Modifié le 26 août 2012 à 11:15

Le patron d'une TV tunisienne accuse le gouvernement de censure

Des manifestations en faveur de la liberté de la presse avaient déjà eu lieu en avril dernier.
Des manifestations en faveur de la liberté de la presse avaient déjà eu lieu en avril dernier. [Anis Mili - ]
Le patron d'Ettounissiya TV, qui diffusait l'émission satirique de Guignols tunisiens arrêtée brusquement la semaine dernière, a indiqué samedi être sur le point d'être placé en détention. Il a accusé le pouvoir de chercher à faire taire une voix dissidente.

La tension continue de monter en Tunisie entre les médias et le gouvernement dominé par les islamistes. Un tribunal de Tunis a ordonné la détention provisoire du patron d'une chaîne de télévision tunisienne, Sami Fehri. Celui-ci a dénoncé la décision samedi, y voyant une tentative de juguler une voix dissidente.

 Son émission satirique à base de marionnettes avait été arrêtée brusquement la semaine dernière. Elle visait particulièrement les dirigeants du pays et le parti islamiste Ennahda.

"Je vais en prison dignement", a déclaré Sami Fehri samedi à la radio Express FM. Sami Fehri avait indiqué cette semaine à l'AFP avoir arrêté la diffusion des Guignols suite à des pressions des autorités. Il n'avait pas souhaité être cité, mais le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) avait relayé l'information.

Sami Fehri a précisé samedi à Express FM que les pressions étaient venues de Lotfi Zitoune, un influent conseiller du chef du gouvernement, Hamadi Jebali, issu de Ennahda. "Une grosse machine nous a broyés, je n'aurais jamais imaginé que ça se passe comme ça (...). Ils ont franchi toutes les lignes rouges", a déclaré le patron de chaîne à propos des dirigeants islamistes.

Jusqu'à 10 ans de prison

Le patron d'Ettounsiya TV est poursuivi pour des préjudices financiers causés à la télévision tunisienne à l'époque du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali et risque à ce titre 10 ans de prison. Il avait déjà dénoncé fin juillet les pratiques d'intimidation du pouvoir après une descente des services douaniers dans les locaux de sa chaîne.

Selon l'avocate Sonia Dahmani, la Cour d'appel de Tunis a violé la loi en décidant du mandat de dépôt dans la mesure où la défense n'avait pas été prévenue de l'audience qui a eu lieu tard vendredi soir. Elle compte dès lors se pourvoir en cassation.

Dix-sept autres personnes sont poursuivies dans cette affaire dont un ex-conseiller de M. Ben Ali, Abdelwahab Abdallah, et le beau-frère du président déchu Belhassen Trabelsi, qui est en fuite au Canada.

afp/bri

Publié le 25 août 2012 à 22:44 - Modifié le 26 août 2012 à 11:15

Un climat délétère

De nombreux organes de presse et des représentants de la société civile accusent les islamistes de chercher à contrôler les médias jugés trop critiques à l'égard du gouvernement.

Vendredi, le SNJT a annoncé se donner deux semaines pour fixer la date d'une grève générale du secteur en signe de protestation.

Les islamistes au pouvoir sont accusés de placer leurs fidèles à la tête des médias publics et d'avoir supprimé des émissions de radios trop critiques.

En juillet, l'Instance indépendante chargée de réformer l'information et la communication (Inric) s'est sabordée en dénonçant le recours par le pouvoir à des "outils de désinformation et de censure".

Enfin, médias et ONG s'inquiètent d'un projet de loi qui punirait les "atteintes au sacré" de peines de prison.