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Les djihadistes tués après la tuerie de Charlie Hebdo se connaissaient

Attentat à Charlie Hebdo: les deux frères Kaouchi étaient connus des services de police [RTS]
Attentat à Charlie Hebdo: les deux frères Kaouchi étaient connus des services de police / 12h45 / 1 min. / le 9 janvier 2015
Tués trois jours après la tuerie de Charlie Hebdo, les frères Saïd et Chérif Kouachi, dont les liens avec Al-Qaïda au Yémen sont confirmés, et Amedy Coulibaly, auteur présumé de deux fusillades jeudi et vendredi, se connaissaient, ont confirmé les enquêteurs.

Tués après un assaut contre une entreprise de Dammartin-en-Goële, les deux frères Kouachi figuraient "depuis des années" sur la liste noire américaine du terrorisme. Chérif, le cadet déjà condamné en 2008, était aussi bien connu des services antiterroristes français.

Français d'origine algérienne, Chérif et Saïd, orphelins, ont grandi dans un centre éducatif du centre de la France, à Treignac. L'un des responsables de l'établissement les décrit comme "parfaitement intégrés" et n'ayant "jamais posé de problème de comportement".

Radicalisation à Paris

Au début des années 2000, Chérif commence à suivre à Paris les cours coraniques d'un jeune "émir", Farid Benyettou. Chérif Kouachi évoque avec Farid Benyettou à l'automne 2004 son souhait de se rendre en Irak. Selon une source proche de l'enquête, Benyettou lui confie la mission de "rejoindre le groupe d'Abou Moussab al Zarkaoui", le dirigeant de la branche irakienne d'Al-Qaïda, après l'avoir mis en contact avec un "instructeur" qui lui a expliqué le maniement des armes.

Farid Benyettou "m'a parlé des soixante-dix vierges et d'une grande maison au Paradis" ou encore "de mettre des explosifs dans un camion et d'aller dans une base américaine", affirme Chérif Kouachi durant l'enquête. Finalement, il ne part pas, arrêté avant son vol pour la Syrie, étape vers l'Irak, prévu le 25 janvier 2005.

Jugé en 2008, il est condamné à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis. Incarcéré dans la prison de Fleury-Mérogis, dans la banlieue parisienne, il y fait la connaissance de Djamal Beghal, une figure de l'islam radical français. Chérif Kouachi se fait alors remarquer par "une pratique très rigoriste de l'islam".

Un frère plus discret

Son frère Saïd, de deux ans son aîné - il est né en septembre 1980 également à Paris - est plus discret. Il vivait dans un quartier populaire de Reims (nord), avec son épouse, entièrement voilée, et leur enfant en bas âge.

La présence au Yémen de Saïd Kouachi a été signalée à différents moments entre 2009 et 2013, d'abord comme étudiant à l'Université al-Imane de Sanaa, animée par des fondamentalistes, puis dans des camps d'entraînement où il aurait été formé au maniement des armes dans le sud et le sud-est du pays, selon des sources de sécurité yéménites.

Coulibaly, le troisième homme

Amedy Coulibaly. [Police française - AFP]Amedy Coulibaly. [Police française - AFP]Tué dans l'assaut des forces de l'ordre contre un magasin casher de la porte de Vincennes à Paris, Amedy Coulibaly aurait également un lien avec les frères Kouachi.

Coulibaly, 32 ans, a été identifié comme étant l'auteur de la prise d'otages de la porte de Vincennes à Paris et il est suspecté d'avoir tué la veille une jeune policière municipale à Montrouge, dans la banlieue sud de la capitale, et blessé une autre personne.

Aussi converti à l'islam radical, il était déjà connu des forces de police et avait notamment été condamné à cinq ans de prison pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation de l'évasion avec armes" d'un terroriste connu pour sa participation aux attentats du Groupe islamique armé (GIA) à Paris en 1995. Lors de la préparation de cette évasion, le suspect avait été en contact régulier avec Chérif Kouachi.

Lors d'une perquisition à son domicile en 2010, les enquêteurs avaient retrouvé 240 cartouches de calibre 7,62, une munition de kalachnikov. Condamné pour cela, il était sorti de prison depuis plus d’un an.

La brigade criminelle de Paris avait diffusé un appel à témoin concernant Coulibaly et une femme dans le cadre des événements à Montrouge. Le sort de cette femme demeure inconnu. Certaines sources font également état d'un second preneur d'otages à la porte de Vincennes.

ebz avec les agences

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Des liens avec le Yémen

Chérif Kouachi a affirmé à la chaîne BFMTV qu'il avait été envoyé et financé par Al-Qaïda au Yémen.

Le premier indice d'une possible implication d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) avait déjà été donné par l'un des frères Kouachi lors de l'attaque qui a décimé Charlie Hebdo. "Dites aux médias que c'est Al-Qaïda au Yémen", avait-il crié.

"Le voyage au Yémen offre un terrain propice à l'entraînement" pour des djihadistes, relève aussi un spécialiste du Yémen, Laurent Bonnefoy.

Lorsque Saïd Kouachi est revenu en France, son frère et lui se sont gardés de toute activité risquant d'attirer sur eux l'attention des services de sécurité ou de renseignement français, ont dit des sources européennes et américaines proches de l'enquête.

Selon Laurent Bonnefoy, la radicalisation de Saïd Kouachi serait toutefois antérieure à son arrivée au Yémen. "Le passage au Yémen n'est certainement pas l'élément déclencheur", dit l'expert français en s'étonnant que cet homme, "qui était déjà sur des listes noires du terrorisme, n'ait pas été intercepté" aux frontières. "Il y a certainement eu des dysfonctionnements des services français et yéménites".

AQPA, après avoir entraîné des individus, "leur laisse la liberté de choisir leurs cibles et les moyens de s'y prendre", souligne un chercheur yéménite Saeed al-Jamhi.