois de juillet.

L'article se termine par un lexique de ces termes si souvent utilisés par les médias et les politiques et pourtant si imparfaits. Il renvoie aussi à la Charte de Rome, texte (en langue anglaise) adopté en 2008 par la Fédération internationale des journalistes et élaboré précisément avec le Haut commissariat aux réfugiés.

Même démarche au Monde.fr, pour qui "tout réfugié est un migrant, mais tous les migrants ne sont pas des réfugiés". Mais, au contraire d'Al-Jazeera, le site continue à titrer sur les migrants.

>> La chronique de Georges Pop sur le mot "migrant":

Samedi 22 août: les forces de l'ordre macédonienne tentent vainement de retenir les migrants venus de Grèce près de Gevgelija.
Georgi Licovski - EPA/Keystone
Le mot du jour - Publié le 25 août 2015

pym

Publié le 27 août 2015 à 18:26 - Modifié le 28 août 2015 à 11:30

Le HCR réaffirme sa position

"Les deux termes - migrants et réfugiés - ont des significations distinctes et les confondre est une source de problèmes pour les deux groupes" a déclaré le HCR jeudi. Le HCR explique que les réfugiés sont des personnes fuyant les conflits ou des persécutions. Ils ont droit à une protection internationale en vertu de la Convention de 1951 sur les réfugiés.

Les migrants ne sont pas directement menacés et choisissent de quitter leur pays principalement pour des raisons économiques, trouver un emploi, une formation, ou des raisons de réunion familiale. A la différence des réfugiés, ils peuvent rentrer chez eux sans encourir de danger. Les lois de chaque pays sur l'immigration s'appliquent dans leur cas.

Le HCR précise que parmi le grand nombre de personnes qui affluent actuellement vers l'Europe à travers la Méditerranée, il y a une majorité de réfugiés.