Modifié le 26 janvier 2015 à 22:59

La "course" pour le vaccin contre Ebola risque d'être peu lucrative

Dossier: le vaccin Ebola
Dossier: le vaccin Ebola TTC / 9 min. / le 26 janvier 2015
Trois vaccins concurrents contre Ebola sont en préparation. Leur développement devrait davantage profiter à la réputation des pharmas plutôt qu'à leurs actionnaires, révèle lundi l’émission TTC.

L’année 2015 sera celle de la contre-attaque face au virus Ebola, avec trois vaccins concurrents actuellement en préparation. Or, les géants mondiaux du secteur pharmaceutique engagés dans cette "course" risquent de ne pas en retirer beaucoup d'intérêt financier, selon une enquête de l'émission TTC diffusée lundi.

Pour Marcel Tanner, directeur de l'Institut suisse de médecine tropicale à Bâle, les vaccins ne devraient pas coûter "plus de 200 à 300 millions de dollars de développement". Et même si l'on vaccinait la majorité de la population des pays concernés, on ne dépasserait pas quelques millions de doses. A quelques dollars par injection, le chiffre d'affaires sera donc ridicule à l'échelle des multinationales pharmaceutiques.

Pratique répandue

Selon Bernard Pécoul, directeur de l'ONG DNDi, qui facilite le développement de médicaments dans les pays pauvres, le travail sans bénéfice pour le bien commun est une pratique qui se répand chez les sociétés cotées en bourse.

"Le sida a probablement été l'objet central de cette crise sanitaire. Au début des années 2000, les patients se trouvaient au Sud et les médicaments au Nord... cela a provoqué un tel déficit d'image pour les compagnies, qu'elles ont été obligées de repenser leur stratégie", estime-t-il.

Serge Enderlin/jvia

Publié le 26 janvier 2015 à 14:37 - Modifié le 26 janvier 2015 à 22:59

Les trois vaccins concurrents

Le vaccin rVSV: le plus prometteur, car il est basé sur un virus vivant atténué, très proche du virus naturel. C'est celui qui est notamment testé aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Le vaccin ChAd3: le projet le plus avancé, développé par le groupe britannique GSK, en coopération avec la recherche publique américaine. Il recombine un virus de chimpanzé inoffensif pour l'homme, qui porte des fragments d'Ebola. Des essais cliniques sont au cours au CHUV, à Lausanne.

Le vaccin X (sans nom pour le moment): le développement de ce projet a du retard. La compagnie Johnson & Johnson planche sur ces travaux, à la fois aux Pays-Bas et au Danemark. Il est testé à l'université d'Oxford.

Partenariats public-privé

"Souvent, le développement des vaccins est une opération qui met en oeuvre à la fois les acteurs publics et privés », explique Marie-Paule Kieny, vice-directrice de l'Organisation mondiale de la santé.

En effet, la majorité de la recherche fondamentale se passe dans les laboratoires publics. "Par contre, le secteur public n'est pas à même de développer un vaccin jusqu'au marché. Cela fait appel à un métier différent, avec la gestion de la qualité et de la production", souligne-t-elle.