Modifié le 07 février 2013 à 18:31

Gouvernement tunisien dissous après l'assassinat d'une figure de l'opposition

L'avocat tunisien et militant pour les droits de l'Homme Chokri Belaïd lors d'un discours en 2010.
L'avocat tunisien et militant pour les droits de l'Homme Chokri Belaïd lors d'un discours en 2010. [FETHI BELAID - ]
Le gouvernement tunisien sera dissous, a annoncé le Premier ministre tunisien. Hamadi Jebali a fait cette déclaration suite aux heurts qui ont éclaté en Tunisie après l'assassinat de l'opposant laïc Chokri Belaïd.

Le Premier ministre tunisien, l'islamiste Hamadi Jebali, a annoncé mercredi qu'il allait dissoudre le gouvernement et former un "gouvernement de compétences nationales sans appartenance politique". C'est ce qu'il a déclaré dans un discours télévisé à la Nation après l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd qui a déclenché une vague de violences en Tunisie.

"J'ai décidé de former un gouvernement de compétences nationales sans appartenance politique qui aura un mandat limité à la gestion des affaires du pays jusqu'à la tenue d'élections dans les plus brefs délais".

Un chef de l'opposition tunisienne Chokri Belaïd a été tué par balles mercredi à Tunis. Ce premier assassinat du genre depuis la révolution a provoqué des manifestations de colère contre le pouvoir islamiste et de violents heurts avec la police.

Appel à la grève générale

Le président Moncef Marzouki, qui était en visite en France, a annulé sa participation au sommet islamique du Caire pour rentrer d'urgence à Tunis, a annoncé la présidence en dénonçant un crime "odieux" visant "à mener le peuple tunisien à la violence", et en appelant "à la retenue".

Quatre formations de l'opposition, le Front populaire (gauche), le Parti républicain, Al Massar et Nidaa Tounes (centre), ont appelé à une grève générale jeudi et suspendu leur participation à l'Assemblée nationale constituante, en signe de protestation.

L'avocat tunisien et militant pour les droits de l'Homme Chokri Belaïd lors d'un discours en 2010.
L'avocat tunisien et militant pour les droits de l'Homme Chokri Belaïd lors d'un discours en 2010. [FETHI BELAID - ]
Trois balles à bout portant

Chokri Belaïd, âgé de 48 ans, critique acerbe du gouvernement, a été tué en sortant de chez lui le matin de trois balles tirées à bout portant par un homme portant un vêtement de type burnous, sorte de long manteau traditionnel en laine avec une capuche pointue, selon le Premier ministre Hamadi Jebali.

Le ministre de l'Intérieur Ali Larayedh a indiqué, en citant le chauffeur de la victime, qu'un complice attendait l'assaillant pour prendre la fuite à moto. 

Affrontements à Tunis

Après de premiers heurts le matin entre policiers et manifestants, une foule a accompagné l'ambulance transportant le corps de l'opposant qui s'est arrêtée symboliquement avenue Bourguiba à Tunis devant le ministère de l'Intérieur, symbole de répression pour les opposants.

Après le passage de l'ambulance, une foule de jeunes manifestants a de nouveau attaqué la police avec des pierres. Un blindé de la garde nationale a tiré des gaz lacrymogènes alors que les manifestants utilisaient poubelles, tables de café, barbelés et barrières pour bâtir des barricades.

Les affrontements se poursuivaient aussi dans les rues alentours, les policiers armés de matraque pourchassant les protestataires.

afp/jgal

Publié le 06 février 2013 à 11:58 - Modifié le 07 février 2013 à 18:31

Un farouche opposant aux islamistes

Le Tunisien Chokri Belaïd assassiné mercredi à l'âge de 48 ans était un farouche opposant aux islamistes au pouvoir et un militant de tendance marxiste et panarabe.

Coordinateur général du Parti des Patriotes démocrates (PPD, légalisé en mars 2011), ce tribun à la voix rugueuse et au franc-parler a souvent défié de front les islamistes du parti Ennahda, s'attaquant directement à son chef Rached Ghannouchi.

Grosse moustache noire et sourire en coin, il était devenu une figure fort médiatisée de l'alliance de mouvements de gauche (Front populaire) qu'il a constituée en octobre 2012 avec une dizaine de groupuscules d'extrême gauche et nationalistes arabes.

Avocat défenseur des droits de l'Homme il avait souvent plaidé dans les procès politiques et a connu la prison sous les régimes de Ben Ali et Habib Bourguiba.

Accusé, Ennahda nie toute implication

Les proches de la victime ont accusé Ennahda d'être responsable du meurtre, alors que les violences politiques et sociales secouent le pays depuis la révolution de 2011 qui a chassé le président Zine El Abidine Ben Ali du pouvoir.

"Mon mari a été menacé plusieurs fois et avait lancé des avertissements à maintes reprises, sans résultat. On lui répondait qu'il devait assumer le fait d'être un opposant à Ennahda", a déclaré Besma Khalfaoui, à l'hôpital, le pantalon taché de sang.

Mais le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi a nié toute implication dans ce meurtre en estimé que ses auteurs "veulent un bain de sang" en Tunisie.

Contexte politique instable

La Tunisie est plongée dans une crise politique, faute d'un compromis sur la future Constitution qui bloque l'organisation de nouvelles élections, alors que des membres de la coalition gouvernementale réclament un remaniement du gouvernement pour retirer aux islamistes des ministères régaliens.

Face à l'impasse, les violences se sont multipliées et plusieurs opposants ont accusé des milices pro-pouvoir d'orchestrer des attaques contre l'opposition, dont le meurtre d'un responsable du groupe Nidaa Tounes en 2012.