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Les Américains accusés de "crimes de guerre" dans des attaques de drones

Les drones ont fait des milliers de victimes au Pakistan depuis près de 10 ans. [Kirsty Wigglesworth - Keystone]
Les drones ont fait des milliers de victimes au Pakistan depuis près de 10 ans. [Kirsty Wigglesworth - Keystone]
Amnesty International et Human Rights Watch ont publié mardi deux rapports sur l'utilisation de drones au Pakistan et au Yémen entre 2004 et 2013. Les USA sont accusés de "meurtres illégaux" et appelés à plus de transparence.

Deux rapports publiés mardi par Amnesty International et Human Rights Watch accablent le gouvernement américain dans de nombreux cas d'attaques de drones perpétrées au Pakistan et au Yémen.

Sur la base de témoignages recueillis sur le terrain, les deux organisations expliquent que les pertes civiles dans ces assauts auraient pu être évitées.

Elles demandent ainsi aux Etats-Unis de mettre fin au "secret" qui entoure leurs tirs meurtriers dans ces deux pays.

Des centaines de victimes civiles

Depuis 2004, entre 2000 et 4700 personnes, dont des centaines de civils, selon différentes évaluations, ont été tuées par plus de 300 tirs de drones américains dans les zones tribales du nord-ouest pakistanais. C'est le principal bastion dans la région des talibans et d'autres groupes liées à Al-Qaïda.

Rapport Amnesty International [amnesty international]Rapport Amnesty International [amnesty international]Respect du droit international en question

En détaillant dans son rapport d'une soixantaine de pages les circonstances d'une quarantaine d'attaques de drones depuis 2012, Amnesty International affirme que les États-Unis ont illégalement tué des personnes au Pakistan.

L'organisation appelle donc les Etats-Unis à rendre publiques les informations sur ces tirs pour savoir s'ils respectent le droit international.

Dans certains cas, il s'agirait même de crimes de guerre, précise enfin l'organisation.

"Nous ne trouvons rien qui justifie ces homicides. Il existe des menaces réelles contre les États-Unis et ses alliés dans la région, et dans certaines circonstances les frappes de drones sont peut-être légales. Mais il est difficile de croire qu'un groupe d'ouvriers ou une femme âgée entourée de ses petits-enfants puissent mettre quiconque en danger, et encore moins représenter un danger imminent pour les États-Unis", a déclaré l'un des chercheurs d'Amnesty International.

Rôle "ambigu" du Pakistan

Amnesty International critique "l'ambiguïté" du Pakistan sur le dossier des drones. Le pays considère officiellement ces frappes comme des violations de sa souveraineté, mais juge en privé plusieurs d'entre elles "utiles".

L'organisation s'inquiète également de la "collusion" de l'Australie, de l'Allemagne et du Royaume-Uni qui "semblent fournir des renseignements et de l'aide" pour les tirs de drones américains.

Rapport Human Rights Watch [human rights watch]Rapport Human Rights Watch [human rights watch]Aussi au Yémen

"Between a drone and Al-Qaïda" (entre un drone et Al-Qaïda), le nom du long rapport de l'ONG Human Rights Watch, publié également mardi, questionne aussi les pertes civiles dans plusieurs tirs de drones américains. Mais cette fois-ci au Yémen, un des principaux bastions d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique.

Elle y documente plusieurs attaques meurtrières contre des civils, et juge également que les Etats-Unis doivent "expliquer les fondements juridiques de ces assassinats ciblés", "clarifier publiquement toutes les directives" sur ces attaques et traduire en justice les auteurs de "meurtres illégaux".

Mélanie Ohayon et Victorien Kissling, avec les agences

>> Les attaques de drones américains au Yémen et au Pakistan:

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Rencontre inédite à Washington

La publication de ces deux rapports sur les bombardements américains intervient à la veille de la visite à Washington du Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif.

La question de ces tirs visant en principe à éliminer les ennemis des Etats-Unis et officiellement dénoncés par le Pakistan devrait être abordée lors de cet entretien marquant la première visite officielle à Washington d'un Premier ministre pakistanais sous l'ère Obama.

La Maison Blanche a en outre répliqué mardi aux critiques d'Amnesty International, assurant qu'à ses yeux de telles frappes respectaient le droit international.